Lamya Ygarmaten – Wello Magazine http://wellomag.com Le magazine qui te parle d'autre chose. Sat, 24 Dec 2016 20:59:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.3 J’ai pris un café avec Ryad Girod https://wellomag.github.io/ryad-girod/ https://wellomag.github.io/ryad-girod/#respond Sat, 05 Mar 2016 10:52:36 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1706 Lorsque je suis tombée en octobre dernier, dans une librairie Place Kennedy à Alger, sur ce roman, plutôt un joli livre, Ravissements, je ne savais pas que j’allais le trouver absolument sublime et je ne devinais pas, au moment de l’acheter, que j’allais finir par faire la connaissance de son auteur, ainsi que de son […]

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Lorsque je suis tombée en octobre dernier, dans une librairie Place Kennedy à Alger, sur ce roman, plutôt un joli livre, Ravissements, je ne savais pas que j’allais le trouver absolument sublime et je ne devinais pas, au moment de l’acheter, que j’allais finir par faire la connaissance de son auteur, ainsi que de son autre livre, La fin qui nous attend, et qu’échanges après échanges, cet auteur, du nom de Ryad Girod, et moi-même allions finir par nous rencontrer à Bastille, en plein cœur de Paris, au moment où l’après-midi s’étire vers sa fin, pour discuter autour d’un verre et en apprendre un peu plus sur son travail ainsi que ses aspirations, un jour de février assez agréable, installés dans un café aux allures kitschement asiatiques.

J’avais bien évidemment préparé cette interview, formulé quelques questions plus ou moins intéressantes, que je comptais enregistrer, telle une professionnelle, enregistrer mes questions ainsi que ses réponses ses hésitations ses déclarations, les scoops que je pourrai par la suite écrire et publier, mais une fois arrivée, après nous être chaleureusement salués, je sentais bien que mon interview n’allait pas en être une, qu’en réalité, je venais de retrouver un ancien ami, un voisin que je n’avais pas vu depuis longtemps, un ancien camarade de classe contente de revoir, sans protocole aucun.

1er verre

Parce que nous avons ce point en commun je pense, la conversation a d’abord tourné autour de notre origine, d’Alger, mais aussi plus largement de l’Algérie. C’est ainsi que j’ai découvert qu’il était passionné de culture arabe, ce qui m’a étonnée.

Lamya : Mais dans ce cas, pourquoi écris-tu en français ?

Ryad : Parce que je ne maitrise malheureusement pas l’arabe, et puis le français est ma langue.

Lamya : D’ailleurs tu as vécu longtemps en France, pourquoi es-tu rentré à Alger ?

Ryad : C’est la ville où je suis né, là où j’ai grandi ! Je m’y sens bien. Mais c’est vrai que l’Algérie devrait renouer avec sa culture arabe, au sens large, c’est-à-dire arabo-berbéro-musulmane. Elle doit se réapproprier les grands penseurs arabes, ceux qui ont fait l’âge d’or de la civilisation musulmane. Comme  Abdelkader ou Ibn Arabi… Et en particulier, Hallaj, un éminent penseur, un philosophe, et un poète sublime. On pense même qu’il a influencé Spinoza. Ce n’est pas certain… ce n’est pas le plus important… mais on ne devrait pas passer à côté de ces grands noms qui ont fait notre culture.

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J’ai appris qu’Hallaj avait été supplicié pour ses idées, son amour du divin et sa célèbre phrase « Ana El Haq » (Je suis la vérité). Un peu comme Douce, quand j’y pense, dans La fin qui nous attend, personnage qui se fait mutiler à cause de tous les fantasmes qu’elle représentait, et de la peur qu’elle suscitait chez les autres, cette peur d’affronter leur véritable nature. Acte ultime de barbarie. Il est rare de rencontrer des Algériens qui ne brossent pas un tableau noir de leur pays, ou encore qui citent des maîtres soufis…

Lamya : C’est drôle que tu me parles de soufisme. C’est en lisant Soufi, mon amour, que j’ai décidé de commencer à écrire des articles sur mes lectures. Ça raconte la rencontre d’une femme, un peu desperate housewife avec un soufi qui l’initie à cette autre forme de spiritualité. Une lecture plutôt libératrice. En tous cas, c’est rare d’entendre un Algérien parler de soufisme. C’est plutôt vu comme quelque chose de déviant.

Ryad : Nous sommes effectivement perçus par certains comme des hérétiques.

Lamya : Je me souviens que mon prof de philo nous avait raconté l’histoire d’une soufie, Rabia, au 7ème siècle, qui marchait avec une bûche dans une main et un seau d’eau dans l’autre, pour « brûler le paradis et éteindre les flammes de l’enfer », pour qu’on aime Dieu, d’un amour gratuit…

Approbation satisfaite de Ryad. Je continue :

Lamya : Mais, tu te revendiques soufi !?

Ryad : Oui, je suis soufi, bien sûr. Je ne peux pas être musulman si je ne suis pas soufi.

Frappée par cette phrase, par son assurance, son évidence, je demande : Mais qu’est-ce que c’est exactement, le soufisme ?

Ryad : C’est très facile, le soufisme c’est…

Après quelques regards circulaires, et une petite gorgée de café, il reprend…

Ryad : Hah, je retire ce que j’ai dit, bon, ce n’est pas si facile que cela. Mais disons qu’il y a une spiritualité, une lecture métaphysique des choses. Les soufis ont ouvert une autre voie à l’islam, pas celle que proposait l’orthodoxie d’autres courants sunnites ou chiites, pour qui tout cela n’était que politique. Il y a un réel rapport à Dieu, une rencontre mystique, à travers un idéal ascétique. Le même état que celui du prophète lors des révélations. Je suis parti neuf mois en Mauritanie, je voulais partir en Syrie, mais c’était juste après le 11 septembre, et j’ai préféré ne pas y aller, en me disant que la région était dangereuse. Ce que j’appréhendais arrive maintenant en réalité. Bref, j’ai passé neuf mois dans la confrérie Tidjania à Maata Moulana et Chinguetti en plein désert mauritanien.

Lamya : Tiens, cela ressemble à l’histoire de Soufi, mon amour.

Ryad : C’est peut-être moi, ce personnage ?

Lamya : Hah, en tous cas je ne suis pas la femme désespérée ! Mais c’est vrai que je sens, qu’avec le soufisme, beaucoup de jeunes de chez nous,  qui sont coincés entre tradition et modernité, se sentiraient, peut-être, soulagés ne serait-ce qu’en trouvant une autre façon de vivre leur foi.

Ryad : Tout à fait. Il y a déjà eu en Algérie des tentatives de mise en valeur du soufisme pour contrebalancer les pouvoirs des autres religieux. J’aimerais vraiment que cela soit plus répandu. On le retrouve pour le moment surtout dans les milieux artistiques et intellectuels.

2e verre

Nous n’avions toujours pas parlé de son livre le plus récent, La fin qui nous attend, roman qui s’ouvre sur un tremblement de terre, présage de fin du monde. On suit le personnage principal, dont on ne connaîtra pas le nom, et on observe à travers son regard cynique, les dérives inhumaines de cette fin du monde, qui n’en est pas vraiment une, entre les incriminations d’extrémistes d’un côté et les comportements animaliers de la foule, de l’autre. Ce roman offre une galerie de personnages qui semblent irréels, mais qui nous sont pourtant familiers :  cet homme qui a calculé l’heure de la fin de notre monde, cette petite Nourra sous les décombres, cette Douce, prostituée, torturée, symbole de  bonté et d’humanité.
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Lamya : Tu sais que j’ai adoré Ravissements, c’est d’une beauté absolue… mais j’ai un peu moins aimé La fin qui nous attend.

Ryad : Ah, là, tu me fais mal au cœur.

Lamya : Je l’ai apprécié mais disons que je suis partie avec quelques appréhensions, j’avais peur, en voyant le titre, de lire un énième roman apocalyptique qui tombe dans la mode actuelle de l’obsession de la fin du monde. Un peu moyenâgeuse d’ailleurs.

Ryad : Oui, le titre a posé problème. Le livre devait s’appeler « L’excès de bonté mène à l’harmonie » (phrase qui est inscrite à l’entrée du hammam où travaille Douce) mais ce titre a été jugé trop décalé. Il y a eu aussi comme proposition « Nous sommes la fin du monde », mais le livre de Sansal est sorti entretemps, et puis… l’édition est aussi une question de temps.

Lamya : Tu as déclaré avoir fait un livre « politique ».

Ryad : Oui. La fin qui nous attend est un livre politique. Il dénonce. Tu as déjà vu le site Vice News ?

Lamya : Non, du tout.

Ryad. : Jettes-y un coup d’œil. C’est horrible, ces gens qui sont doués et qui produisent des images magnifiques pour montrer les pires horreurs. Ils filment les terroristes de Daesh comme des guerriers. Que va penser un jeune de France ou de Belgique, en voyant ces images d’ailleurs qui lui vendent du rêve, un idéal ?

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Je me suis alors souvenue de cette réflexion qui m’était venue en lisant La fin qui nous attend : déluge d’infos, déluge de photos, déluge d’horreurs. Cette terre anonyme, ce pays dans une guerre non nommée, c’est notre monde actuel, qui enterre ses enfants, et qui scénarise la souffrance des parents « vos guerres, nos morts », c’est ce que nous crions aux gouvernements : vos photos, votre pathos médiatisé, vos plaisirs, c’est ce que nous pourrions crier aux médias.

Ryad : C’est ce que j’ai voulu dénoncer dans mon livre. L’absurdité d’une société déshumanisée. Comme dans cette scène où des gens vont dévaliser les supermarchés alors que la terre vient d’être secouée par un terrible séisme. Ce roman, c’est une démonstration par l’absurde de la déshumanisation du monde.

Lamya : Une démonstration par l’absurde ?

Ryad : Tu as fait un bac L, non ?

Grillée.

Après un petit cours particulier de maths, pendant lequel je me suis entendue penser que j’aurais peut-être revu mon orientation si je l’avais eu lui comme professeur, j’ai pu donc comprendre que La fin qui nous attend prouve qu’il y a encore de l’espoir dans ce monde, mais pas forcément là où on l’attend. L’ironie : la beauté repose dans ce que rejette la société. Dans ce livre, c’est en effet Douce, une prostituée, symbole de phantasmes et d’ignominie, qui est l’être le plus humain. Je lui ai expliqué ensuite comme j’aimais voir les sciences dites dures – ce qui ne veut rien dire, puisque les autres ne sont pas molles – se rapprocher de la littérature, qui est pour moi une autre de la  science, je n’ai pas pu confirmer s’il partageait le même avis à ce sujet, car l’évocation de Douce, de cette femme, m’a rappelé un autre sujet

3e verre

Lamya : Tu as donc aimé le film dont je t’ai parlé ?

Ryad : Les femmes du bus 678 ? Génial !

Les femmes du bus 678 est un film sorti en 2012, réalisé par Mohamed Diab, qui met en scène trois femmes, au destin différent, mais qui s’unissent pour régler leurs comptes à tous les harceleurs qui peuplent les rues du Caire. Elles ont été violées, ou agressées physiquement, et elles répondent par un acte très simple, mais qui sèment la terreur chez ces pervers. Un film tellement puissant.

Les Femmes du bus 678, de Mohamed Diab (2012) / Egypte.

Lamya : Ce film est tellement juste, il n’y a rien à redire. Et leur situation fait peur, enfin moi, parfois j’ai peur que la situation des femmes en Algérie arrive à ce point-là.

Ryad : Je n’espère pas. Mais c’est vrai que les personnages sont très justes. Comme le personnage joué par Bassem Samra. Cet acteur est époustouflant.

Lamya : J’ai détesté son personnage, et tout le genre d’hommes qu’il représente, qui prennent leurs épouses comme des sortes d’esclaves sexuelles…

Ryad : Je pense que ta lecture pourrait être plus subtile, il ne faut pas oublier qu’il est aussi victime de cette société.

Lamya : Peut-être, c’est vrai que je prends un peu trop le parti victimaire des femmes, bien que le patriarcat opprime aussi les hommes.

Moment de silence, bruits de verre sur la table. Ryad reprend.

Ryad : Je ne pouvais qu’aimer,  j’adore le cinéma égyptien. Il n’y a pas de dissonances. Contrairement au cinéma algérien, dans lequel on trouve des accents différents, un manque de cohérence entre l’élocution des personnages et le lieu où ils sont censés vivre.

La pertinence de sa remarque m’a permis de mettre des mots sur un point important de  son œuvre. Le style de Ryad Girod a cette chose que les autres écrivains algériens – voire maghrébins – d’expression française n’ont pas toujours… Je pense à Yasmina Khadra, dont le style parfois pompeux semble vouloir prouver qu’il parle mieux français que les Français, créant parfois une vraie cacophonie, je pense à Saber Mansouri, qui cultive un peu trop cette perte entre plusieurs repères. Les œuvres de Ryad ne sont pas dissonantes, toujours cohérentes, affirmant par là-même sa force d’écrivain, celle d’un vrai écrivain, qui crée une voix, son univers, une voix qui s’amplifie de phrase en phrase, prenant le lecteur dans ce rouleau paraissant interminable de propositions s’accumulant, de verbes de groupes nominaux pas même séparés par une virgule, s’agglutinant dans ces phrases faisant plusieurs lignes de long, assumant cet effet comme pour rappeler les mots de Sainte-Beuve, « le style, c’est l’homme »,  un peu comme ce que j’essaye vainement de construire depuis le début de cet article, mais en bien mieux,  jouant sur le rythme, les répétitions, créant un autre tempo.

 

Justement, le temps passait à une allure folle, mon thé était froid, la lumière se tamisait et je n’avais pas encore posé une des questions les plus importantes pour moi.

4e verre

Lamya : Tu m’avais déjà conseillé de lire Gracq, mais je voulais en savoir plus sur tes influences…

L'écrivain français Claude Simon (1913-), en juin 1978. / Prix Nobel 1985. / France. / 6 - 1978 / 1913 /L’écrivain français Claude Simon (1913-2005) en juin 1978. / Prix Nobel 1985.

Ryad : Ma première influence c’est Claude Simon. D’ailleurs, on le voit dans mes constructions de phrase, je ne le cache pas. Il manque des points, ça peut gêner. Mais je n’y peux rien. J’adore le style de Claude Simon. Je peux lire un de ses livres en une journée. C’est un mystique de la littérature. Son style c’est de la pure musique. Il utilise le « en » sans cesse, – Ryad tape sur la table en rythme- en//en//en// Claude Simon, c’est de la techno. – Me voyant prendre mon stylo – tu notes hein, Claude Simon, de la techno ! »

Lamya : J’ai essayé de lire Le Tramway, une fois. J’ai détesté haha. Mais tu me donnes envie de m’y remettre. Mais, tout de même, Julien Gracq, Claude Simon… Ryad, tu lis un peu de la littérature chiante, non ?

Ryad : – petit sourire – Bon, c’est vrai que je n’aime pas tout de Gracq non plus, mais prends Le rivage des Syrtes, c’est d’une beauté ! Ah et sinon, j’aime beaucoup Marie Ndiaye, elle est tellement subtile ! Notamment Rosie Carpe.

Premières lignes du Rivage des Syrtes, de Julien GracqPremières lignes du Rivage des Syrtes, de Julien Gracq

Julien Gracq, publié aussi aux éditions Corti comme pour les Ravissements de Ryad Girod, est un écrivain et critique. Son essai En lisant, en écrivant, est, disons… exquis. Claude Simon, lui, est connu pour ses phrases galopant sur plusieurs pages, et son amour des chevaux. Ils ont tous deux profondément marqué la littérature du XXème siècle. Enfin, Marie Ndiaye, au sommet de ce triangle littéraire, un peu isocèle n’est-ce pas, est une des voix fortes de la littérature contemporaine, elle a notamment remporté le prix Goncourt pour ses Trois femmes puissantes en 2009.

5e verre

Lamya : Tu me parlais de Jazz, as-tu un compositeur préféré ?

Ryad : Keith Jarrett. Principalement.

Ryad : Mais j’écoute aussi beaucoup de styles différents. Beaucoup de classique. Et aussi de la musique iranienne.

Lamya: Oh, j’aime beaucoup la musique iranienne, que j’ai découverte grâce au film Nous trois ou rien.

La serveuse passe alors nous demander si nous aurions envie d’autre chose, coupant alors la musique de Ahmed Eli Reyazi que je commençais à entendre au loin. Menus bavardages. Être prof, ici ou ailleurs, son expérience à Riyad, sa vie en France. Puis avant que je n’oublie :

Lamya : Et quels conseils donnerais-tu à une personne qui souhaite écrire.

Ryad : Ah… Lamya, sache que le monde du livre est très difficile. Se faire publier, éditer… Il faut trouver son public. Regarde, toi, par exemple, tu as aimé Ravissements, tu n’as pas aimé La fin qui nous attend, tu aimeras peut-être le prochain, ou peut-être que non.

Lamya : De quoi parle le prochain ?

Ryad : De religion…

Lamya : Oh super, pressée de le lire… Mais quand je te demandais des conseils, c’était plutôt pour l’acte d’écrire même.  Je ne pensais pas à l’édition. Je lis beaucoup, mais je n’arrive pas à écrire.

Ryad : – petit clin d’œil – Allez, tu vas pas me la faire à moi…

Lamya : Non, mais je te jure, je n’écris pas, je lis, mais… comment écrire ?

Ryad : Peut-être que tu lis trop ? Je pense qu’à un moment il faut arrêter de lire. Après chacun est différent. Ou alors, lis de la philosophie. Ça peut vraiment aider.

Lamya : Tu as un rituel d’écriture ?

Ryad : J’ai besoin de n’avoir que ça à faire dans ma journée, je me lève et j’écris. Si je fais autre chose, je ne peux plus me mettre à l’écriture.

Lamya : Je comprends, un peu comme Kant, je crois que c’est lui qui avait l’habitude d’écrire dès le réveil.

Ryad : Oui, Kant était d’une rigueur absolue, il avait un emploi du temps serré qu’il respectait quoi qu’il arrive, écriture puis balade. Le seul jour où il ne l’a pas respecté, c’était le jour de la révolution française.

Lamya : Haha… Ok, en tous cas pour écrire, lire de la philo.

Ryad : Oui, mais surtout pour écrire, pense d’abord à une musique. Le plus important, c’est la musique.

Il était temps de partir, puis, est arrivé un ancien élève à lui, on a alors échangé quelques mots, j’ai pu en savoir plus sur Monsieur Girod, professeur de mathématiques, son humour particulier, ses cours – mélange de théorèmes et de plaisanteries pour rendre le savoir plus attrayant. Puis j’ai filé, mon verre étant vide, et parce que la situation me faisait trop penser à un conseil de classe, un élève, deux enseignants, manquait plus que le tableau noir.

 

C’était la première fois que je rencontrais un écrivain dont j’admirais le travail, et, qui plus est, un écrivain enseignant, franco-algérien, croyant poétique de l’islam : beaucoup de choses qui font que cette rencontre débordait les limites mêmes d’une interview. Si je ne devais retenir qu’une chose, c’est cette assurance, cette pleine confiance dans tout ce qu’il est. Pas de déchirement identitaire, pas de complexe d’être ou de ne pas être, pas de frustration. Une leçon de vie. Je comprenais mieux l’effacement de l’espace-temps ainsi que de l’identité et des origines des personnages dans ses romans ; il bannit toute identification réductrice possible, ne donnant pas ou peu de noms, ni ceux des villes, ni ceux des personnages, créant ainsi des œuvres universelles, évitant les clichés, renouant avec l’idée de l’écrivain apatride, qui n’appartient à aucune terre, sinon aux lieux que lui-même construit… Ryad Girod pourrait vivre à Istanbul, Kinshasa ou en Vendée, ce serait la même chose au fond. Sa vie, sa philosophie seraient tout autant assumées.

 

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On a commencé Star Wars par l’épisode 7 : Voici ce qu’on en a pensé https://wellomag.github.io/starwars7/ https://wellomag.github.io/starwars7/#respond Thu, 31 Dec 2015 17:30:16 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1496 Ses affiches étaient partout, son nom aussi, tout le monde l’attendait.  Alors en passant devant une salle qui le projetait, je me suis dit tiens, et pourquoi pas le regarder ? Ok, je n’avais vu aucun des six premiers mais bon grâce aux médias, et à mon geek de copain, je connaissais bien la trame de […]

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Ses affiches étaient partout, son nom aussi, tout le monde l’attendait.  Alors en passant devant une salle qui le projetait, je me suis dit tiens, et pourquoi pas le regarder ? Ok, je n’avais vu aucun des six premiers mais bon grâce aux médias, et à mon geek de copain, je connaissais bien la trame de l’histoire – Maitre Yoda, Luke Skywalker, #jesuistonpère tout ça, tout ça.

Je suis entrée dans la salle obscure – comme la force – plutôt contente de découvrir ce dernier opus, prise par l’engouement international, presque malgré moi. On appelle ça « la dictature du On » (C’est Heidegger qui l’a dit). Alors je m’installe : petites lunettes 3D, posées sur le nez au-dessus de mes lunettes 2F (double foyer, n’est-ce pas). Ça commence  : le générique, avec l’écriture trop stylée qu’on utilisait tous sur les gros pc pour faire défiler des textes quand l’écran est en veille. C’était difficile de courir après les mots, en anglais et en français, mais le strabisme divergent aidant, j’ai tenu le coup. Vient le  premier paysage, une planète, un peu perdue, deux personnages, ils échangent quelques mots. Y a un robot qui se balade, mais c’est pas R2D2. Arrive aussi un personnage capé de noir, façon tchador de l’espace, mais c’est pas Dark Vador. Chewbacca, c’était bien Chewbacca. Ensuite les paysages se sont succédés et alors que je m’attendais à de la grosse machinerie, j’ai surtout trouvé du sable, des déserts, des vaisseaux un peu cassés, du sable encore… Je me suis dit que c’était quand même un peu cheap.

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Puis il y a eu le grand méchant (ce n’est pas un spoil les gars, tout doux, vous savez très bien qu’il y a des méchants dans l’histoire), en le voyant, on est tous bien d’accord pour dire qu’il ferait bien de retrouver quelques-uns de ses horcruxes pour reprendre des forces. Quoi ? Ah ce n’est pas la bonne saga ? Bon bah alors qu’il prenne un peu de Juvamine… Fait un peu pitié, le mec. Heureusement pour lui, il a un ami méchant, qui l’aide dans sa mission de méchant, mais on sent bien que cet allié n’a pas les épaules du grand Dark, bien qu’il en ait le casque.

Le début du film, l’élément déclencheur, était plutôt grossier, je me suis mise à la place de tous ceux qui ont attendu des années pour avoir une suite, et je ne comprends pas qu’il n’y ait pas eu de grève de la faim. Ils restaient tous là ; assis ; ils mangeaient leurs popcorns.

Sur ce chemin perpétuellement renouvelé vers les étoiles, on rencontre de nouveaux personnages, des humains, des pas humains, des robots, et ils sont assez savamment étudiés pour plaire aux nouveaux spectateurs – comme moi – et satisfaire les anciens – comme toi. Il y a pas mal de péripéties aussi, on court un peu partout, et grâce à la 3D on doit parfois éviter quelques missiles ou autres grosses pierres volantes et violentes non identifiées. On sursaute dans nos fauteuils.

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On est capable de distinguer tous les éléments qui font la matière de la saga dans ce seul film : le manichéisme, la critique du totalitarisme, l’héroïsme, l’universalisme et plein d’autres choses en –isme.  J.J. Abrams a su mettre une bonne dose de tout pour faire revivre l’atmosphère et l’élargir afin de faire encore plus d’heureux (ou d’euros, ça rime, après, tout dépend s’il pense en dollars ou pas). La balade était agréable, je pourrais même lui dire « merci pour ce moment », seulement j’espérais voir THE épisode, celui qui resterait marqué dans les annales

Malgré tout, à la fin, j’en voulais encore : j’étais prise dans l’engrenage. Suivre des personnages pleins d’humanité dans leur combat contre les Forces d’un Mal qui semble incurable, ça me parle.  Je pensais, avant de le voir, que ce volet serait le septième et dernier, une suite et fin. Or, la suite ouvre le pas à une autre suite. En gros, Star Wars, c’est l’histoire sans fin : j’étais pas au courant.

De fait, alors que je pensais assister à la fin d’un monde, j’ai pu en voir un nouveau naître sous mes yeux, et renaître pour d’autres, et ça c’est chouette. Le numéro 8, je ne sais pas si j’irai le voir, mais je verrai surement les six premiers.

Commencer Star Wars par la fin, ce n’est pas compliqué, on n’est pas perdu, au contraire. Cette expérience permet de se rendre compte de l’emprise qu’ont les médias, la mondialisation culturelle, et tout simplement la pop-culture sur nos vies. Une emprise plus ou moins positive, mais toujours systématique. On pourrait en faire une thèse d’ailleurs, mais en faire un article est tellement plus funky.

Et puis, on ne pourrait pas y mettre ce genre de photos.

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Malcolm & Ignatius J. Reilly : Trop cons pour rester génies https://wellomag.github.io/malcolm-ignatius/ https://wellomag.github.io/malcolm-ignatius/#respond Sun, 20 Dec 2015 12:08:02 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1401 La fiction américaine nous a fourni deux personnages incontournables : Ignatius J. Reilly (de La Conjuration des imbéciles) et Malcolm (de Malcolm in the middle). Je me suis souvent demandé pourquoi ils me fascinaient autant, et surtout, pour quelles raisons, je les classais instinctivement dans la même catégorie alors que tout semble les opposer. J’ai […]

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La fiction américaine nous a fourni deux personnages incontournables : Ignatius J. Reilly (de La Conjuration des imbéciles) et Malcolm (de Malcolm in the middle). Je me suis souvent demandé pourquoi ils me fascinaient autant, et surtout, pour quelles raisons, je les classais instinctivement dans la même catégorie alors que tout semble les opposer. J’ai donc cherché : cet article est pour toi, si, toi aussi, tu te demandes ce que l’obèse maudit de la littérature et l’ado le moins séduisant du monde de la TV peuvent avoir en commun.

Présentation rapide : Ignatius J. Reilly est un adolescent, un Tanguy, comme seul le XXème siècle a su en créer, qui vit encore chez maman à plus de trente ans, coincé par son travail de thèse qui n’en finit pas et dans son corps débordant de graisse, caché derrière des moustaches assez repoussantes. Conscient de son intelligence supérieure, il critique de façon acerbe ses congénères de la Nouvelle-Orléans, n’étant jamais satisfait de rien. C’est là que le petit Malcolm, pour les fans qui s’y connaissent, le rejoint… Du haut de ses 165 points de quotient intellectuel, il passe son temps à critiquer le monde, à le rejeter, à lui trouver les pires défauts, et finit, comme Ignatius, seul, à vociférer contre le reste. Malcolm est le troisième d’une famille de 4, puis de 5, garçons, il a la place communément admise comme celle de l’idiot de la famille, celle du milieu.

On a deux individus, brillants, doués d’une conscience et d’une sensibilité certaine, mais qui, pourtant, restent seuls et mènent une vie de ratés, de losers. D’où vient leur mal ?

Ils sont tout simplement idiots, mais alors… d’une idiotie absolue.

Quoi ? Mais, ne sont-ils pas bien plus intelligents que la moyenne ?

i-d-i-o-t, cinq lettres si mal comprises…

Dans le langage de tous les jours, un idiot est celui qui ne comprend rien à rien, qui ne connait pas l’antépénultième décimale de π, ou la guerre mondiale de 78 (allô!), autrement dit, c’est celui qui ne sait pas quelque chose que l’on sait.  Le CQFD de tout ça : on est tous l’idiot d’un autre. Alors que, étymologiquement, ce mot vient de « Idiôtes » en grec, qui signifie « simple, particulier, unique puis par une extension sémantique, personne dénuée d’intelligence, être dépourvu de raison. »[1]. La source de l’idiotie serait de fait l’unicité, c’est-à-dire l’absence de complexité, voire de binarité. J.C.V.D. le démontre bien : 1+1, ça ne fait jamais 2, en idiotie.

jcvd11ici. Et ça c’est beau !

Un idiot est celui qui ne peut pas être compris, qui a un langage tel, que lui seul peut se comprendre – et encore… on a le droit d’en douter. L’idiot n’est pas un imbécile, c’est simplement un être qui ne possède pas l’une des fonctions du langage : la communication. L’idiot est renfermé sur lui-même, comme dit Clément Rosset, il est « privé de reflet » (mais siiiii, CLÉMENT ROSSET, R-O-S-S-E-T, celui qui a écrit un petit traité sur le réel et l’idiotie. On y trouve plein de trucs intelligents sur les idiots.) L’idée du miroir est intéressante dans la mesure où on comprend que l’idiotie est un rapport du Moi à l’autre. Que vois-je dans le miroir ?

Ne pouvant pas prendre part aux jeux sociaux, l’idiot est un peu comme un no life. L’histoire d’Ignatius, mais aussi celle de Malcolm, est bien celle d’idiots qui ne peuvent pas s’intégrer, quand bien même le souhaiteraient-ils. Malcolm ne réussit rien, hormis l’école, et sans le vouloir réellement. Il pousse même son petit frère Dewey, à l’échec et le fait intégrer la classe des idiots thérapeutiques. Quant à ses relations aux filles, n’en parlons pas, il passe de désastre en désastre, à l’image d’Ignatius qui justifie son abstinence par sa religion, alors qu’en réalité il n’est même pas capable de toucher quelqu’un sans se sentir mal, au grand dam de son amie Myrna qui prône une sexualité débridée comme remède à son état. Il est coincé dans une impossibilité de consommer le rapport à l’autre, étant enfermé dans une idiotie radicale. C’est aussi sa différence avec Malcolm qui lui rêverait de faire partie du monde, mais l’autorité tyrannique de sa mère lui coupe souvent l’herbe sous le pied. Et puis, bon, disons-le, il n’est vraiment pas doué avec les filles…

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Des idiots, il y en a des tas : je parle du monde de la fiction – bien que la réalité soit une bonne concurrente. Mais, la spécificité de ces deux œuvres, c’est bien que tous les personnages sont enfermés dans une idiotie sans nom. C’est là le génie : ils sont tous idiots. Les frères de Malcolm sont tous plus tarés les uns que les autres, et ils tiennent ça de leurs parents ! Malcolm nous parait moins idiot parce que tout simplement, au royaume des aveugles, le borgne est roi ! Et mon Dieu, la sottise de la mère et des proches d’Ignatius est aussi sans pareille. A comparer, il semble qu’Ignatius soit le plus sensé, mais on a bien vite fait de comprendre que non.

Et où nous mène cette cacophonie idiote ?

Les mondes de ces œuvres mettent en scène la  classe moyenne de la société américaine, et la nôtre par extension. L’idiot vient interroger notre moyenne, notre normalité. On rit d’eux parce qu’ils ne sont pas normaux, parce qu’on les regarde comme des gens anormaux, parce qu’ils nous rappellent  à nous-mêmes.

« Normal », un adjectif aussi insignifiant que dangereux. Être normal, ça ne veut rien dire, on le sait bien. Pourtant on vit dans l’illusion de la normalité, en taxant ceci de normal, cela d’étrange, par rapport à soi-même. Et on a vite fait de vouloir du mal à ce qui ne nous ressemble pas. Or les personnages idiots nous obligent à voir le vide d’un tel concept, ces héros idiots redéfinissent notre normalité, se moquent d’elle – parfois malgré eux-, et nous la renvoient en pleine figure. Parce qu’Ignatius la critique avec la plus forte véhémence qui soit, utilisant des théories plus fumeuses les unes que les autres, parce que Malcolm rêve d’en faire partie, allant jusqu’à vouloir nier son propre génie dans la soif d’un idéal moyen, la société, notre société, est tournée en dérision, dévoilant ses penchants les plus ridicules, et ses travers les plus grotesques. Pour notre plus grand plaisir.

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[1] BERNE, Marie, Eloge de l’idiotie : pour une nouvelle rhétorique chez Breton, Faulkner Beckett et Cortázar, éditions RODOPI Amsterdam/New York, NY, 2009, 289 pages ; p.18

L’idiotie et l’humour font partie des principes créateurs en art et en littérature, et on pourrait en parler des heures ; on pourrait en parler des articles entiers. Si ça t’a plu, et si tu veux en savoir plus sur l’idiotie, n’hésite à nous en faire part !

Cet article Malcolm & Ignatius J. Reilly : Trop cons pour rester génies est apparu en premier sur Wello Magazine.

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