Nabila Mecheraoui – Wello Magazine http://wellomag.com Le magazine qui te parle d'autre chose. Sat, 24 Dec 2016 20:59:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.3 Kontre Jour #2 : Ce qu’on a vu https://wellomag.github.io/kontre-jour-2/ https://wellomag.github.io/kontre-jour-2/#respond Mon, 28 Dec 2015 10:45:21 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1430 2015 se termine et les Wellowers font le bilan de leur année. Comme tu peux le deviner, la grande majorité de la communauté Wello passe son temps derrière son écran à lire, jouer, écouter de la musique, draguer dans l’espoir de sortir un jour de leur célibat persistant, mais surtout ON REGARDE DES FILMS ! Voici donc […]

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2015 se termine et les Wellowers font le bilan de leur année. Comme tu peux le deviner, la grande majorité de la communauté Wello passe son temps derrière son écran à lire, jouer, écouter de la musique, draguer dans l’espoir de sortir un jour de leur célibat persistant, mais surtout ON REGARDE DES FILMS !

Voici donc le meilleur de ce qu’a pu voir comme films au cours de cette année pourrie. Car oui 2015 n’a pas été une année glorieuse pour le cinéma (entre autres choses), loin de là, au point où Shaun le mouton est classé parmi nos meilleurs films…

C’est parti !

 


 

KontrJour2_arslan

Arslan Mouloudi, papa de Wello, a eu du mal à faire son choix. Feignasse comme il est, lui extirper un commentaire sur ses films préférés n’a pas été une mince affaire, et non aucun rapport avec son poids. Non, papa.

 

 

Whiplash | de Damien Chazelle (2015) | Drame | 1h45min | Etats-Unis
Avec Miles Teller, J.K. Simmons

 

 

 

Moonrise Kingdom | de Wes Anderson (2012) | Comédie, drame et romance | 1h34min | Etats-Unis
Avec Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray

 

 

 

 


KontrJour2_yanisYanis Kheloufi, « cinéphile inculte », nous a épargné ses goûts douteux de bobo cinéphile hipster. Mais pourquoi avoir choisi ces deux films récents au lieu de films underground ou des classiques intellectuels ? Ne nous prends-tu pas pour des cons ? N’as-tu pas pris un peu la grosse tête ? Hum…

It Follows | de David Robert Mitchell (2015) | Épouvante-horreur | 1h40min | Etats-Unis
Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi

Le pitch est simple – et assez drôle si on s’y attarde un peu. Mais ce presque-film-d’épouvante n’en reste pas moins extrêmement efficace. Très esthétique (photographie ou acteurs), c’est très joli à avoir, et loin des fims d’horreurs usant des « jump scares » (genre y a du silence… puis HAAAAA ça fait peur), It Follows est un film intense, au fond narratif maîtrisé et à l’ambiance extraordinaire, grâce notamment à la bande-son presque-électro, oppressante et bien exploitée.

Shame | de Steve McQueen (2011) | Drame | 1h41min | Etats-Unis
Avec Michael Fassbender, Carey Mulligan

Ce film est une claque. Non. Shame est une biffle. Oui. Rarement j’ai été frappé par une si sublime mise-en-scène. Ce film nous fait vivre tellement de choses, avec si peu de dialogues. Je crois que c’est grâce à des films comme ceux-là que j’aime tant le cinéma. Fassbender y est pour beaucoup, à lui seul, il donne une dimension complètement métaphysique au film.  Il le sublime de sa présence, de sa gestuelle, de ses traits, de son corps. Beaucoup de sexe, des zizis par-ci par-là, mais rien de « pornographique », ça reste réel, intense, beau.

 


KontrJour2_celia

Celia, petite chose qui pétille, pleine de vie, de bonne humeur et tout-à-fait hystérique, prend un malin plaisir à corriger nos articles en nous prenant de haut. C’est pour ça qu’on l’aime, Celia. Allez tiens, une phote d’orthograffe pour toi, c’est cadeau.

 

L’Oranais | de Lyes Salem (2015) | Drame et historique | 2h08min | Algérie
Avec Lyes Salem, Khaled Benaissa, Anne Zander

En regardant ce film, je me suis dit que je suis née à la mauvaise époque. Bon, même si ce n’était pas la joie pour tous les algériens à cette période-là. Mais les gens semblaient heureux et pleins d’espoir, ils semblaient avoir la certitude de pouvoir construire une belle Algérie, c’était triste et émouvant à la fois.

 

Gone Girl | de David Fincher (2014) | Drame et thriller | 2h29min | Etats-Unis
Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris

Il est sorti en 2014 je sais, mais franchement j’ai trouvé que c’était bien réfléchi et que le réalisateur est quelque part un génie.

 

 


KontrJour2_mourad

Aussi attendu que le messie, son nez a inspiré le logo des illuminatis, ses punchlines n’ont d’impacte que le son de tes larmes sur le mic, Mourad, l’Aouis des champs et des villes ne changera probablement jamais de lunettes, et bien que ça n’ait aucun rapport, c’est tant mieux. Ou pas. Mais tout comme Yanis, il aurait bien choisi Gone Girl…

 

Le Bouton de Nacre | de Patricio Guzmán (2015) | Documentaire | 1h22min | Chilie

La loi des vases communicants ; Un fléau fluctuant de sentiments diverses qui conversa durant 1h22m avec mes fluides corporels (bsahtek l’endurance). Ayant déjà joui dès les premiers plans à la vue des paysages *insérer adjectif élogieux*, je ne m’attendais pas 40 minutes et quelques émois plus tard, à ce que ce documentaire de Guzmán me trouble autant, me secoue jusqu’à m’extirper une chaude larme. Si si, des hommes pleurent, s’émeuvent et renaissent en étoile tandis que d’autres, des hommes dénués de toute humanité, abrègent ce voyage de la plus atroce des manières qui soit.

 

Barton Fink | de Joel Coen (1991) | Drame | 1h56min | Etats-Unis
Avec John Turturro, John Goodman, Judy Davis

J’ai (encore) envie de le revoir et John Turturro y tient le rôle de sa vie. Ce n’est pas suffisant ? J’pu peux pas vous dire plus.

 


 

KontrJour2_madjoudj2

Malek Majoudj, plus jeune général major du swagg de l’histoire, a réussi à voir 53 films cette année. Un record pour quelqu’un qui n’a pas aimé Taxi Driver. On lui souhaite d’atteindre la barre des 69 l’année prochaine. Courage, on est tous derrière toi.

Kingsman : The Secret Service | de Matthiew Vaughn (2015) | Action et thriller | 2h09min | Etats-Unis
Avec Colin Firth, Samuel L. Jackson, Taron Egerton

Un bon gros blockbuster d’action, sans prise de tête, très drôle avec des personnages super classe, des scènes d’action de malade.

Harakiri |de Masaki Kobayashi (1962) | Action, drame et historique | 2h13min | Japon
Avec Tatsuya Nakadai, Akira Ishihama, Shima Iwashita

Un film de samouraïs avec (quasiment) pas de combat de samouraïs ? Mais comment ça peut être bien ?
Ça l’est parce que Harakiri est un film qui est beau, avec des plans sublimes qui montrent l’organisation et l’ordre des japonais et des samouraïs. Mais ce film c’est surtout une grande critique de la cruauté des gens au pouvoir, mais aussi de l’attachement des peuples aux traditions aussi ridicules et cruelles soient-elles. C’est l’histoire d’un homme qui a tout perdu et qui cherche à en finir avec la vie. C’est un film anti-système et rebelle (comme Matoub), avec un message fort qui s’applique à toutes les sociétés du monde.

 


 

KontrJour2_babir

Babir, Babs, Babou… tant de surnoms qu’on a généreusement donné à celle qui dicte notre style vestimentaire depuis deux ans. On veut porter du léopard ! Arrête de brûler nos polos au col relevé ! (merci de t’être occupée de nous, biz !)

 

 

Imitation Game | de Morten Tyldum (2015) | Biopic, drame, thriller | 1h54min | Etats-Unis
Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode

 

 

Her | de Spike Jonze (2014) | Drame, romance et science fiction | 2h06min | Etats-Unis
Avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams

 

 

 

 

 

 


 

KontrJour2_meskia

Ya Karim ah ya Karim. Surprenant, toujours juste, il voit beaucoup de films, lit beaucoup de livres et n’arrive pas à écrire moins de 200 mots par paragraphe. On ne sait pas ce qu’il fait dans la vie pour trouver le temps de faire tout ça. On pense qu’il est pimp… On n’est pas sûr…

Sea-Fog : Les clandestins | de Sim Sung-Bo (2015) | Drame | 1h51min | Corée du sud
Avec Kim Yun-Seok, Han Ye-Ri, Mun Seong-Kun

Un film qui se déroule en pleine mer et qui explore les limites de la raison humaine. Une sorte de conte marin sur l’instinct de folie, qui suit la dégradation psychologique de ses personnages.

 

This Is Not a Love Story | d’Alfonso Gomez-Rejon (2015) | Drame | 1h44min | Etats-Unis
Avec Thomas Mann (II), Olivia Cooke, RJ Cyler

Certains le verraient comme un teen movie, mais This In Not a Love Story est bien plus que ça. Adapté d’un roman de la littérature jeunesse, ce film fait tout le contraire de Nos étoiles contraires pour ne pas faire dans le mélodrame abyssal, et sous une mise en scène cadré, il rend hommage à des grands classiques du 7ème art.

 

 

 


KontrJour2_lamya

Lamya, dernière Wellogirl en date à avoir rejoint notre troupe de foufous. Ahlala qu’est-ce qu’on se marre. Lamya est prof de littérature et de langue. Elle n’a pas encore remarqué qu’on est pire que les ados à qui elle enseigne. Mais ils sont gentils. Ne lui dis rien hein, on compte sur toi. Bisou.

 

Nous trois ou rien | de Kheiron (2015) | Comédie | 1h42min | France
Avec Kheiron, Leila Bekhti, Gérard Darmon

Un vrai feel-good movie avec de très belles chansons. Leila Bekhti et Kheiron vachement chouettes. C’est la vie en mieux.

 

 

Alice dans les villes | de Wim Wenders (1974) | Drame | 1h50min | Allemagne
Avec Rüdiger Vogler, Yella Rottlander, Lisa Kreuzer

L’énigmatique Alice nous entraîne dans un voyage littéralement déroutant. Une photographie magnifique qui nous livre la plus belle errance qui soit : pure, brute, poétique.

 

 

 


KontrJour2_boudj

Le Boudj, qu’on l’appelle. Contributeur intempestif, il a assez de Wello en lui pour démonter la gueule à un fan de Coelho au premier degré. Par contre, il aime bien Dorothée. Et les nounours. Et les boys band. Et s’habiller en peti- nah j’déconne.

 

007 Spectre | de Sam Mendes (2015) | Action, aventure, policier | 2h28min | Etats-Unis
Avec Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux

Le retour de James Bond est toujours une bénédiction, surtout quand on voit un fantôme du passé resurgir, encore une fois. Et revoir un méchant style Requin ça fait toujours autant sourire.

 

Fièvres | de Hicham Ayouch (2014) | Drame et famille | 1h30min | France
Avec Didier Michon, Slimane Dazi, Farida Amrouche

Le cinéma marocain est avancé sur bien des sujets de société, même si ça se passe en banlieue parisienne, l’histoire de cette relation père/fils plus que compliqué est vraiment bien contée. Spéciale cacedédi à Hicham Ayouch

 

 


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Nabila, ou Creepy Cat, qui a autant du creepy que du cat, nous a fait une Arslan. Trois jours pour une introduction, quoiqu’elle en vaille la peine. Ah, on vous a dit que notre point fort c’est la réactivité ? Ouais. Ré-ac-ti-vi-té.

Vers l’autre rive | de Kiyoshi Kurosawa (2015) | Drame, fantastique et romance | 2h07min | Japon
Avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi

Que dire du dernier bébé de Kurosawa ? Ce film envoûtant est difficile à décrire tant il est mystérieux, un road-trip d’une femme avec le fantôme de son mari disparu il y a des années de cela. Certes, les thématiques comme la mort, le deuil et l’amour sont vues et revues mais ici ils nous prennent par les tripes. Les va-et-vient entre présent et souvenirs nous transportent dans l’univers de ces personnages émouvants… Un plaisir donc émotionnel, mais aussi visuel, parce que… parce que le Japon.

Barry Lyndon | de Stanley Kubrick (1975) | Drame | 3h04min | Etats-Unis, Royaume-Uni
Avec Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee

BARRY LYNDON ! Ce nom qui raisonne dans toutes les bouches des cinéphiles, n’a pas était pour moi un coup de cœur au début, n’arrêtant pas de faire des pauses et de le relancer quelques jours plus tard (pour ma défense, ce film est un gros bébé de 3h) en me disant : Allez Nabila c’est un Kubrick, tu dois le finir. Et finalement… Quel film !!! Esthétiquement, c’est une splendeur. Les personnages, l’histoire, la mise en scène… Kubrick s’attache à la véracité du cadre historique en s’inspirant de tableaux du 18e siècle et en restituant l’atmosphère des intérieurs, éclairés aux bougies et filmés avec des objectifs commandés à la NASA. Chaque plan est minutieusement travaillé, on reconnait la démarche photographique de Kubrick qui utilise parfaitement la lumière naturelle à différents moments de la journée. Si je pouvais tomber amoureuse d’un film, je crois que je serais folle de Barry Lyndon !


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Kamel Laribi, moins connu sous le nom de Rachid ou de Bruno, ayant toujours refusé le surnom Kems (qui est trop classe avouons-le), baroudeur des Instagram, chevalier du mont Nikon, n’a pas réussi à prendre des photos de la #TeamWellowers sans être NSFW. Pas grave, ça nous fera des souvenirs à voir en cachette.

Birdman: Or (The Unexpected Virtue of Ignorance) | de Alejandro González Inárritu (2015) | Comédie et drame | 1h59min | Etats-Unis
Avec Michael Keaton, Zach Galifianakis, Edward Norton

Ce film est un faux plan séquence de malade, c’est comme quand t’as 4 ans, tu t’endors le soir par terre mais tu te retrouves le lendemain matin dans ton lit tout chaud, par magie, c’est absolument ça. Apres t’as le ‘waaaah’ de Keaton.

Cowboy Bebop, le film | de Shinichirô Watanabe (2001) | Animation, action, policier | 1h55min | Japon

Cowboy Bebop, c’est la vie.

 

 


 

Bon, on a un peu triché en citant des films sortis en DVD en 2015. Et oui je sais y avait pas de Shaun le mouton, mais il mérite sa place autant que tous les films cités, il est rigolou Shaun.

On espère que t’as bien aimé lire nos conneries, que t’as trouvé de quoi télécharger illégalement cette semaine et que t’arrives à te retrouver dans les goûts d’un des rédacteurs, bien qu’ils soient assez douteux on te l’accorde.

Et toi alors, c’est quoi tes coups de cœur de l’année ?

 

 

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José, Saramago, l’homme, qui défia Dieu, à coups de, virgules https://wellomag.github.io/jose-saramago/ https://wellomag.github.io/jose-saramago/#respond Fri, 13 Nov 2015 14:18:19 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1179 À la fin du mois d’août sur Arte passait Blindness, une adaptation de L’Aveuglement de José Saramago. Un film angoissant qui examine les comportements d’un groupe d’individus faisant face à des conditions extrêmes lors d’une épidémie de cécité. A la fin du film, on se demande: mais qui est l’hurluberlu qui a imaginé une telle histoire ? Roulements […]

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À la fin du mois d’août sur Arte passait Blindness, une adaptation de L’Aveuglement de José Saramago. Un film angoissant qui examine les comportements d’un groupe d’individus faisant face à des conditions extrêmes lors d’une épidémie de cécité. A la fin du film, on se demande: mais qui est l’hurluberlu qui a imaginé une telle histoire ? Roulements de tambours…

Je vous présente José de Sousa Saramago, un écrivain totalement atypique que j’ai découvert tout à fait par hasard, en me cherchant un bon livre à la librairie. Je fus immédiatement attirée par la couverture de Caïn. L’image représentait un agneau avec les extrémités attachées sur un fond noir, une représentation d’une telle profondeur ne pouvait que cacher une perle rare ! Je m’empresse alors de lire la 4ème couverture et là… BINGO ! Satirique, provoquant, le livre nous promettait un voyage biblique peu conventionnel. Au fil des pages, je suis entraînée sur l’arche de Saramago, et arrivant à la fin je décide qu’il sera ma nouvelle quête littéraire !

Pour découvrir le monde fabuleux que me réservait mon Khozé adoré, le choix des livres de ma quête littéraire fut assez simple : Le premier que j’ai acheté -qui s’avère être son dernier livre-, son plus de célèbre puis son livre le plus controversé. Vous me diriez « Mais il manque son premier livre ! » Et bah je ne l’ai pas trouvé en vente.

blindnesssaramagoBlindness (L’aveuglement) avec Julianne Moore et Mark Ruffalo, sorti en 2008 et adapté du roman de José Saramago.

Caïn, et que la quête commence !

Caïn fut le dernier livre de José Saramago, on y sent d’ailleurs qu’il voyait sa fin approcher. Il s’attaque à la plus illustre histoire de notre monde, celle qui berça l’humanité depuis des millénaires : La Bible. Alors que dire de ce roman ? Ce n’est rien d’autre qu’un cri, le dernier cri de l’écrivain, il y dénonce le mal que porte ce monde. Reprenant les étapes les plus marquantes de l’épopée biblique, il y jette un regard un noir, satirique et plein d’amertume. On remonte loin, très loin, et tout commence par le premier crime de l’humanité, le meurtre d’Abel. Caïn, maudit, est alors contraint à l’errance. Nous découvrons à travers la plume de Saramago un personnage bien différent du meurtrier sanguinaire que nous pensions connaître. Il n’était finalement qu’un homme comme vous et moi  ; plein de doutes, de peurs, mais avec surtout une indéniable lucidité face aux deux valeurs universelles créatrices de l’humanité : le bien et le mal. Caïn part alors à la rencontre de la reine Lilith, d’Abraham en passant par Moise et Noé. Il sera le témoin des plus grands événements que la terre ait connu : la construction de Babel, les massacres de Jéricho, l’enroulement de Sodome et pour finir, il embarque sur l’arche de Noé pour affronter le déluge. Rongé de doutes sur les décisions divines, horrifié par les pires attraits de la nature humaine, il assiste impuissant à la chute de notre civilisation, qui commence par l’affrontement de la race humaine entre elle pour finir par son extermination par son créateur. Il embarque sur l’arche de Noé et le massacre lui ainsi que sa famille pour un ultime tête a tête avec Dieu.

Caïn fuyant avec sa famille (1880), Fernand Cormon.Fernand Cormon.

Et à travers toutes les pages de ce roman, toutes les lignes, Saramago pousse le lecteur à se demander la nature de sa relation avec Dieu, mais surtout à voir en face que l’homme n’est autre qu’un semeur de souffrance, d’ignominie et de terreur. Il n’y pas que Caïn qui est condamné à l’errance. Nous le sommes tous, condamnés à un éternel questionnement solitaire face à nous-même et notre liberté d’agir.

Ce roman est de loin le plus noir de José Saramago, on ressent un désespoir intense émanant de l’écrivain, comme s’il nous demandait de regarder ce qu’on a fait de ce monde, et si l’on méritait vraiment ‘la vie’. Il le conclut ainsi : « L’histoire est terminée, il n’y aura rien d’autre à raconter. » Les derniers mots prémonitoire d’un dernier livre.

Que je sache, nous ne nous sommes jamais demandé si nous méritions ou non la vie, dit Caïn. Si vous aviez pensé à vous le demander, vous ne seriez peut-être pas sur le point de disparaître de la face de la terre.

Apres avoir fini Caïn, j’attaque la deuxième partie de ma quête : Le plus gros succès de l’écrivain (oui je ne me suis pas trop cassée la tête, je moutonne braves gens !).

Dieu n’a qu’une seule main

Le Dieu manchot est totalement différent de Caïn. Certes, on y retrouve le style d’écriture particulier de José Saramago, mais l’histoire est bien plus légère, il y a même de l’amour dans l’air !

Le roman est une grande fable du Portugal baroque. Un mélange entre réalité historique et fiction à la sauce José S. Le décor est placé : Lisbonne, 18ème  siècle, âge d’or d’un des paliers de l’Europe de la renaissance. Les événements historiques : L’édification du monumental palais-couvent de Mafra et l’invention de l’aérostat. Nous sommes alors plongés dans l’histoire de trois personnages : un soldat manchot (Balthasar), une sorcière (Blimunda) et un prêtre (Bartolomeu de Gusmão). Ils entreprennent à eux trois la folle idée d’inventer une machine volante, tandis que la ville est engloutie par l’immense chantier du couvent. José Saramago dépeint toute la splendeur du Portugal dans ce livre, mais aussi toute l’hypocrisie et la folie des hommes, du Roi Jean V du Portugal, qui pour célébrer la naissance de sa fille ruinera tout un peuple dans un édifice faramineux, jusqu’au prêtre Bartolomeu qui en oubliera les fondements de sa vocation religieuse pour arriver à son but. Deux hommes, la tête dans les nuages et les pieds bien loin de la terre, vont s’immiscer dans la vie d’un couple bien étrange : Balthasar et Bilmunda. Ces deux personnages sont l’image même du Portugal. D’un coté le courage et le sacrifice de soi de Balthasar, ancien soldat qui perdit sa main gauche lors d’une bataille. De l’autre la volonté, la fidélité et les croyances aux forces occultes de Bilmunda. Balthasar représente la face cachée, ce qu’on paye pour décorer un pays, c’est le personnage qu’on ne retrouve pas sur Google, celui qui a participé mais qui ne sera jamais cité, celui qui a tout perdu sans une once de reconnaissance ou de gloire.

(…) Cela n’est écrit nulle part, je suis le seul à dire que Dieu n’a pas de main gauche, puisque c’est à sa droite, à sa main droite que s’asseyent les élus, jamais on ne parle de la main gauche de Dieu, ni les Saintes Écritures, ni les docteurs de l’Eglise n’en font état, personne ne s’assied à la gauche de Dieu, c’est le vide, le néant, l’absence, d’où il résulte que Dieu est manchot.

Blimunda quant à elle, représente l’hérésie, le blasphème, mais surtout l’amour, la fidélité, le patriotisme. Diabolisée et traquée dans une incroyable chasse aux sorcières, elle prouve que tout ce que l’on raconte, tout ce qui représente le ‘mal’ selon l’église a une tout autre réalité.

La pureté de leur amour, leur engagement et la bonté de leur cœurs sont un chant d’espoir, une manière de prouver au monde qu’il y a toujours des héros, des gens invisibles, des gens comme nous, qui font du monde un endroit meilleur chaque jour.

Untitled 4cliquer ici pour agrandir)

Jésus, comme vous et moi

Nous arrivons donc à ma dernière lecture : L’Évangile selon Jésus-Christ. Dans ce roman aux allures bibliques de Caïn, José Saramago enfile le costume de l’emblème même du Christianisme : Jésus-Christ. Cet Évangile selon Saramago est une reconstitution de cette histoire vieille de 2000 ans dont l’auteur garde les grandes lignes mais en y introduisant ses propres commentaires, sa propre critique des bases de la culture occidentale. On plonge dans l’histoire de Jésus-Christ, sauvé de la vague meurtrière qui s’abattit sur Bethléem par son père Joseph. De son enfance à sa crucifixion, nous vivons avec Jésus les moments forts de sa triste vie, cet homme qui fit des erreurs, aima, avança péniblement vers sa destinée en essayant de toutes ses forces d’être ‘heureux’. Nous sommes aussi complètement submergés d’émotions pour son amour fou pour Marie-Madeleine, qu’il aima d’un amour pure et sincère. Jésus-Christ ne veut pas mourir, José Saramago l’affirme. Et quand il sentit que son heure approchait, qu’il ne fut qu’un agneau qu’on conduit au sacrifice, il finit par céder à sa nature d’être humain.

… Lamente-toi amèrement, pleure à chaudes larmes, fais le deuil qu’il mérite, un jour ou deux, pour éviter les médisances, puis console-toi de ta peine, et il est écrit aussi, N’abandonne pas ton cœur au chagrin, écarte-le et souviens-toi de la fin, n’oublie pas, il n’y a pas de retour, tu ne serais d’aucune utilité au mort et tu te ferais du mal.
Pour cela j’ai loué la joie, car il n’y a rien de meilleur sous le soleil pour l’homme que manger, boire et goûter le bonheur dans son travail, durant les jours que Dieu lui accorde sous le soleil.

Et dans cette version revisitée des évangiles, on remarque quelque chose d’assez drôle : Satan est le personnage le plus sympathique, le plus compatissant. José Saramago abaisse le christianisme au rang de gros coup de pub, un buzz pour les religions monothéistes, qui eurent comme bouc émissaire Jésus-Christ.

Ce livre est de loin le plus controversé de l’auteur, il choqua bon nombre de croyants, et fit de José Saramago la cible du Vatican et de toute l’Europe chrétienne. Il est contraint d’ailleurs à l’exil.

Un au-revoir, et une place dans l’histoire

José Saramago est le seul écrivain lusophone à avoir obtenu le prix Nobel de Littérature, en 1998, pour Caïn. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains Portugais du 21ème siècle. Il devint l’une des figures les plus importantes de son pays, s’investissant énormément sur la scène politique (appartient à la littérature née de la «révolution des Œillets», qui mit fin, en 1974, au régime salazariste portugais), il critiqua la soi-disant démocratie qui régit l’Union Européenne l’accusant de n’être qu’un simple instrument d’appât du gain des riches. Il se voulait être la voix d’un peuple, la voix à l’égalité entre les différentes classes sociales. Mais malgré tout cela, c’est sa position religieuse qui fit le plus de bruit, dans de nombreux discours il accusa le ‘facteur religion’ d’être la cause directe de tous les conflits et les guerres humaines, cette affirmation lui valut une sale réputation. De la plume des libertés, il gagna une image d’athée provocateur voulant se faire un coup de pub. Et à première vue c’est ce qu’on pense de lui, car quoi de mieux qu’insulter Dieu pour faire le buzz ? Pourtant plus on connait le personnage, plus on lit d’articles sur lui, plus on écoute ses discours, et plus on comprend qu’il est loin d’être ce mec qui cherche la polémique, au contraire, on sent une réelle profondeur dans ces dires, il nous insiste à nous aimer les uns les autres plutôt qu’à idolâtrer une divinité en nous haïssant l’un l’autre, et quand on y pense bien, n’est-il pas un peu dans le vrai ?

« La Bible est un manuel à mauvais mœurs, qui influença énormément notre culture et surtout notre mode de vie. Sans la Bible, nous aurions été différents, et probablement de meilleures personnes. »

Il faut savoir que ce qui singularisa le plus José Saramago en tant qu’écrivain, c’est nul doute son style d’écriture. Une écriture d’une anarchie totale où les voix des personnages s’entremêlent aux apparitions de l’auteur pour former un grand chant d’Opéra doté d’une ponctuation peu orthodoxe où les points sont presque inexistants, laissant place à de longs paragraphes parsemés de virgules. Une fusion parfaite du style direct et indirect qui caractérise un écrivain hors-norme.

A travers ces romans, on découvre un homme avide de liberté, de justice, qui aime plus que tout son pays. Ce communiste donna une toute autre ampleur à la liberté d’expression, et il n’hésita pas à s’attaquer aux religions, à ses fondements, en quête de spiritualité. Beaucoup le voient comme un blasphémateur, on devrait plutôt y voir une personne attachée à ses valeurs, un homme qui n’eut pas peur de choquer, de sortir des normes littéraires, pour se faire entendre. Il dessine tout au long de ses écrits une fresque utopiste, poussant l’humanité à regarder tout le mal qu’elle engendra, mais surtout tout ce qu’elle entreprit de meilleur, le fait qu’il y ait réellement du bon en chaque homme, et que pour que ce bon ait un impact, il faut qu’il soit nourri. Nourri d’amour, de liberté, de dons de soi et de sacrifices, pour un monde meilleur.

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