Wello Magazine http://wellomag.com Le magazine qui te parle d'autre chose. Sat, 24 Dec 2016 20:59:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.3 Tiny Lens #2 : Ali Sabouki https://wellomag.github.io/tiny-lens-2-ali-sabouki/ https://wellomag.github.io/tiny-lens-2-ali-sabouki/#respond Sat, 20 Aug 2016 15:36:59 +0000 https://wellomag.github.io/?p=2149 Oublions notre ami aux 36 selfies/jour, notre collègue qui poste tous ses déjeuners mais pas le couscous du vendredi, ou encore celui qui prend en photo n’importe quoi en ajoutant #art… Faites place aux must-follow des internets ! On rêverait de les avoir en tableau dans notre salon. Déjà, parce qu’on s’en vanterai devant tout le monde, […]

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Oublions notre ami aux 36 selfies/jour, notre collègue qui poste tous ses déjeuners mais pas le couscous du vendredi, ou encore celui qui prend en photo n’importe quoi en ajoutant #art… Faites place aux must-follow des internets !

On rêverait de les avoir en tableau dans notre salon. Déjà, parce qu’on s’en vanterai devant tout le monde, et surtout parce que les portraits de l’iranien Ali Sabouki (@alisabouki) dégagent ce petit je-ne-sais-quoi qui nous laisse parfois figé en face d’une photographie, l’auscultant durant des heures sans savoir pourquoi.

Les postures, les regards, les expressions faciales, nous rappellent forcément les portraits de la renaissance italienne. Ali retrouve dans cet art un « travail sur la lumière, la composition et les couleurs très riche, original, pure et plein de mystèresChaque fois que l’on regarde une oeuvre de la renaissance italienne, elle nous fait réfléchir, et plus notre perception de l’oeuvre se construit, plus on est impressionné par elle. Alors peut-être que j’ai été influencé par l’art de la renaissance. »

Mais l’influence principale de ses créations reste la culture et l’art persan et oriental de manière générale.

Les âmes que capture Ali Sabouki, fragiles, vulnérables, parfois méprisantes, sont paradoxalement presque inexistantes, comme si que les personnes n’était plus vraiment là. Des photos sans âme, et pourtant débordantes d’émotion.

Ses portraits dégagent cette étrange atmosphère, à l’aspect très poétique, religieux, voire sensuel ou folklorique. « Je crois que l’homme moderne s’est beaucoup éloigné de sa réalité, contenant pureté et profondeur », raconte-il« Ce que j’essaie de faire en tant qu’artiste est de montrer une nouvelle perception de l’humain. Peut-être observer mes photos guidera les gens vers leur vraie réalité, leur faire avoir une meilleure perception de la vie. »

La magie de ses portraits est surtout le fruit du remarquable travail sur les mains. « On dit toujours que “les yeux ne mentent pas.” A mon avis, ce sont les mains qui ne mentent jamais. » Dans beaucoup de ses portraits, les mains ont une représentation certaine et suggèrent un message particulier. « Si vous jetez un œil à l’histoire de l’humanité, vous verrez que les mains ont toujours joué un rôle très important dans l’art et essentiellement dans les rituels de toutes les religions. Comme si que les mains étaient fortement liées à la spiritualité et la théologie. »

« Je pense que les formes de la main ont un sens profond en eux-mêmes et ils sont souvent plus importants que les visages. »

Les projets du jeune chauve à la barbe douce sont à découvrir et à suivre sur son site et Instagram.

Très similaire dans le style, s’éloignant parfois du portrait sans pour autant en être moins impressionnante, Sedre Yari (@sedre.yari), photographe iranienne, est elle aussi une must-follow avec ses scènes angéliques et ses petites séquences vidéo contemplatives.

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Beat Generation #2 : De la route au cinéma https://wellomag.github.io/beatgeneration-2/ Mon, 01 Aug 2016 17:49:08 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1896 Dans la première partie du dossier concernant le mouvement beat , nous sommes remontés aux sources du courant hipster. Dans cette dernière partie, nous allons faire un rapprochement entre la Beat Generation/Hipster/Hippie et le cinéma. Nous essayerons, tous ensemble, main dans la main, à la queue leu-leu, d’interpréter le fond de quelques films choisis soigneusement et de […]

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Dans la première partie du dossier concernant le mouvement beat , nous sommes remontés aux sources du courant hipster. Dans cette dernière partie, nous allons faire un rapprochement entre la Beat Generation/Hipster/Hippie et le cinéma. Nous essayerons, tous ensemble, main dans la main, à la queue leu-leu, d’interpréter le fond de quelques films choisis soigneusement et de dévoiler l’esprit beat qu’ils dégagent.

Pour lire la première partie du dossier consacré à la Beat Generation, clique n’importe où sur cette phrase, ça va t’y emmener, tu verras c’est magique.

Il y a des milliers de films qui traitent de la Beat Generation. Il y a des mauvais, mais il y a surtout des bons, comme Le Festin nu de David Cronenberg, une adaptation du roman éponyme de William S. Burroughs, réputé inadaptable. Cronenberg nage depuis un bout de temps dans le body horror, et avec Le Festin nu il cumule un nombre colossal de WTF par plan : des insectes imm(onde)enses, des créatures qui ressemblent à l’intérieur d’un sphincter et de la drogue, bien évidemment, parce que ces atrocités sont le fruit d’un bad trip. Maintenant, mon enfant, tu sais à quoi ressemble un bad trip : à un anus qui parle. Alors pas touche à la gue-dro.

Le Festin nu peut être beat indépendamment du roman. Sa construction perturbante, déjantée et inclassable permet au film de se détacher de ce que faisait le cinéma rationnel pour offrir une nouvelle définition absurde ou plutôt abstraite du 7ème art. L’univers de Cronenberg est un art absurde à part entière et avec cette adaptation, il confirme la possible fusion entre l’irrationnel et le bon sens. Pour faire simple, le rêve est souvent difficile à raconter, un bad trip aussi, eh bien ce film défie la difficulté pour titiller l’impossible afin de pouvoir raconter ce « rêve ».

Le Festin nu est une adaptation d’un roman qu’on considérait comme beat. Je dis bien « considérait », parce que Burroughs refusait qu’on l’assimile à ce mouvement juste parce qu’il était ami avec Kerouac et Ginsberg. Et sinon, un film, peut-il être beat sans être une adaptation d’un livre issu de la Beat Generation ? Ce à quoi je réponds : « OUI ! » Bon, ne nous emballons pas et voyons voir ça.

Sur la route
Commençons par le road-movie. Un genre toujours en mouvement, qui explore l’infini et qui vient de nulle part en allant vers l’inconnu. En gros, dans le road-movie, le point A et le point B ne sont pas le point de départ et le point d’arrivée du héros, mais plutôt le point de fuite et le là-bas, le je-ne-sais-où, mais fuyant quand-même. Le road-movie devient un genre grâce à Easy Rider de Dennis Hopper, un film qui participe, en même temps, à la naissance du Nouvel Hollywood, mais ça c’est une autre question.

Dans ce film, les deux protagonistes décident de quitter Los Angeles en allant participer au carnaval de la Nouvelle-Orléans. Sur leurs choppers (motos), ils traversent l’Amérique profonde et font des rencontres inattendues qui pimenteront leur récit. On peut considérer ici la route comme étant un personnage à part entière. Elle participe à l’évolution du duo tout au long de la traversée. Le personnage de la route, qu’on appellera ici l’« Imaginaire » intervient et acte en usant des rencontres comme points d’attache ou fil conducteur pour faire avancer l’histoire. L’Imaginaire (qui est ? LA ROUTE ! Faut suivre, mon gars.) les pousse vers l’avant, à une quête de soi. Le personnage qu’incarne Peter Fonda, Wyatt a.k.a Captain America, dit à un moment donné du film, en affirmant n’avoir jamais voulu être quelqu’un d’autre que lui-même : « Well, I’am just getting my thing together », il veut se retrouver, cela montre en lui une envie de se libérer. Ce détachement de l’étroitesse entrera en jeu une fois sur la route. Dans cette dernière, il renouera des liens avec la nature en se renonçant à la civilisation.

Encore une fois, comme chez la Beat Generation, on retrouve dans Easy Rider un refus du capitalisme et du libéralisme américain. La rencontre des deux protagonistes avec George Hanson, interprété par Jack Nicholson, permet d’aborder cette question du libéralisme et de la liberté individuelle.

C’est très dur d’être libre lorsqu’on est acheté et vendu sur le marché. Bien sûr, ne leur dites jamais qu’ils ne sont pas libres, parce qu’alors ils vont se mettre à tuer et estropier pour prouver qu’ils le sont. Pour sûr, ils vont vous parler, et parler, et parler encore de droits individuels. Mais lorsqu’ils voient un individu libre, ça leur fout les jetons.

Cette réplique donne l’image mesquine sur laquelle l’Amérique s’est construite, que la Beat Generation et les hippies voulaient déconstruire.

Quant au refus du capitalisme, il se résume dans la réplique courte et précise de Wyatt : « We blew it ! » Il répond : « On a déconné ! » à Billy après que ce dernier lui ait dit : « On y est arrivé. On a de l’argent et on est libre. On est riche Wyatt. On peut passer notre retraite en Floride. » On comprend alors qu’ils ne se sont pas retrouvés, comme le voulait Wyatt. Leur quête de soi, leur point B, était un échec, puisque comme vous le savez tous, l’argent, eh ben il ne fait pas le bonheur !

Enfin, Easy Rider permet de mettre en images le rêve américain et l’Amérique profonde décrite par les beats dans leurs œuvres. Une Amérique conservatrice, raciste par moment, mais embellie par la classe populaire et contre-culturelle, mais surtout une Amérique mortifère.

Vas-y, fais tourner !

On a parlé dans la première partie du dossier, d’une Beat Generation plutôt angélique, un mouvement jovial, qui se tapait des road trip pour assoiffer l’envie de s’évader. Mais cette envie de s’évader ne s’étanchait pas que grâce aux road trip. La drogue occupait une place non négligeable chez les beats (ou beatniks, appelez-les comme vous voulez). Il y avait les acid test plus tard chez les hippies, des étranges expériences psychédéliques qui ne se finissaient pas souvent dans la joie et la bonne humeur. Mais avant les acid test, le LSD, la marijuana, ces drogues qui stimulent le chill et la lenteur, il y avait une amphétamine conçue au départ pour soigner les troubles respiratoires et qu’on appelait la Benzédrine. Cette drogue, qui booste l’énergie créative, était populaire dans les années 20 et 30 et a influencé un bon nombre d’artistes. Dans les années beat, malgré son lent déclin, les beatniks la consommaient régulièrement pour reproduire ses effets. D’ailleurs, la légende raconte que Sur la route a été écrit sous l’effet de Benzédrine et que Miles Davis, maître incontesté du bebop et du jazz modal, était un consommateur fervent de ce décongestionnant.

La drogue, donc, était une source d’inspiration, un sujet de production artistique. Certains ont réalisé des œuvres sous l’effet de celle-ci, d’autres pour l’effet de cette dernière. Allen Ginsberg en parle dans son magnifique soliloque Howl. William S. Burrough écrit Le Festin nu sous l’influence de celle-ci et s’il n’y avait pas de drogue, on ne connaîtrait jamais l’incroyable histoire d’un écrivain-poète-toxicomane-criminel raté nommé Herbert Huncke. Pionnier des droits homosexuels, ce mec avait tout pour lui, mais il n’a pas su comment en profiter. Herbert est considéré comme ayant inventé l’expression qui a finalement décrit toute une génération en utilisant le terme « beat » dans son Huncke’s Journal pour décrire une personne très pauvre, sans perspectives de vie et qui survit au jour le jour. Herbert Huncke est donc un personnage clé de la Beat Generation, un laissé-pour-compte qui a suscité la sympathie du trio beat, des jazzmen (il était ami avec B. Holliday, C. Parker et D. Gordon) et de Jerry Garcia, membre de The Grateful Dead, qui pour anecdote payait le loyer de Huncke alors qu’il ne l’a jamais rencontré.

Donc, pourquoi la drogue ? Je vous réponds : « Parce que Drugstore Cowboy. » Mais avant de parler de Drugstore Cowboy, jetant un coup d’œil sur son réalisateur. Gus Van Sant (ou GVS pour les intimes), est probablement le plus beat des réalisateurs. Sa filmographie déborde de clins d’œil à la Beat Generation. Son premier film, Mala Noche, un petit drame indépendant porté par des acteurs non-pro, était l’adaptation d’un récit autobiographique éponyme d’un certain Walt Curtis, un proche du mouvement beat. L’idée de Mala Noche lui venu à l’esprit sur le tournage de Proprety, un film qui met en scène des artistes de la Beat Generation, et GVS était ingénieur du son sur ce film. Quelques années plus tard, Gus Van Sant met en scène River Phoenix et Keanu (« Jesus ») Reeves dans My Own Private Idaho, un film qui suit les pérégrinations de deux tapins-toxicomanes qui traversent l’Amérique en se prostituant pour survivre. L’histoire est moche, mais le film est beau. Par son esthétique, il rend hommage à l’utopie beat par ses routes à perte de vue et par son approche de la sexualité. My Own Private Idaho est aussi beat grâce à ses personnages, on peut les considérer comme des archétypes miroir de ce qu’était les beatniks des années 50 : des homosexuels prêts à fracturer la bienséance, des junkies bourgeois qui fréquentaient le milieu populaire parce que c’était là qu’on trouvait l’adrénaline, des garçons en moto qui transpiraient la poussière dégagée par le ronflement des choppers (Easy Rider, toi-même tu sais, wesh !), etc.

Le road movie, Gus Van Sant le réitère une nouvelle fois dans Even Cowgirls Get the Blues. Plus comique, plus western et du côté lesbien de l’homosexualité cette fois-ci. Dans ce film, GVS permet à la Beat Generation et au road movie d’avoir son icône féminine. Il met en scène un personnage féminin, Sissy Hankshaw, joué par Uma Thurman, qui souffre d’une malformation des pouces. Et qu’est-ce qu’on fait quand on a une malformation des pouces ? Eh ben, on fait de l’autostop, la passion dont se consacre Sissy.

Le cinéma GVS est une fresque qui regorge de traces explicites de ce qu’était la Beat Generation : Harvey Milk hippie-beat par son contexte et par le militantisme de son personnage réel, qui défendait les droits des homosexuels et la liberté individuelle au passage ; Gerry aussi était beat à travers son esthétique, l’errance et le processus d’évolution de ses personnages au fil de l’histoire.

Puis, il y a Drugstore Cowboy, un film qui se frotte à la drogue avant Trainspotting et Requiem for a Dream. Drugstore Cowboy avant d’être un film c’était un livre, un livre écrit par un auteur assez intéressant : James Fogle. Et James Fogle avant d’être un auteur c’était un toxicomane et un criminel multirécidiviste, devenu écrivain de polars en découvrant la littérature en prison. Gus Van Sant se saisit de ce roman pour réaliser son deuxième film et plonge ainsi le spectateur dans une expérience étrange : leur faire aimer des toxicomanes qui n’hésiteraient pas à leur couper la gorge pour un soupçon de drogue. Parce que les personnages du film sont tout sauf des têtes d’anges, si on se réfère à la vraie histoire de James Fogle. Mais au lieu de dresser un portrait terrifiant des protagonistes, Gus Van Sant s’interroge sur les vraies raisons qui poussent l’humain vers l’inhumain.

On trouve aussi chez Gus Van Sant dans ce film un éloignement du pathos, à rendre le toxicomane vulnérable ou encore malveillant. Il ne cherche pas à condamner la toxicomanie ou à pousser les gens à la drogue, mais il encourage simplement le spectateur à assumer ses actes.

On a parlé un peu plus haut du point A et du point B, le point du départ et celui de l’arrivé. Wyatt, dans Easy Rider, son point d’arrivé était un échec. Et la drogue peut finir dans un point d’échec aussi, dans ce qu’on appelle l’overdose, mais cette histoire est souvent ressassée par des clichés qui montrent le toxico comme une espèce rebus qui finit souvent au fond du trou, et Drugstore Cowboy est là pour briser la règle. Il offre de l’espoir, où la drogue n’apparaît pas uniquement comme une fascination ou encore comme une souffrance, mais comme une conséquence d’une vie perturbée venant pour calmer les douleurs, jusqu’à sa fin certaine, overdose peut-être, mais rédemption surtout.

Enfin, on note le petit rôle de William S. Burroughs en vieux prêtre camé, qui ancre le film dans une réalité beaucoup plus cruelle en montrant que tout le monde peut y sombrer, notamment les plus religieux d’entre nous, ceux qui sont sensés montrer le bon chemin.

Le monde était fou, quand on songeait qu’une majorité pleine de préjugés trouvait normal et même nécessaire que ceux dont elle désapprouvait le comportement soient punis – une réprobation souvent due à un lavage de cerveau opéré par des requins qui voyaient la justice comme moyen d’augmenter leur fortune ou leur pouvoir. Mais il y avait pire : le petit fonctionnaire qui n’avait pas grand-chose à gagner. Celui-là pouvait condamner une multitude de gens à la détention dans des conditions déplorables sans que cela lui pose le moindre problème de conscience, simplement pour conserver son emploi de gratte-papier.[1]  

GVS, la Beat Generation te remercie.

L’Hollywood nouveau

Nous avons évoqué le Nouvel Hollywood un peu plus haut quand on s’est penché sur Easy Rider. Pour faire bref, le Nouvel Hollywood rassemble une poignée de cinéastes sous la bannière d’un mouvement cinématographique qui exerce entre les années 60 et 80. Le Nouvel Hollywood brise les règles établies par l’âge d’or hollywoodien et inscrit le cinéma dans la contre-culture.

Le Nouvel Hollywood donne le pouvoir de la création aux réalisateurs, contrairement au vieil Hollywood pris par les grands studios et les liasses des producteurs. Ce pouvoir de création permet aux réalisateurs de s’affranchir de la bien-pensance pour toucher des sujets tabous censurés par le cinéma classique, comme les magouilles politiques, la corruption, la violence, le droit à la parole aux autochtones des Amériques et surtout la sexualité. Et parmi les réalisateurs révélés par le Nouvel Hollywood on peut citer quelques uns comme Terrence Malick, Brian de Palma, Arthur Penn, Richard C. Sarafian, Georges Lucas, Stanley Kubrick ou encore Dennis Hopper (Easy Rider, toi-même tu sais, wesh !2) Ces réalisateurs s’inspirent beaucoup du cinéma européen et s’inscrivent dans la même lignée que la Nouvelle Vague et le néoréalisme italien.

En parlant du néoréalisme italien, il y a un réalisateur – qui n’a rien à voir avec le néoréalisme (j’en parle parce qu’il est italien) – qui a inspiré un bon nombre de cinéastes et qui inspire encore aujourd’hui. Si je vous dis La Nuit, Femmes entre elles, Le Cri, Blow-Up, vous me dites ? Une partouze… mais en fait pas du tout ! Je parle évidemment de Michelangelo Antonioni.

Michelangelo Antonioni, pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous recommande cette rétrospective de la carrière du bougre du cinéma italien réalisée par Blow Up, l’émission d’Arte. Je vous laisse 5 minutes et on reprend.

Ce qui nous intéresse ici chez Michelangelo Antonioni c’est son court parcours hollywoodien, qui se résume à un film, mais pas n’importe lequel. Déjà c’est une expérience qu’il faut ressentir tellement c’est beau et puis il correspond parfaitement au sujet que nous traitons ici (à savoir la Beat Generation, pour ceux qui se sont perdus), son influence sur le cinéma et la contre-culture. Ce film porte comme titre l’endroit où la majorité du film a été tourné : Zabriskie Point, le parc national de la vallée de la Mort, donc il s’intitule ? Zabriskie Point, bien.

Zabriskie Point est la rencontre de deux êtres fusionnels qui s’échappent de la civilisation pour revivre, en quelque sorte, le mythe du bon sauvage, du retour à la nature, une nature sèche et poussiéreuse en ce qui concerne le film d’Antonioni. Ce retour à l’état sauvage pour explorer ses chakras était un des points majeurs de l’utopie hippie, cultivée auparavant par le précurseur, la Beat Generation.

zabriskie-point-01-gMark Frechette et Daria Halprin dans Zabriskie Point

Le film s’ouvre sur une scène qui résume à elle seule ce qu’étaient les États-Unis des années 60 à savoir un « État fasciste » : une manifestation d’étudiants qui s’opposent à l’individualisme bourgeois, elle tourne au vinaigre : affrontements physiques, décès, omniprésence policière. Cette partie du film offre la parole aux étudiants pour exprimer leurs revendications. Le décès d’un étudiant noir, puis d’un policier pousse Mark, un des protagonistes du film interprété par Mark Frechette, à s’enfuir, persuadé que l’on croit que c’était lui le meurtrier.

On revient donc une nouvelle fois à nos points A et B : le départ de Mark commence à partir d’un point de fuite, d’abord par peur et ensuite par envie, et finit dans un point que je considère comme la représentation cinématographique de ce que peut produire un texte littéraire sur l’idée de l’errance et de la béatitude rêvé par les beatniks et par l’utopie hippie : euphorie.

La rencontre de Mark avec Daria dans le désert marque le début d’une histoire d’amour. Cette dernière, racontée d’une manière fantasmagorique, permettant au couple de sillonner l’idée de la nature sauvage et du retour aux origines telle qu’elle est rêvée par les beatniks et les hippies. Le rêve et le désert leur offrent un lieu de renaissance, Mark et Daria deviennent alors Adam et Eve et peuplent leur imagination d’autres couples explorant leurs corps sous des couvertures de sable. Mais le rêve s’arrête là quand Mark, libéré de ses regrets, apaisé, décide de retourner à la civilisation. Sa béatitude retrouvée sera arrachée par la suite par les gardiens de la paix ! Pouvons-nous donc dire que Zabriskie Point n’est pas un modèle d’optimisme ? Que l’utopie beat sera toujours arrachée par la civilisation des grandes enseignes ? Antonioni avait déclaré : « Zabriskie Point représentera pour moi un engagement moral et politique plus évident que celui de mes films précédents. Je crois que le moment est venu de dire ouvertement les choses. »[2]

Zabriskie Point nous apprend que la violence ne réalise pas forcément les résolutions. Il nous montre aussi que les échappées permettent de se ressourcer. Les exploits érotiques sublimés par les envolées planantes du fond sonore des Pink Floyd ne sont pas là que pour l’esthétique, cet amour reprend en image le « Make love, not War » des hippies et l’opéra explosif de la villa luxueuse rêvée par Daria est une réponse radicale au monde arrogant dans lequel on vit.

Enfin, reposons une nouvelle fois la question : Zabriskie Point, est-il un film optimiste ? Réponse : « Je ne laisserai pas le spectateur libre de tirer ses conclusions, mais que je chercherai à lui communiquer les miennes. »[3]

Finalement, tout film peut être beat à sa manière : par le sujet traité, par la manière dont il traite un sujet, par le message qu’il essaye de transmettre, etc. L’influence du mouvement se ressent dans l’approche qu’entreprend un réalisateur pour donner de l’âme à son film et la Beat Generation est un parfait manuel à suivre pour jaillir de la vivacité dans une œuvre cinématographique.

Mon approche personnelle dans l’interprétation de ces quelques films choisis montre aussi que le spectateur est important dans l’exégèse d’un movie. Il rajoute un sens personnel à une œuvre qui devient ainsi une œuvre participative. Donc un film peut être beat pour les yeux de quelqu’un et absolument pas aux yeux des autres. On peut aussi expliquer cela par la contextualisation : un film acquière une interprétation à partir du contexte dans lequel il a été diffusé. Exemple : El Topo d’Alejandro Jodorowsky, passé d’une œuvre fictionnelle indépendante à une œuvre fictionnelle indépendante-métaphysique-sensationnelle-abstraite-culte grâce à sa diffusion en tant que Midnight movie…


Sur ces belles paroles subjectives, nous marquons la fin du dossier Beat Generation. J’espère que vous avez bien kiffé, si c’est le cas faites-le nous savoir ! Et sinon, on vous encule embrasse.

Pour lire la première partie du dossier consacré à la Beat Generation, clique n’importe où sur cette phrase, ça va t’y emmener, tu verras c’est magique.

 


[1] FOGLE, James, Drugstore Cowboy, Editions 13e note, 2011, p. 84.

[2] Cinema Nuovo, N° 7-8, 1968.

[3] Ibid.

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Mangakarism #1 – Junji Ito, maître de la peur dessinée https://wellomag.github.io/mangakarisme-1-junji-ito/ https://wellomag.github.io/mangakarisme-1-junji-ito/#respond Mon, 25 Jul 2016 16:50:17 +0000 https://wellomag.github.io/?p=2002 La BD japonaise est la meilleure BD de l’univers, et ses auteurs, les Mangakas, sont les plus créatifs et les plus diversifiés. Dans cette rubrique on vous présente un auteur à travers une sélection de ses œuvres, qu’il soit connu ou underground, prolifique ou non. ATTENTION : Cet article contient des dessins qui peuvent choquer les […]

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La BD japonaise est la meilleure BD de l’univers, et ses auteurs, les Mangakas, sont les plus créatifs et les plus diversifiés. Dans cette rubrique on vous présente un auteur à travers une sélection de ses œuvres, qu’il soit connu ou underground, prolifique ou non.

ATTENTION : Cet article contient des dessins qui peuvent choquer les petites âmes toutes sensibles et qui font pipi quand ils ont peupeur.

Un dessin peut nous procurer plusieurs sentiments : la tristesse, la joie, ou encore le malaise ou le dégoût. C’est ces deux derniers sentiments qui se retrouvent dans la plupart des œuvres horrifiques de la bande dessinée, et surtout dans la bande dessinée venue du pays du soleil levant. Le manga horrifique est un genre du manga qui reste assez peu populaire, notamment certaines de ses branches comme l’Eroguro (un art visuel et narratif qui mélange horreur/gore et érotisme, cherchez sur Google Images, ça fout le malaise), et cela est notamment dû aux délires et aux idées complètement farfelues, morbides et glauques de ses auteurs.

Mais parmi tous les auteurs de manga d’horreur, il y en a un qui a réussi à sortir du gouffre, à faire connaître au grand public ce genre particulier de mangas et à s’imposer comme le big boss de ce domaine.

Il s’appelle Junji Ito, il est né en 1963 à Gifu, il a appris à dessiner en s’inspirant des dessins de sa grande sœur, et il a publié son premier manga, Tomié, en 1987 alors qu’il travaillait dans un cabinet dentaire qu’il décide de quitter quelques années plus tard pour se consacrer à plein temps à la bande dessinée. Faisons connaissance avec lui et son univers, à travers quelques unes de ses œuvres.

 


1- Gyo (2 tomes, 2002)

Tadashi et sa copine Kaori partent passer leurs vacances dans le chalet de l’oncle de Tadashi à Okinawa. Tout se passe bien jusqu’au soir où Kaori commence à sentir une odeur nauséabonde autour d’elle. Quand soudain, un poisson à pattes fait son entrée chez eux. Ils arrivent à s’en débarrasser mais ils ignorent que ce n’est que le début d’une invasion qui transformera l’humanité…

Découpée (lol) en deux tomes assez différents, Gyo est une histoire haletante du début à la fin. On suivra le jeune Tadashi qui essayera tant bien que mal de s’échapper le plus loin possible de la menace des poissons, pour sauver sa peau et pour calmer sa copine ultra-hystérique qui ne supporte pas l’odeur du poisson. Même si le manga commence comme une simple histoire d’invasion de monstres dans son premier tome, il surprendra le lecteur en prenant le virage du post-apocalyptique vers la fin du manga.

gyo-deluxe-edition-shark

Moi quand j’apparais sur ton fil d’actu.

La représentation graphique des monstres marins est surprenante tout en étant dégoutante. Les poissons sont dessinés avec un réalisme dérangeant et glauque, qui nous montre la facette la plus moche de ces créatures. Le second tome introduit également des malformations et des transformations humaines hideuses et monstrueuses, mais pas pour autant traumatisantes. Pas pipi.

Ce n’est certainement pas l’œuvre la plus choquante ou la plus glauque de l’auteur, mais c’est sans doute celle qui aura le plus d’effet sur le lecteur, qui deviendra parano et se retrouvera en train de fouiller les recoins de sa maison à la recherche de poissons à pattes (c’est ce que j’ai fait, oui.).

GYO 3

Pages de droite et gauche : Le mystère de la faille d’Amigara. Page du milieu : La triste histoire d’un père de famille.

En bonus à la fin du second tome, deux courtes histoires qui n’ont rien à voir avec le reste du manga : « La triste histoire d’un père de famille » qui tient sur 4 pages, et « Le mystère de la faille d’Amigara ». Ces deux histoires, qui différent énormément de l’horreur de Gyo, se placent plus dans le domaine du mystère et du paranormal, et rappellent énormément les récits de H.P.Lovecraft, l’une des principales influences de l’auteur.

 


2- Uzumaki (3 tomes regroupés en une intégrale, 1998-1999)

Certainement son œuvre la plus connue et la plus acclamée, Uzumaki (ou Spirale dans sa version française) n’est pas l’histoire d’un ninja blond, mais celle de Kurouzu, une paisible ville japonaise mais sur laquelle plane une terrible malédiction : la malédiction de la spirale. Ouuhh. On suit le quotidien de Kirié, une jeune résidente de cette ville, qui va voir ses proches, ses parents ou ses voisins se transformer en obsédés de la spirale, voire carrément des spirales eux-mêmes.

Uzumaki 1

Le dessin de droite est certainement le plus connu de l’auteur.

Chaque chapitre du manga correspond à un incident étrange auquel témoigne Kirié, et chacun de ces incidents est relié de près ou de loin à un seul et même fil rouge : la spirale. Ouuuuhh. Et avec cette idée mise en place, Junji Ito se permet une liberté totale dans sa narration et explore quasiment toutes les formes possibles d’horreur narrative qui existent : attaque de monstres, paranormal, invasion zombie, métamorphoses, gore et même le post-apo vers la fin (oui encore une fois). C’est ce qui rend la lecture de Uzumaki très prenante et très dérangeante à la fois.

 

 

Le dessin également varie pas mal, tantôt les traits sont fins et les dessins soignés, tantôt ils sont assez brouillons et très crasseux, ce qui accentue le sentiment de malaise du manga (notamment dans les passages les plus gores). Et certaines doubles-pages sont visuellement magnifiques, surtout celles vers la fin du manga qui le feraient passer pour une œuvre de science-fiction. Les « couvertures » de chaque chapitre sont très réussies et rappellent parfois les affiches des vieux films d’horreur italiens. On remarque parfois des ressemblances avec la BD indépendante américaine, notamment avec le travail de Charles Burns au niveau du dessin des « monstres ».

 

 

 

Cerise sur le gâteau, en analysant l’œuvre on peut y voir une critique des méfaits du capitalisme (représentée par la spirale), du jugement des autres, et globalement de la société japonaise contemporaine.

 

En bref, Uzumaki est un chef d’œuvre de bande dessinée et un classique du manga, un condensé d’horreur qui démontre tout le talent et l’imagination morbide de son auteur.

 


3- One shots :

En plus de proposer d’excellentes œuvres telles que les deux citées plus haut, le véritable talent de Junji Ito transparait à travers ses nombreux one shots (publication en un seul volume) et histoires courtes, où il peut développer tout ce qu’il veut, et mettre en avant toutes les idées qu’il a en tête, le tout en un seul tome. La collection Ito Junji Kyofu Manga Collection regroupe à travers ses 16 tomes, toutes les premières histoires de l’auteur. Certains tomes contiennent des chapitres qui se suivent mais la plupart sont indépendants les uns des autres, ce qui fait qu’en un seul tome vous assisterez à la démonstration ultime de l’imagination morbide et malsaine du mangaka à travers plusieurs histoires courtes. Un bon nombre de ces tomes ont été édités par Tonkam en version française, mais d’autres ne sont disponibles qu’en traduction amateur sur Internet, voire disponibles uniquement en japonais.

Personnellement, je vous conseille de prendre un des tomes de cette collection pour commencer, vous n’êtes pas obligés de lire tous les tomes et toutes les histoires (ce qui peut être assez dur car certaines sont assez mal dessinées), mais après en avoir lu trois ou quatre vous serez prêt à plonger dans le monde fabuleux de Junji Ito.


Conclusion :

Si on devait retenir qu’un seul nom dans la bande dessiné d’horreur, ça serait celui de Junji Ito. Parce que le monsieur est non seulement très productif, mais il diversifie énormément son approche de l’horreur, et il le fait souvent dans une seule et même histoire, tout en gardant une cohérence narrative dans son récit. Depuis l’annonce de sa collaboration sur le défunt projet Silent Hills de Hideo Kojima et Guillermo Del Toro (snif), on n’a pas reçu de grosses nouvelles de cet auteur. Mais on attend ses prochaines histoires avec impatience, non seulement pour le sentiment de terreur et de malaise que nous procure ses œuvres, mais aussi pour voir quelles nouvelles idées ont germé dans son génial cerveau.

 

Liens utiles :

  • Guillermo Del Toro qui parle de Junji Ito :

  • Une de ses histoires adaptées en motion comics par des fans :

(d’autres sont disponibles sur Youtube)

 

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Beat Generation #1 : Les prémisses de l’Hipster https://wellomag.github.io/beatgeneration-1/ Wed, 29 Jun 2016 20:34:46 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1924 Et si tout se faisait grâce à la spontanéité ? Comme écrire un livre, réaliser un film ou se faire prendre en photo, parce que oui, on le sait tous « se taper la pose » ne réussit pas souvent les photos… Ô nom de Dieu mon intro quitte l’autoroute. Bon, l’impulsivité pousse l’individu à entreprendre des quêtes […]

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Et si tout se faisait grâce à la spontanéité ? Comme écrire un livre, réaliser un film ou se faire prendre en photo, parce que oui, on le sait tous « se taper la pose » ne réussit pas souvent les photos… Ô nom de Dieu mon intro quitte l’autoroute.

Bon, l’impulsivité pousse l’individu à entreprendre des quêtes qu’il réalisera par la suite dans la spontanéité, comme l’envie d’aller au-delà du dépaysement. Et cela permet au quêteur d’en ressortir nouveau, comme l’explique si bien Simone Vierne.

Le voyage conçu comme une quête a un but, qui va au-delà du dé-paysement, même si le voyageur n’en est pas toujours conscient : il s’agit pour lui de transcender l’humaine condition, en touchant comme Ulysse aux portes de la mort, ou comme Énée en descendant aux Enfers, et d’en ressortir autre, selon un schème initiatique bien connu.[1]

Dans la littérature, on retrouve moult exemples qui traitent de la quête, du voyage et du dépaysement. On citera par exemple Le Seigneur des anneaux dans lequel Frodon doit non seulement entreprendre un voyage jusqu’à la Crevasse du Destin pour détruire l’Anneau et en combattant au passage toutes les forces extérieures du mal, mais aussi combattre les influences corruptrices qu’exerce l’Anneau sur lui. L’Odyssée d’Homère aussi en est un modèle. Et là, je vois ce que vous dîtes : « Pourquoi nous a-t-il parlé au début de la spontanéité ? » On y arrive.

Cette spontanéité et impulsivité étaient la marque de fabrique de plusieurs artistes. Des livres ont été écrits dans l’impulsivité, des films ont été réalisés dans la spontanéité. Sur la route de Jack Kerouac en est un, il n’a pas été écrit entre quatre murs sur un carnet bien propre, mais sur la route, sur un rouleau de papier et le tout dans la spontanéité. Les Idiots n’a pas été réalisé en suivant des règles bien précises, une doctrine graphique imposante, non. Bien qu’il soit réfléchi – parce que le film est tout sauf idiot – Lars von Trier a choisi son instinct (et en même temps crée le Dogme 95) pour accoucher d’un film qui défie les lois du politiquement correct et du lobby visuel.

En parlant de Sur la route de Jack Kerouac, la quête et la spontanéité ont contribué à la naissance d’un mouvement révolutionnaire de la contre-culture. Ce mouvement fume de la marijuana, joue du jazz et écrit des lignes psychédéliques, ce mouvement c’est … roulement de tambour… La Beat Generation.

La Beat Generation suscite des curiosités quant à sa façon d’exister. Pendant que certains considéraient cette génération comme étant « à la rue, battue, écrasée, au bout du rouleau » Kerouac, à Robert Lowell « dans la vieille église où je fus confirmé et je me suis agenouillé […], et brusquement j’ai compris : beat veut dire béatitude, béatitude. »[2] Il a trouvé le sens qu’on devrait retenir de cette génération : euphorique.

Tout ça c’est beau, mais qu’est-ce que vous en dites si on se plongeait un peu plus dans l’univers psychédélique de la Beat Generation ? Oui ? Non ? De toute façon, c’est mon article, je fais ce que je veux.

 

Qu’est-ce que c’est donc La Beat Generation ? Qui sont les membres de ce mouvement ? Qui sont les beatniks ? Ce n’est pas évident de définir ce mouvement. Ces derniers ne partageaient pas entre eux la même définition, et il y en certains qui ne se considéraient pas comme beat, notamment William S. Burroughs qui refusait d’être assimilé à ce mouvement juste parce qu’il était ami avec les fondateurs. Dans Sur la route de Jack Kerouac (oui, encore une fois) on retrouve un extrait qu’on pourrait considérer comme une description des beatniks.

Les trottoirs grouillaient d’individus les plus beat du pays, avec, là-haut, les étoiles indécises du sud de la Californie noyées par le halo brun de cet immense bivouac du désert qu’est L.A. Une odeur de shit, d’herbe, de marijuana se mêlait à celle des haricots rouges du chili et de la bière. Le son puissant et indompté du bop s’échappait des bars à bière, métissant ses medleys à toute la country, tous les boogie-woogies de la nuit américaine. Tout le monde ressemblait à Hunkey. Des nègres délirants, portant bouc et casquette de boppeurs, passaient en riant, et derrière eux, des hipsters chevelus et cassés, tout juste débarqués de la Route 66 en provenance de New-York, sans oublier les vieux rats du désert, sac au dos, à destination d’un banc public devant le Plaza, des pasteurs méthodistes aux manches fripées, avec le saint ermite de service, portant barbe et sandales. J’avais envie de faire leur connaissance, à tous, de parler à tout le monde.[3] 

Tous des beats, perdus entre rêve et réalité, et inspirant l’intrigue, l’étrangeté, le renouveau. Kerouac en voit une inspiration donc, quant à Ginsberg des « hipsters à tête d’ange ». On peut les considérer comme des anticonformistes, ils ne se pliaient pas à la règle et refusaient l’idéologie de la société de consommation américaine des années 50. C’est un mouvement de rébellion culturelle, avant tout littéraire puis universel, représenté au début par trois grandes personnes, à savoir Kerouac, Ginsberg et Burroughs.

Prémisses et création

Tout a commencé par des lettres que s’envoyaient Ginsberg, Kerouac et Burroughs. Ces lettres ont provoqué en eux l’envie de partir dans une quête (Tu vois ? Tout est relié). Ils se sont donc lancés dans une virée à travers l’Amérique. Une aventure qui leur permettra de découvrir le vrai visage du pays de la « Liberté ». Ils feront des rencontres improbables, et par là naquit l’envie d’écrire le peuple, la société et la rébellion. De crier tout haut, ce que les autres ne pensent guère !

En découvrant la société de consommation américaine, les beats se sont mis à déconstruire le politiquement correct afin de paraître vrai et ne plus se cacher derrière le masque hypocrite du mensonge. La Beat Generation « était donc tenue d’être une génération de révolte sociale, de désaffiliation, qui devait soit détruire les valeurs traditionnelles soit les tourner en ridicule. La Beat Generation représente de ce fait un phénomène de société de premier plan. »[4] Tout un mouvement qui a su s’imposer dans un « continent » capitaliste défiant les lois des leaders Wallstreetiens. Ils sont à l’origine de la libération sexuelle, symboles de la contre-culture qui a ouvert le champ aux hippies et aux hipsters.

Quant à la définition exacte de « Beat Generation » le mouvement cultive l’ambiguïté, les principaux protagonistes de ce mouvement n’auraient jamais imaginé se rassembler sous cette bannière. C’était un journaliste qui a été à l’origine du qualificatif de Beat Generation. Puis vient l’envie de définir ce mouvement. S’agit-il du second grand mouvement religieux en Occident, comme l’avait déclaré Kerouac dans le magazine Life ? Les beatniks, sont-ils des « membres de la génération qui apparaît après la Seconde guerre mondiale qui affectent le détachement des formes et responsabilités morales et sociales, sans doute à cause de leur déception. »[5] ? Ou encore, sont-ils des « membres de la génération apparue avec la Seconde guerre mondiale, et la Guerre de Corée, qui se réunirent pour une détente des tensions sociales et sexuelles et épousèrent l’idée contre l’embrigadement, pour la désaffiliation mystique et des valeurs de la simplicité matérielle, sans doute comme résultat de la désillusion causée par la Guerre froide. »[6] ? Bou kistiou… Pour ne pas se perdre, on peut définir, subjectivement bien sûr, ce mouvement comme un phénomène littéraire et contre-culturel dynamique visant à déconstruire les règles établies par la bienséance afin de rendre les faits plus véridiques, bruts, crus, mais plausibles. Et si on en croit la réponse de Kerouac, cette déconstruction de la bienséance est une forme de contestation, conséquence de leur déception de la société capitaliste qui vise la surconsommation en prenant l’humain comme produit.

Le beat précurseur

La Beat Generation inspire encore aujourd’hui, c’est un phénomène qui s’est répandu sur plusieurs supports culturels. Il a contribué à la révolution culturelle en influençant des mouvements devenus des styles de vie.

L’hipsterisme qu’on connait aujourd’hui et celui des années 40 et 50 sont différents. Aujourd’hui, la culture hipster est résumée à un style de vie, beaucoup plus vestimentaire, lié à une mode ou à la manie de vouloir faire les choses différemment. Quant au hipster des années 40 et 50 il se caractérise par « une véritable force spirituelle »[7], une génération d’une « certaine Amérique, émergente et itinérante, qui glande, fait de l’auto-stop, se déplaçant partout. »[8] La culture hipster était aussi un truc de Blancs à cette époque-là. Très, très loin du Klu Klux Klan, le mouvement hipster de ces années-là était une communauté de blancs amateurs du bebop, qui fréquentaient des musiciens afro-américains, puis le terme « hipster » fut popularisé par Harry Gibson à travers son album Boogie Woogie in Blue. En gros, si les hipsters étaient uniquement un style, ils seraient beaucoup plus zoot suit et bebop que chemise de bûcheron, barbe et deep-budha-bar-indie-house. C’étaient des « têtes d’anges brûlant pour l’antique connexion divine à la dynamo étoilée dans la machinerie de la nuit. » comme les avait définis Ginsberg dans un vers spirituel (ou sous benzédrines, à vous de voir) de son poème Howl.[9]

Frank Tirro propose dans les années 70, dans Jazz : A history, une définition claire de ce qu’était l’hipster. Dans un langage cru, comme était celui des beats, Tirro dresse un portrait existentialiste de cette génération transgressive qui suit les pas de la Beat Generation. Il transcrit par les lettres ce qu’Harry Gibson faisait à travers les notes hot jazz de son piano.

Le hipster est un homme souterrain. […] Il est amoral, anarchiste, doux et civilisé au point d’en être décadent. Il est toujours dix pas en avant des autres à cause de sa conscience, ce qui peut le conduire à rejeter une femme après l’avoir rencontrée parce qu’il sait où tout cela va mener, alors pourquoi commencer ? Il connaît l’hypocrisie de la bureaucratie, la haine implicite des religions, quelle valeur lui reste-t-il à part traverser la vie en évitant la douleur, surveiller ses émotions, “être cool” et chercher des moyens de “planer”.[10] 

Le mouvement hippie navigue dans le même fleuve que la culture hipster. Apparu aux Etats-Unis dans le quartier de Haight-Ashbury dans le San Francisco des années 60, il suit le fil principal de la Beat Generation et il reprend les fondements adoptés par les beatniks.

Les hippies sont généralement les baby-boomers[11] de l’après Seconde Guerre mondiale. Un contre-courant qui se mettait à dos à la société de consommation et rejetait les valeurs traditionnelles fondées par les anciennes générations.

Le mouvement hippie c’est toute une culture qui s’est développée autour des valeurs du partage, de la fraternité et surtout de l’amour. Il était à l’origine de la libération sexuelle qui faisait partie de l’utopie hippie. Le mot d’ordre était alors free love, ils reprennent d’ailleurs par la suite le slogan, issu de la guerre du Viêt Nam, « Make love, not War. » (« Faites l’amour, pas la guerre. ») pour manifester leur rejet de la violence et ainsi idéaliser le mythe du corps, de la nudité, qui symbolise l’innocence, la pureté et le bien-être.

Les hippies prônaient le besoin d’émancipation et d’ouverture à d’autres cultures, ce qui les a conduits à des road-trip qu’ils considéraient spirituels. C’étaient des voyages qui se faisaient généralement par bus baba cool ou par auto-stop. Les destinations hip étaient Amsterdam, Goa en Inde, le Katmandou, Londres ou encore l’Afghanistan. On retrouve alors le mythe de la route cultivé auparavant par la Beat Generation. D’ailleurs Sur la route et Les Clochards célestes de Kerouac servaient de guide à leur cheminement spirituel.

Woodstock, l’apogée de l’utopie beat

Bon, là, on arrive à la partie que je préfère le plus.

Les hippies ont apporté à la musique ce que Orson Welles a apporté au cinéma. Ce que les hippies ont produit comme musique prospère encore aujourd’hui. Les acid test ont donné naissance au rock psychédélique, à l’acid rock, puis a propulsé l’esprit utopique du contre-courant à l’apogée d’un festival raté, devenu culte aujourd’hui, le festival de Woodstock. With a Little Helps from My Friends, Star Spangled Banner, I Put a Spell on You ou encore Acid Queen et Soul Sacrifice, toutes étaient fredonnées sous acides sur les terres de Max Yasgur (propriétaire des champs où est organisé le festival de Woodstock) devant un public aussi sobre que Lemmy Kilmister (Si tu nous entends de là-haut : peace). Des titres devenus légendaires aujourd’hui.

Merci qui ?

Merci Dealer de mots d’abord, puis merci Beat Generation. On doit beaucoup à la contre-culture et comme on vient de le voir les beatniks ont contribué à l’émergence d’une génération révolutionnaire, réfléchie et qui ne fonce pas tête baissée. Cette génération révoltée a permis à l’art, qu’il soit écrit, peint ou filmé, de s’intéresser au précurseur ou à ses dérivés. Le cinéma notamment, qui s’est frotté plusieurs fois à la Beat Generation en essayant de retranscrire l’esprit beat à l’écran ou encore de s’inspirant de celle-ci pour pondre des œuvres beats indépendantes.


Pour lire la seconde partie du dossier consacré à la Beat Generation, clique n’importe où sur cette phrase, ça va t’y emmener, tu verras c’est magique.


Sources:

[1] VIERNE, Simone, « Des romans du Graal aux romans de Jules Verne : surgissements et éclipses du mythe de la Quête », in Loxia, 2004.

[2]KEROUAC, Jack, Vraie blonde et autres, Gallimard, Paris, 1998.

[3] KEROAUC, Jack, Sur la route (le rouleau original), Edition établie par Howard Cunnell, Gallimard, Paris, 2010, p. 274-275.

[4] GUIGOU, Elizabeth, « La Beat Generation et son influence sur la société américaine », in La revue des Anciens Elèves de l’Ecole Nationale d’Administration, numéro hors-série « Politique et littérature », 2003.

[5] Définition proposée par l’American College Dictionary.

[6] Définition rédigée par Jack Kerouac comme réponse à celle proposée par l’American College Dictionary.

[7] KEROUAC, Jack, « About the Beat Generation – Aftermath : The Philosophy of the Beat Generation », in Esquire, 1958.

[8] Ibid.

[9] GINSBERG, Allen, « Howl » in Howl and Other Poems, City Lights Books, San Francisco, 1956.

[10] TIRRO, Frank, Jazz : A history, Norton, New York, 1977.

[11] Personnes nées entre 1945 et 1965, période correspondant à un fort taux de natalité après la Seconde Guerre mondiale.

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Bouqlaoui l’asymétrique et l’ode aux bijoux de famille https://wellomag.github.io/bouqlaoui/ Wed, 30 Mar 2016 17:12:40 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1927 *Ceci n’est pas une critique de Le miel de la sieste mais une interprétation personnelle de la fascination qu’exercent les testicules sur le récit d’Amin Zaoui. Connaissez-vous Anzar Afaya el-Kebir ? Anzar Afaya el-Kebir est fils de son père Anzar Afaya el-Kebir le grand. Tout le temps en rut, il hurle comme un loup égaré dans un […]

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*Ceci n’est pas une critique de Le miel de la sieste mais une interprétation personnelle de la fascination qu’exercent les testicules sur le récit d’Amin Zaoui.

Connaissez-vous Anzar Afaya el-Kebir ? Anzar Afaya el-Kebir est fils de son père Anzar Afaya el-Kebir le grand. Tout le temps en rut, il hurle comme un loup égaré dans un désert sourd à la tombée de la nuit. Anzar Afaya el-Kebir, amant des ânesses et des vieilles dames, vit à Bab-el-Kamar (La porte de la lune) – étonnante appellation constatait Ibn Khaldoun – au milieu de cinq sœurs dans l’œil d’Ibliss et de son frère Toufik le douillet.

Anzar Afaya el-Kebir n’est pas le plus beau de son village puisqu’il a un gros nez au milieu d’un visage osseux criblé de boutons d’acné. Il n’est pas le plus séducteur non plus, ce pouvoir est détenu par son oncle Wardane le menteur, mais il a une particularité particulièrement particulière : Anzara Afaya el-Kebir a une paire de roubignolles asymétrique, des couilles bizarres, des testicules disproportionnés, le droit étant plus volumineux que le gauche. Comme la nature ne fait pas les choses à moitié, il souffre d’une autre anomalie physique à cause de cette maudite boule : son oreille droite, qui correspond évidemment à sa cloche, est déréglée, frappée d’une otite chaque année, précisément le jour de son anniversaire. Ses burnes le penchent aussi légèrement sur sa jambe droite, celle qui porte la baloche la plus volumineuse. Ces testicules l’ont quand même dispensé d’EPS et du service militaire. Strike ! « Elles sont fortes, les couilles ! »[1]

Anzar Afaya el-Kebir, protégé de sa mère biologique Rabha Bent Alla et fils administratif de sa Khala Jouhra, est inscrit à l’école avec les documents de son défunt cousin. Prouesse bureaucratique réussie car son cousin portait le même nom que lui, il s’appelait lui aussi Anzar Afaya el-Kebir, mais plus maintenant puisqu’il n’est plus du monde des vivants. Le fait qu’Anzar est devenu, sous les yeux d’el houkouma (l’administration), le fils de son oncle Wardane et de sa tante Jouhra ne lui pose aucun problème, mais il se demande s’il devrait se comporter comme le frère de Malika, fille de Jouhra et Wardane, ou comme son cousin. Malika l’obsède mais pas autant que Anzar Afaya le défunt.

Anzar, est-il mort-vivant ou vivant-mort ? Est-il toujours lui ou est-ce qu’il est devenu l’autre, le Anzar Afaya el-Kebir le cousin défunt, que Dieu l’accueille en Son vaste paradis. Trouble d’identité dis-donc ! (Il n’est pas schizophrène, si c’est ce que vous demandez.) Entre Anzar Afaya el-Kebir le cousin défunt et Anzar le Dieu de la pluie, des mers et de l’eau chez les Berbères, Anzar Afaya le vivant ne sait plus qui il est. Depuis qu’il a enterré son cousin mort en lui, Anzar Afaya el-Kebir se demande si ce dernier avait lui aussi des testicules dissymétriques ou s’il en avait une paire tout court. Ces questions, il ne se les pose plus depuis que sa Khala Jouhra, qui adorait lui malaxer les roubignolles en murmurant des psalmodies, lui a affublé le sobriquet de Bouqlaoui, l’enfant aux testicules.

Une blessure se creuse de plus en plus profondément en moi. Cette situation me tourmente, m’affole ! Je deviens de plus en plus obsédé par mes couilles ! Je ne suis pas Anzar-moi ! Je suis Anzar-l’autre ! Plus le nom du mort suscite en moi de rejet, plus celui de Bouqlaoui, intelligemment choisi par Khala Jouhra, me séduit et me convient.[2] 

Mais comment faire pour fuir le fantôme du cousin quand on fête chaque année un/son anniversaire fictif ? Quand on possède une carte d’identité nationale verte avec sa photo, mais le nom d’un mort ? Certes le nom est Anzar Afaya, mais ce n’est pas le sien. Le nom, indépendamment de la personne qui le porte, a, à lui seul, un poids conséquent et quand on le porte, il nous rattache à notre famille. Il y a toute une Histoire derrière, construite par le « combat » des ancêtres pour que ce nom ne disparaisse pas. Freud dit que « le nom d’un homme est une des parties essentielles de sa personne, peut-être même de son âme. »[3] Alors porter le nom d’un mort peut peser lourd sur la conscience.

Anzar Afaya el-Kebir, Bouqlaoui l’asymétrique, le vivant, se considère comme dérangeur de morts. Quand il malaxe ses joyaux son esprit se perd dans des rêveries : il voit Malika, sa cousine ou sa sœur, peu importe. Il pense à l’ânesse, avec qui il a eu sa première expérience sexuelle. « Fantastique ! » se dit-il, « Elle était en chaleur, dès que je l’ai pénétrée, elle a tourné sa tête vers moi pour me fixer d’un regard doux, et je voyais pendre sa langue dans sa gueule pleine de bave. C’était fantastique ! »[4] Grotesque, vous vous dites ? Mais pas pour Anzar Afaya el-Kebir le vivant, qui, toujours en soupesant ses billes, pense à Anzar Afaya le mort et se dit :

J’étais devenu le mort vivant. J’habitais la peau d’un mort pour traverser ma vie de vivant, en vivant. J’avais réveillé mon cousin de son sommeil éternel. J’avais remué la terre de sa tombe. Je l’avais fait se retourner dans son lit tranquille.
Je suis un dérangeur de morts.[5]    

Anzar Afaya el-Kebir est-il hanté par le fantôme de son cousin ? Est-il l’enfant-spectre[6] ? Eh bien, Anzar Afaya trouve des réponses à ses questions en massant ses valseuses. Et le sobriquet de Bouqlaoui, comme nouvelle identité, efface ses doutes. Il remercie ainsi Khala Jouhra de lui avoir trouvé un nom.

Anzar Afaya el-Kebir ne pense pas à son anomalie comme un handicap, il porte ses testicules fièrement comme une Femen montrant ses seins. Ses baloches disproportionnées le distinguent des autres, surtout de son frère Toufik l’efféminé. On dit d’une personne virile qu’« elle a des couilles » et bien Bouqlaoui en a une plus grosse que l’autre. Il incarne, aux yeux de sa mère, la fierté masculine virile et absolue.

Anzar Afaya el-Kebir aime ses bourses. Il n’hésite pas à les couvrir de louanges. Ses divagations le transportent dans des dimensions où les couilles sont à l’origine des langues, contrairement à ce que disait Ferdinand de Saussure qui affirmait que le système linguistique venait du cerveau. « Au diable, de Saussure et ses théories ! »[7] Des dimensions où les prunes peuvent remonter dans le temps pour corriger le passé, ils forment ainsi le centre de la mémoire et donc grâce à eux on peut examiner les faits dans les détails.

Anzar Afaya el-Kebir, en jouant de ses prunes, se permet aussi des rêveries et des divagations. Il pousse loin l’expérience du conte, sûrement pas pour enfants ; Malika – sa sœur ou sa cousine, peu importe – telle une Shéhérazade, lui raconte ses rêves en frottant ses billes. Ne sont-elles pas ici les lampes magiques ? Dans ce cas-là, le génie a laissé place aux jubilations et aux fantasmes.

Mais ses couilles malformées suggèrent aussi la solitude. Anzar Afaya el-Kebir, souvent dorloté par sa tante Jouhra, souffre de l’exclusion au sein de sa propre famille, de sa mère qui le voyait auparavant comme la fierté des Afaya, mais aussi par la volonté d’un père à qui il « ne pardonnera jamais. » Avoir une baloche plus volumineuse qu’une autre aurait pu être synonyme d’unicité dans une société macho et patriarcale, mais chez les Afaya Bouqlaoui est une exception, il est plutôt monstre de foire, une curiosité. Les Afaya préfèrent le douillet au couilleux, ils chérissent Toufik l’efféminé et excluent Anzar Afaya el-Kebir l’asymétrique, le rêveur, le fou des dames matures, le poète absurde, l’amoureux du 7ème art.

Enfin, tout ça nous mène à nous poser la question du pourquoi du comment : pourquoi une telle fascination des couilles ? Eh bien, pour toutes les raisons qui font qu’Anzar Afaya el-Kebir les chérit et (beaucoup) plus si affinités. Elles referment la moitié d’un être humain, leur « Y » est l’avenir. Les roupettes « sont l’âme du corps masculin. L’essence de la vie. Le point de jonction. Le centre de la terre. La continuité ! La légende ! »[8] Et il n’a pas tort Bouqlaoui de les dorloter. La femme a son ovule qui ne peut être fécondé que par le spermatozoïde et ce dernier ne peut être produit que par le testicule. Ces bijoux de famille forment donc le point culminant de la vie. Ils unissent les êtres et produisent l’amour.

Pour ne pas conclure sur une overdose de testicule, sachez quand même que Anzar Afaya el-Kebir est plus que ça. Dans ce miel de la sieste, il nous apprend l’amour, un sentiment qui balade entre folie et raison. Et en parlant de folie, Le miel de la sieste remplit parfaitement son quota de délire. Entre transformations, amour surréaliste et récit allégorique Anzar Afaya el-Kebir divague entre Nadja, La métamorphose et Les Mille et Une Nuits, et comme les Contes fantastiques de Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, certainement une influence de Madame Tuula l’ambassadeur de la République Démocratique Allemande, Anzar Afaya el-Kebir dans son propre roman s’essaye au grotesque, au fantastique et au surréalisme. Il invoque les fantômes, notamment celui de son père pour traiter des relations père-fils. Le miel de la sieste permet aussi d’approcher la question de l’exil, des conflits communautaires et, d’une façon implicite, le sujet incontournable de la littérature algérienne des années 90 et qui hante jusqu’à aujourd’hui l’esprit des intellectuels à savoir la décennie noire.

 


[1] ZAOUI, Amin, Le miel de la sieste, Barzakh, Alger, 2014, p. 13.

[2] Ibid., p. 26.

[3] FREUD, Sigmund, Totem et Tabou, Payot, Lausanne, 2001, p. 86.

[4] ZAOUI, Amin, Le miel de la sieste, Barzakh, Alger, 2014, p. 33.

[5] Ibid., pp. 22-23.

[6] PONS, Christophe, Le Spectre et le Voyant, PU Paris-Sorbonne, Paris, 2002, p. 44.

[7] ZAOUI, Amin, Le miel de la sieste, Barzakh, Alger, 2014, p. 16.

[8] Ibid., p. 14.

 

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Wello Playlist #1 : WILAYAS https://wellomag.github.io/playlist-wilayas/ https://wellomag.github.io/playlist-wilayas/#respond Mon, 28 Mar 2016 10:04:08 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1785 Ce qui fait la différence entre une playlist et le mode aléatoire de ton lecteur, c’est les deux différents sentiments que ça provoque dans ton kokoro[1]. La playlist transmet émotion, nous baigne dans une humeur, donne le ton à une atmosphère et crée un décor dans lequel on est immergé, tandis que le Shuffle a, d’habitude, […]

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Ce qui fait la différence entre une playlist et le mode aléatoire de ton lecteur, c’est les deux différents sentiments que ça provoque dans ton kokoro[1].

La playlist transmet émotion, nous baigne dans une humeur, donne le ton à une atmosphère et crée un décor dans lequel on est immergé, tandis que le Shuffle a, d’habitude, vocation à faire découvrir et vaciller d’un ressenti à un autre. On peut très facilement passer de Jean-Michel Cafard à Tom Cruise chez Oprah en basculant aléatoirement entre deux morceaux.

C’était de cette réflexion assez débile – N’ayons pas peur des mots, ma foi – qu’est née l’idée de créer des playlists dont la vocation est de vous faire découvrir, à chaque fois, un maximum d’artistes issus d’univers musicaux différents.

Après, fallait-il encore créer un fil rouge, une composante qui soit commune à tous les titres. C’est donc en écoutant le premier morceau que le « thème » – Si on peut appeler ça comme ça – de cette playlist a été défini. Du coup, avec @Weirduchess, on a pris beaucoup de plaisir à récolter et sélectionner ces quelques morceaux dont les titres sont, évidemment, des noms de wilayas.

Cette playlist est amenée à être complétée, alors n’hésite pas à nous contacter si tu penses à un titre qui viendrait s’ajouter à ceux ci-dessus ! 

[1] Translittération japonaise de こころ, qui signifie Cœur. C’est aussi une private joke à la rédaction, mais ça, je te l’expliquerai une prochaine fois.

 

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Tiny Lens #1 : Hayv Kahraman https://wellomag.github.io/tiny-lens-1-hayv-kahraman/ https://wellomag.github.io/tiny-lens-1-hayv-kahraman/#respond Sat, 19 Mar 2016 11:50:28 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1847 Oublions notre ami aux 36 selfies/jour, notre collègue qui poste tous ses déjeuners mais pas le couscous du vendredi, ou encore celui qui prend en photo n’importe quoi en ajoutant #art… Faites place aux must-follow des internets ! Postures étranges, peau blanche, petites mains, paupières lourdes, regards mélancoliques, bouches fermées, longs cous et cheveux sous forme de […]

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Oublions notre ami aux 36 selfies/jour, notre collègue qui poste tous ses déjeuners mais pas le couscous du vendredi, ou encore celui qui prend en photo n’importe quoi en ajoutant #art… Faites place aux must-follow des internets !

Postures étranges, peau blanche, petites mains, paupières lourdes, regards mélancoliques, bouches fermées, longs cous et cheveux sous forme de masses noires, telles un large déversement d’encre. En somme, c’est à ça que ressemblent la plupart des femmes peintes par l’irakienne Hayv Kahraman.

Ayant plusieurs projets tout aussi fascinants et profonds les uns que les autres, il est impossible de tout résumer en un seul compte Instagram, encore moins en une photo de profil illustrant deux jolies couilles pendouillantes. Oui, c’est vrai. Son compte regorge de détails de ses tableaux, de croquis et de photos de son processus de création, mettant le doigt sur certains aspects -techniques et esthétiques- qu’on ne verrait pas au premier coup d’œil.

Tiny Lens 1 - Hayv Kahraman2Ses œuvres, très personnelles, racontent le quotidien oppressant des femmes en Irak et au Moyen-Orient, sujettes aux violences, persécutions et parfois poussées au suicide ou à l’immolation. Mais elles parlent aussi de son quotidien à elle et de son histoire en tant que réfugiée et exilée, de la guerre contre un pays où elle ira vivre 20 ans plus tard et de son identité de plus-si-irakienne-que-ça.

On reconnaît à travers les traits des femmes de Hayv, fragiles, belles et délicates, l’influence des miniatures persanes et soufies, les traditions esthétiques de l’art islamique, de l’art nouveau et de la renaissance italienne. Oui elle pèse dans le game. Les caractéristique de ses peintures, comme décrit en introduction de l’article, rappellent aussi les dessins japonais de l’ukiyo-e, mouvement artistique qui a vu grandir Hokusai (mais si, celui qui a dessiné la grande vague là, le mec qui a inventé le mot « manga », c’est lui !), où l’on retrouve des visages et postures aux formes similaires.Tiny Lens 1 - Hayv Kahraman4

Dans son dernier projet « How Iraqi are you? », toutes les figures féminines sont des extensions d’images de son propre corps qu’elle a elle-même photographié. Un projet basé sur les Maqamat (ou Séances) du savant et écrivain arabe Al Hariri (1054-1122) sur le quotidien des irakien de ce temps.

Le format des Tiny Lens ne me permettant pas de m’étendre trop sur ses travaux, au risque de vous faire chier. Voici donc une sélection de ses plus beaux posts. Instagram only.

Les nombreux autres projets de Hayv Kahraman sont à découvrir sur son site.

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Fenêtre sur Court #1: Takeaway Scenes https://wellomag.github.io/fenetre-sur-court-1-takeaway-scenes/ https://wellomag.github.io/fenetre-sur-court-1-takeaway-scenes/#respond Fri, 11 Mar 2016 15:06:20 +0000 https://wellomag.github.io/?p=822 Comme son nom l’indique, ce concept nous fera découvrir à chaque article un court-métrage (ou plus!) qu’on a kiffé, tout en références et analyses foireuses. “Créer sans demander, le faire sans faire crédit, guider sans interférer, ceci est la vertu originelle.” Ce sont les quatre règles qui définissent le mystérieux projet de courts-métrages, Takeaway Scenes. On […]

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Comme son nom l’indique, ce concept nous fera découvrir à chaque article un court-métrage (ou plus!) qu’on a kiffé, tout en références et analyses foireuses.

“Créer sans demander, le faire sans faire crédit, guider sans interférer, ceci est la vertu originelle.”

Ce sont les quatre règles qui définissent le mystérieux projet de courts-métrages, Takeaway Scenes. On n’a pas tout compris mais le résultat est extra… allons voir tout ça.

Le concept

Une « takeaway scene » est un court-métrage composé d’une seule scène filmée sans cut, sans générique, sans crédits de fin et dont les acteurs et techniciens sont anonymes. Chaque court-métrage ne doit contenir que 2 à 5 acteurs, être adapté d’une pièce de théâtre ou d’un scénario original, tourné à la lumière naturelle, sans aucune musique ou fond sonore et avec une dernière règle assez particulière : les acteurs doivent écrire eux-mêmes l’histoire de leur personnage.

Le concept est pour le moins original, pertinent et encourage la création (sans gros moyens techniques) et ajoute en revanche des contraintes pour créer un certain sentiment de défi à relever. Cependant, nous n’en savons pas plus et le projet reste tout de même très mystérieux. Presque aussi mystérieux qu’un petit pois dans un ascenseur. Non non je l’assume celle-là.

Le fait de réaliser la scène (longue de 7 à 13 minutes et donc pas facile à réaliser) en un seul plan séquence, met l’accent sur le processus de répétition (du jeu des acteurs), l’exploration de leur personnage et la création d’un environnement sûr consacré, surtout, aux acteurs. Peut-être là une évolution du concept du 4ème mur ? Non, je ne dis pas ça que pour vous renvoyer à mon article, non…

Je n’exagérerais pas en vous disant que chacun des sept Takeaway Scenes m’a laissé à la fin de ceux-là, circonspect. Oui, cir-cons-pet. Parfois avec humour et souvent avec émotion. Le projet est à mon sens du concentré de génie, pour l’effort, l’originalité et la qualité de ce qui en résulte.

Bouquet

Leur premier court-métrage, Bouquet, met en scène la désillusion d’une jeune femme ayant récupéré le bouquet de la mariée au retour du mariage de sa sœur, quand son petit-ami lui prépare une surprise pour le moins maladroite. La femme, troublée, et l’homme, hésitant et confus, nous offrent une magnifique scène de couple et huit minutes d’acting sublime mené par des dialogues excellemment bien écrits. Une scène « lâchement » interprétée de la pièce All Aboard the Marriage Hearse, ainsi décrite sur la description de la vidéo.

 

Jumpers

La cinquième takeaway scene réalisée, Jumpers (en cover de l’article), est plus sobre que les autres et très conceptuelle, et sans doute la plus intéressante et pertinente cinématographiquement parlant, mais surtout, la plus agréable à regarder.

Le court-métrage traite de deux sujets, aujourd’hui encore, sensibles et tabous (les dévoiler serait du spoil donc shuut.) et la réalisation ainsi que le travail sur la photographie, entre autre du fait qu’ils soient minimalistiquement sublimes, ne sont pas anodins. Nous découvrons les deux protagonistes (ou leurs ombres) d’abord en plan large. Assez large et les ombres assez noires pour nous rappeler qu’on ne sait rien d’eux et qu’on n’a encore aucune idée de pourquoi ils s’engueulent. Le tout avec des feux d’artifices en fond (sonore et lumière). Les couleurs des explosions contrastent avec les ombres et sont là pour peut-être accentuer la frustration du jeune quant au sujet tabou cité plus haut. Au fil et à mesure que l’on découvre les personnages, les plans deviennent plus serrés, les ombres moins obscures et les couleurs plus discrètes.

Autres Takeaway Scenes

Sur les sept takeaway scenes réalisées jusque-là, le jeu des acteurs est très juste voire même excellent parfois, on leur pardonnera certaines lignes maladroites mais ces courts-métrages étant des interprétations de scènes tirées de pièces de théâtre, on se dit que ses acteurs y sont peut-être habitués.

Les mouvements de caméra, particulièrement dans Bouquet et Motherfucker, sont très doux et maîtrisés et nous plongent en réelle immersion dans la scène. Celle dans Motherfucker, d’une intensité rare est peut-être la scène la mieux jouée tellement les acteurs sont justes, avec un ratio de fuck à la minute assez conséquent. Tony Montana en serait fier.

Dans Saints, très différent des trois autres court-métrages, on est (encore) bercé par la justesse des acteurs, des dialogues et surtout, par la sensibilité et la vulnérabilité des personnages. Des personnages toujours très travaillés et atypiques, et souvent, on retrouve cette vulnérabilité qui lie certains d’entre eux. Saint est de loin mon court-métrage préféré, minimaliste, lent et émotionnellement très intense. Juste beau.

Principles :
I . Honesty is king.
II . Perfection does not exist. There is only experimentation.
III . There are no schedules, regular events, or deadlines. There are only scenes, and the people crazy enough to make them.

 

Les autres courts-métrages sont à découvrir ici (vas-y clique-moi wesh !).

 

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J’ai pris un café avec Ryad Girod https://wellomag.github.io/ryad-girod/ https://wellomag.github.io/ryad-girod/#respond Sat, 05 Mar 2016 10:52:36 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1706 Lorsque je suis tombée en octobre dernier, dans une librairie Place Kennedy à Alger, sur ce roman, plutôt un joli livre, Ravissements, je ne savais pas que j’allais le trouver absolument sublime et je ne devinais pas, au moment de l’acheter, que j’allais finir par faire la connaissance de son auteur, ainsi que de son […]

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Lorsque je suis tombée en octobre dernier, dans une librairie Place Kennedy à Alger, sur ce roman, plutôt un joli livre, Ravissements, je ne savais pas que j’allais le trouver absolument sublime et je ne devinais pas, au moment de l’acheter, que j’allais finir par faire la connaissance de son auteur, ainsi que de son autre livre, La fin qui nous attend, et qu’échanges après échanges, cet auteur, du nom de Ryad Girod, et moi-même allions finir par nous rencontrer à Bastille, en plein cœur de Paris, au moment où l’après-midi s’étire vers sa fin, pour discuter autour d’un verre et en apprendre un peu plus sur son travail ainsi que ses aspirations, un jour de février assez agréable, installés dans un café aux allures kitschement asiatiques.

J’avais bien évidemment préparé cette interview, formulé quelques questions plus ou moins intéressantes, que je comptais enregistrer, telle une professionnelle, enregistrer mes questions ainsi que ses réponses ses hésitations ses déclarations, les scoops que je pourrai par la suite écrire et publier, mais une fois arrivée, après nous être chaleureusement salués, je sentais bien que mon interview n’allait pas en être une, qu’en réalité, je venais de retrouver un ancien ami, un voisin que je n’avais pas vu depuis longtemps, un ancien camarade de classe contente de revoir, sans protocole aucun.

1er verre

Parce que nous avons ce point en commun je pense, la conversation a d’abord tourné autour de notre origine, d’Alger, mais aussi plus largement de l’Algérie. C’est ainsi que j’ai découvert qu’il était passionné de culture arabe, ce qui m’a étonnée.

Lamya : Mais dans ce cas, pourquoi écris-tu en français ?

Ryad : Parce que je ne maitrise malheureusement pas l’arabe, et puis le français est ma langue.

Lamya : D’ailleurs tu as vécu longtemps en France, pourquoi es-tu rentré à Alger ?

Ryad : C’est la ville où je suis né, là où j’ai grandi ! Je m’y sens bien. Mais c’est vrai que l’Algérie devrait renouer avec sa culture arabe, au sens large, c’est-à-dire arabo-berbéro-musulmane. Elle doit se réapproprier les grands penseurs arabes, ceux qui ont fait l’âge d’or de la civilisation musulmane. Comme  Abdelkader ou Ibn Arabi… Et en particulier, Hallaj, un éminent penseur, un philosophe, et un poète sublime. On pense même qu’il a influencé Spinoza. Ce n’est pas certain… ce n’est pas le plus important… mais on ne devrait pas passer à côté de ces grands noms qui ont fait notre culture.

main-visual

J’ai appris qu’Hallaj avait été supplicié pour ses idées, son amour du divin et sa célèbre phrase « Ana El Haq » (Je suis la vérité). Un peu comme Douce, quand j’y pense, dans La fin qui nous attend, personnage qui se fait mutiler à cause de tous les fantasmes qu’elle représentait, et de la peur qu’elle suscitait chez les autres, cette peur d’affronter leur véritable nature. Acte ultime de barbarie. Il est rare de rencontrer des Algériens qui ne brossent pas un tableau noir de leur pays, ou encore qui citent des maîtres soufis…

Lamya : C’est drôle que tu me parles de soufisme. C’est en lisant Soufi, mon amour, que j’ai décidé de commencer à écrire des articles sur mes lectures. Ça raconte la rencontre d’une femme, un peu desperate housewife avec un soufi qui l’initie à cette autre forme de spiritualité. Une lecture plutôt libératrice. En tous cas, c’est rare d’entendre un Algérien parler de soufisme. C’est plutôt vu comme quelque chose de déviant.

Ryad : Nous sommes effectivement perçus par certains comme des hérétiques.

Lamya : Je me souviens que mon prof de philo nous avait raconté l’histoire d’une soufie, Rabia, au 7ème siècle, qui marchait avec une bûche dans une main et un seau d’eau dans l’autre, pour « brûler le paradis et éteindre les flammes de l’enfer », pour qu’on aime Dieu, d’un amour gratuit…

Approbation satisfaite de Ryad. Je continue :

Lamya : Mais, tu te revendiques soufi !?

Ryad : Oui, je suis soufi, bien sûr. Je ne peux pas être musulman si je ne suis pas soufi.

Frappée par cette phrase, par son assurance, son évidence, je demande : Mais qu’est-ce que c’est exactement, le soufisme ?

Ryad : C’est très facile, le soufisme c’est…

Après quelques regards circulaires, et une petite gorgée de café, il reprend…

Ryad : Hah, je retire ce que j’ai dit, bon, ce n’est pas si facile que cela. Mais disons qu’il y a une spiritualité, une lecture métaphysique des choses. Les soufis ont ouvert une autre voie à l’islam, pas celle que proposait l’orthodoxie d’autres courants sunnites ou chiites, pour qui tout cela n’était que politique. Il y a un réel rapport à Dieu, une rencontre mystique, à travers un idéal ascétique. Le même état que celui du prophète lors des révélations. Je suis parti neuf mois en Mauritanie, je voulais partir en Syrie, mais c’était juste après le 11 septembre, et j’ai préféré ne pas y aller, en me disant que la région était dangereuse. Ce que j’appréhendais arrive maintenant en réalité. Bref, j’ai passé neuf mois dans la confrérie Tidjania à Maata Moulana et Chinguetti en plein désert mauritanien.

Lamya : Tiens, cela ressemble à l’histoire de Soufi, mon amour.

Ryad : C’est peut-être moi, ce personnage ?

Lamya : Hah, en tous cas je ne suis pas la femme désespérée ! Mais c’est vrai que je sens, qu’avec le soufisme, beaucoup de jeunes de chez nous,  qui sont coincés entre tradition et modernité, se sentiraient, peut-être, soulagés ne serait-ce qu’en trouvant une autre façon de vivre leur foi.

Ryad : Tout à fait. Il y a déjà eu en Algérie des tentatives de mise en valeur du soufisme pour contrebalancer les pouvoirs des autres religieux. J’aimerais vraiment que cela soit plus répandu. On le retrouve pour le moment surtout dans les milieux artistiques et intellectuels.

2e verre

Nous n’avions toujours pas parlé de son livre le plus récent, La fin qui nous attend, roman qui s’ouvre sur un tremblement de terre, présage de fin du monde. On suit le personnage principal, dont on ne connaîtra pas le nom, et on observe à travers son regard cynique, les dérives inhumaines de cette fin du monde, qui n’en est pas vraiment une, entre les incriminations d’extrémistes d’un côté et les comportements animaliers de la foule, de l’autre. Ce roman offre une galerie de personnages qui semblent irréels, mais qui nous sont pourtant familiers :  cet homme qui a calculé l’heure de la fin de notre monde, cette petite Nourra sous les décombres, cette Douce, prostituée, torturée, symbole de  bonté et d’humanité.
girod-lafin

Lamya : Tu sais que j’ai adoré Ravissements, c’est d’une beauté absolue… mais j’ai un peu moins aimé La fin qui nous attend.

Ryad : Ah, là, tu me fais mal au cœur.

Lamya : Je l’ai apprécié mais disons que je suis partie avec quelques appréhensions, j’avais peur, en voyant le titre, de lire un énième roman apocalyptique qui tombe dans la mode actuelle de l’obsession de la fin du monde. Un peu moyenâgeuse d’ailleurs.

Ryad : Oui, le titre a posé problème. Le livre devait s’appeler « L’excès de bonté mène à l’harmonie » (phrase qui est inscrite à l’entrée du hammam où travaille Douce) mais ce titre a été jugé trop décalé. Il y a eu aussi comme proposition « Nous sommes la fin du monde », mais le livre de Sansal est sorti entretemps, et puis… l’édition est aussi une question de temps.

Lamya : Tu as déclaré avoir fait un livre « politique ».

Ryad : Oui. La fin qui nous attend est un livre politique. Il dénonce. Tu as déjà vu le site Vice News ?

Lamya : Non, du tout.

Ryad. : Jettes-y un coup d’œil. C’est horrible, ces gens qui sont doués et qui produisent des images magnifiques pour montrer les pires horreurs. Ils filment les terroristes de Daesh comme des guerriers. Que va penser un jeune de France ou de Belgique, en voyant ces images d’ailleurs qui lui vendent du rêve, un idéal ?

vice_news

Je me suis alors souvenue de cette réflexion qui m’était venue en lisant La fin qui nous attend : déluge d’infos, déluge de photos, déluge d’horreurs. Cette terre anonyme, ce pays dans une guerre non nommée, c’est notre monde actuel, qui enterre ses enfants, et qui scénarise la souffrance des parents « vos guerres, nos morts », c’est ce que nous crions aux gouvernements : vos photos, votre pathos médiatisé, vos plaisirs, c’est ce que nous pourrions crier aux médias.

Ryad : C’est ce que j’ai voulu dénoncer dans mon livre. L’absurdité d’une société déshumanisée. Comme dans cette scène où des gens vont dévaliser les supermarchés alors que la terre vient d’être secouée par un terrible séisme. Ce roman, c’est une démonstration par l’absurde de la déshumanisation du monde.

Lamya : Une démonstration par l’absurde ?

Ryad : Tu as fait un bac L, non ?

Grillée.

Après un petit cours particulier de maths, pendant lequel je me suis entendue penser que j’aurais peut-être revu mon orientation si je l’avais eu lui comme professeur, j’ai pu donc comprendre que La fin qui nous attend prouve qu’il y a encore de l’espoir dans ce monde, mais pas forcément là où on l’attend. L’ironie : la beauté repose dans ce que rejette la société. Dans ce livre, c’est en effet Douce, une prostituée, symbole de phantasmes et d’ignominie, qui est l’être le plus humain. Je lui ai expliqué ensuite comme j’aimais voir les sciences dites dures – ce qui ne veut rien dire, puisque les autres ne sont pas molles – se rapprocher de la littérature, qui est pour moi une autre de la  science, je n’ai pas pu confirmer s’il partageait le même avis à ce sujet, car l’évocation de Douce, de cette femme, m’a rappelé un autre sujet

3e verre

Lamya : Tu as donc aimé le film dont je t’ai parlé ?

Ryad : Les femmes du bus 678 ? Génial !

Les femmes du bus 678 est un film sorti en 2012, réalisé par Mohamed Diab, qui met en scène trois femmes, au destin différent, mais qui s’unissent pour régler leurs comptes à tous les harceleurs qui peuplent les rues du Caire. Elles ont été violées, ou agressées physiquement, et elles répondent par un acte très simple, mais qui sèment la terreur chez ces pervers. Un film tellement puissant.

Les Femmes du bus 678, de Mohamed Diab (2012) / Egypte.

Lamya : Ce film est tellement juste, il n’y a rien à redire. Et leur situation fait peur, enfin moi, parfois j’ai peur que la situation des femmes en Algérie arrive à ce point-là.

Ryad : Je n’espère pas. Mais c’est vrai que les personnages sont très justes. Comme le personnage joué par Bassem Samra. Cet acteur est époustouflant.

Lamya : J’ai détesté son personnage, et tout le genre d’hommes qu’il représente, qui prennent leurs épouses comme des sortes d’esclaves sexuelles…

Ryad : Je pense que ta lecture pourrait être plus subtile, il ne faut pas oublier qu’il est aussi victime de cette société.

Lamya : Peut-être, c’est vrai que je prends un peu trop le parti victimaire des femmes, bien que le patriarcat opprime aussi les hommes.

Moment de silence, bruits de verre sur la table. Ryad reprend.

Ryad : Je ne pouvais qu’aimer,  j’adore le cinéma égyptien. Il n’y a pas de dissonances. Contrairement au cinéma algérien, dans lequel on trouve des accents différents, un manque de cohérence entre l’élocution des personnages et le lieu où ils sont censés vivre.

La pertinence de sa remarque m’a permis de mettre des mots sur un point important de  son œuvre. Le style de Ryad Girod a cette chose que les autres écrivains algériens – voire maghrébins – d’expression française n’ont pas toujours… Je pense à Yasmina Khadra, dont le style parfois pompeux semble vouloir prouver qu’il parle mieux français que les Français, créant parfois une vraie cacophonie, je pense à Saber Mansouri, qui cultive un peu trop cette perte entre plusieurs repères. Les œuvres de Ryad ne sont pas dissonantes, toujours cohérentes, affirmant par là-même sa force d’écrivain, celle d’un vrai écrivain, qui crée une voix, son univers, une voix qui s’amplifie de phrase en phrase, prenant le lecteur dans ce rouleau paraissant interminable de propositions s’accumulant, de verbes de groupes nominaux pas même séparés par une virgule, s’agglutinant dans ces phrases faisant plusieurs lignes de long, assumant cet effet comme pour rappeler les mots de Sainte-Beuve, « le style, c’est l’homme »,  un peu comme ce que j’essaye vainement de construire depuis le début de cet article, mais en bien mieux,  jouant sur le rythme, les répétitions, créant un autre tempo.

 

Justement, le temps passait à une allure folle, mon thé était froid, la lumière se tamisait et je n’avais pas encore posé une des questions les plus importantes pour moi.

4e verre

Lamya : Tu m’avais déjà conseillé de lire Gracq, mais je voulais en savoir plus sur tes influences…

L'écrivain français Claude Simon (1913-), en juin 1978. / Prix Nobel 1985. / France. / 6 - 1978 / 1913 /L’écrivain français Claude Simon (1913-2005) en juin 1978. / Prix Nobel 1985.

Ryad : Ma première influence c’est Claude Simon. D’ailleurs, on le voit dans mes constructions de phrase, je ne le cache pas. Il manque des points, ça peut gêner. Mais je n’y peux rien. J’adore le style de Claude Simon. Je peux lire un de ses livres en une journée. C’est un mystique de la littérature. Son style c’est de la pure musique. Il utilise le « en » sans cesse, – Ryad tape sur la table en rythme- en//en//en// Claude Simon, c’est de la techno. – Me voyant prendre mon stylo – tu notes hein, Claude Simon, de la techno ! »

Lamya : J’ai essayé de lire Le Tramway, une fois. J’ai détesté haha. Mais tu me donnes envie de m’y remettre. Mais, tout de même, Julien Gracq, Claude Simon… Ryad, tu lis un peu de la littérature chiante, non ?

Ryad : – petit sourire – Bon, c’est vrai que je n’aime pas tout de Gracq non plus, mais prends Le rivage des Syrtes, c’est d’une beauté ! Ah et sinon, j’aime beaucoup Marie Ndiaye, elle est tellement subtile ! Notamment Rosie Carpe.

Premières lignes du Rivage des Syrtes, de Julien GracqPremières lignes du Rivage des Syrtes, de Julien Gracq

Julien Gracq, publié aussi aux éditions Corti comme pour les Ravissements de Ryad Girod, est un écrivain et critique. Son essai En lisant, en écrivant, est, disons… exquis. Claude Simon, lui, est connu pour ses phrases galopant sur plusieurs pages, et son amour des chevaux. Ils ont tous deux profondément marqué la littérature du XXème siècle. Enfin, Marie Ndiaye, au sommet de ce triangle littéraire, un peu isocèle n’est-ce pas, est une des voix fortes de la littérature contemporaine, elle a notamment remporté le prix Goncourt pour ses Trois femmes puissantes en 2009.

5e verre

Lamya : Tu me parlais de Jazz, as-tu un compositeur préféré ?

Ryad : Keith Jarrett. Principalement.

Ryad : Mais j’écoute aussi beaucoup de styles différents. Beaucoup de classique. Et aussi de la musique iranienne.

Lamya: Oh, j’aime beaucoup la musique iranienne, que j’ai découverte grâce au film Nous trois ou rien.

La serveuse passe alors nous demander si nous aurions envie d’autre chose, coupant alors la musique de Ahmed Eli Reyazi que je commençais à entendre au loin. Menus bavardages. Être prof, ici ou ailleurs, son expérience à Riyad, sa vie en France. Puis avant que je n’oublie :

Lamya : Et quels conseils donnerais-tu à une personne qui souhaite écrire.

Ryad : Ah… Lamya, sache que le monde du livre est très difficile. Se faire publier, éditer… Il faut trouver son public. Regarde, toi, par exemple, tu as aimé Ravissements, tu n’as pas aimé La fin qui nous attend, tu aimeras peut-être le prochain, ou peut-être que non.

Lamya : De quoi parle le prochain ?

Ryad : De religion…

Lamya : Oh super, pressée de le lire… Mais quand je te demandais des conseils, c’était plutôt pour l’acte d’écrire même.  Je ne pensais pas à l’édition. Je lis beaucoup, mais je n’arrive pas à écrire.

Ryad : – petit clin d’œil – Allez, tu vas pas me la faire à moi…

Lamya : Non, mais je te jure, je n’écris pas, je lis, mais… comment écrire ?

Ryad : Peut-être que tu lis trop ? Je pense qu’à un moment il faut arrêter de lire. Après chacun est différent. Ou alors, lis de la philosophie. Ça peut vraiment aider.

Lamya : Tu as un rituel d’écriture ?

Ryad : J’ai besoin de n’avoir que ça à faire dans ma journée, je me lève et j’écris. Si je fais autre chose, je ne peux plus me mettre à l’écriture.

Lamya : Je comprends, un peu comme Kant, je crois que c’est lui qui avait l’habitude d’écrire dès le réveil.

Ryad : Oui, Kant était d’une rigueur absolue, il avait un emploi du temps serré qu’il respectait quoi qu’il arrive, écriture puis balade. Le seul jour où il ne l’a pas respecté, c’était le jour de la révolution française.

Lamya : Haha… Ok, en tous cas pour écrire, lire de la philo.

Ryad : Oui, mais surtout pour écrire, pense d’abord à une musique. Le plus important, c’est la musique.

Il était temps de partir, puis, est arrivé un ancien élève à lui, on a alors échangé quelques mots, j’ai pu en savoir plus sur Monsieur Girod, professeur de mathématiques, son humour particulier, ses cours – mélange de théorèmes et de plaisanteries pour rendre le savoir plus attrayant. Puis j’ai filé, mon verre étant vide, et parce que la situation me faisait trop penser à un conseil de classe, un élève, deux enseignants, manquait plus que le tableau noir.

 

C’était la première fois que je rencontrais un écrivain dont j’admirais le travail, et, qui plus est, un écrivain enseignant, franco-algérien, croyant poétique de l’islam : beaucoup de choses qui font que cette rencontre débordait les limites mêmes d’une interview. Si je ne devais retenir qu’une chose, c’est cette assurance, cette pleine confiance dans tout ce qu’il est. Pas de déchirement identitaire, pas de complexe d’être ou de ne pas être, pas de frustration. Une leçon de vie. Je comprenais mieux l’effacement de l’espace-temps ainsi que de l’identité et des origines des personnages dans ses romans ; il bannit toute identification réductrice possible, ne donnant pas ou peu de noms, ni ceux des villes, ni ceux des personnages, créant ainsi des œuvres universelles, évitant les clichés, renouant avec l’idée de l’écrivain apatride, qui n’appartient à aucune terre, sinon aux lieux que lui-même construit… Ryad Girod pourrait vivre à Istanbul, Kinshasa ou en Vendée, ce serait la même chose au fond. Sa vie, sa philosophie seraient tout autant assumées.

 

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Tea-V Time #2: And Then There Were None  https://wellomag.github.io/tea-v-time-2-and-then-there-were-none/ https://wellomag.github.io/tea-v-time-2-and-then-there-were-none/#respond Sat, 05 Mar 2016 09:59:55 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1657 Les british sont les meilleurs. Que les fans de Sherlock et autres Whovian nous laissent tranquilles, ici on parlera des autres must-see du petit-écran anglais : séries, mini-séries ou téléfilms, nouveautés ou valeurs sûres. Produite par la BBC à l’occasion du 125ème anniversaire de la naissance d’Agatha Christie, And Then There Were None est l’adaptation de […]

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Les british sont les meilleurs. Que les fans de Sherlock et autres Whovian nous laissent tranquilles, ici on parlera des autres must-see du petit-écran anglais : séries, mini-séries ou téléfilms, nouveautés ou valeurs sûres.

Produite par la BBC à l’occasion du 125ème anniversaire de la naissance d’Agatha Christie, And Then There Were None est l’adaptation de son roman le plus célèbre, Les Dix Petits Nègres.

Synopsis: Rapidement, c’est l’histoire de 10 personnes qui se retrouvent seules sur une île, invitées par un mystérieux et inconnu A.N. Owen, l’hôte de la maison dans laquelle, un à un, ils crèveront comme des petites merdouilles.

C’était le synopsis simplifié.

andthenthere

Nègre n°3 : Pourquoi tu penses qu’il nous a tous réunis dans cette maison, comme ça ?

Nègre n°1 : Aucune idée…

Nègre n°7 : Je pense qu’il essaie de faire une mise en abyme.

Nègre n°5 : Putain encore !

Nègre n°7 : Mais là il a pas bien compris l’histoire en fait.

Nègre n°2 : Et pourquoi il a pris que des blacks ?

Nègre n°10 : Il a dit qu’il avait rien bidé au principe, t’es sourd ?!

Nègre n°1 : Hé, calmez-vous là. Z’allez pas commencer…

Nègre n°10 : Bon déjà personne t’a sonné, tu vas lais-

Nègre n°8 : Oh mais vos gueules enfin ! Et l’autre qui ne sait plus comment enchaîner…

Nègre n°4 : Tous aussi stupides. Au moins, il essaie des trucs. Et puis, même s’il a mal compris le titre, il sait compter. C’est déjà ça.

Nègre n°6 : Ah ouais ?

Nègre n°9 : Ouais.

Nègre n°3 : Bon c’est pas ça mais est-ce qu’à un moment il va nous expliquer ce qu’on fout là ? Parce qu’avec cette intro interminable…

Nègre n°7 : C’est le 125ème anniversaire d’Agatha Christie et BBC a sorti du lourd.

Nègre n°2 : Ah, je l’aime pas du tout elle. J’ai lu son livre le plus connu là, ça m’a rappelé des trucs… Trop gênant sérieux.

Nègre n°3 : S’il fait ça, c’est parce qu’il a aimé, vous pensez ?

Nègre n°5 : J’espère pas ! Il parle que de ses kiffes… aucune critique ce mec.

Nègre n°10 : Moi je dis que s’il nous a enfermés tous comme ça, et avec vous, il doit pas trop nous blairer !

Nègre n°9 : Ouais.

Nègre n°6 : Hé mais il est où le n° quat- ah t’étais là mdr.

TVT 2 - And then there were none1

Nègre n°7 : Le connaissant, il a dû aimer la réalisation. Même s’il aime pas trop les polars, ce truc envoie grave. C’est hyper moderne, les plans sont sublimes, pis ces couleurs marécageuses donnent à l’ambiance déjà froide comme une noirceur angoissante et une atmosphère transcendante.

Nègre n°2 : ça t’a pas rappelé Shutter Island au début ? Moi si lol.

Nègre n°4 : j’ai direct fait le rapprochement avec SAW, même si ça n’a rien d’une série d’horreur.

Nègre n°6 : Les mecs, où est n°10 ?

Nègre n°4 : Vais le chercher.

Nègre n°8 : Il a peut-être aimé l’adaptation mais j’suis sûr qu’il a pas lu le livre.

Nègre n°1 : ça doit être pour ça qu’il a kiffé. Comme il connaît pas l’histoire, le suspense est resté complet. (Ouais je l’ai pas lu non plus hihi.)

Nègre n°8 : Moi je l’ai lu mais ça m’a rien gâché. Y a quelques éléments qui diffèrent, mais ça reste intéressant de voir comment l’œuvre est revisitée, modernisée peut-être, tout en y restant fidèle.

Nègre n°7 : J’en connais à qui ça a pris moins de temps de le lire que de regarder la série.

Nègre n°5 : Elle dure combien ?

Nègre n°2 : Heu… 3 heures. Enfin, 3 épisodes d’une heure lol.

Nègre n°1 : C’est une mini-série.

Nègre n°9 : Ouais.

Nègre n°6 : Hé, c’est le n°3 qui est allé chercher le n°10 ? Je pensais que c’était le n°4…

Nègre n°1 : Je crois qu’il est parti faire pipi.

Nègre n°7 : Non mais ça aurait pu durer 15 heures, il les aurait enfilé l’un après l’autre les épisodes. T’as vu le casting de ouf ? Chaque perso est ultra bien amené, et les interprétations sont toutes aussi justes. Je pense que c’est le point fort de cette série.

Nègre n°8 : Y a Tywin Lannister, le bogoss dans Le Hobbit et fucking Sam Neil de Jurassic Park !

Nègre n°5 : Et la bombasse putain ?! T’as vu son cul ?! Wooooh !

Nègre n°6 : T’as pas envie de chercher les autres toi aussi ?

Nègre n°5 : T’as raison, j’y vais, c’est relou ici.

Nègre n°9 : Ouais.

Nègre n°8 : Sinon, je pense pas que l’acting soit le seul point fort de la série. L’écriture aussi est impeccable. Et l’œuvre ne se résume pas qu’à un simple huis-clos sanglant, c’est une étude sombre et complexe de la justice, dans une ambiance post-première guerre, aux portes de la seconde. C’est aussi le portrait de personnes rongées par les tourments et la culpabilité, devenues malgré elles les objets d’un jeu extrême, entre perversité et justice, à la limite de l’expérience sociale et psychiatrique.

Nègre n°7 : Heu… d’accord…

Nègre n°1 : Tu trouves pas comment surenchérir, n°7 ?

Nègre n°7 : Pff.

Montages6

Nègre n°2 : Moi j’ai trouvé l’intrigue sympa lol. J’avais aucune idée de la fin sérieux mdr. C’était hyper intense, le rythme était délicat, fallait pas qu’un truc vienne le casser, c’est pour ça que les persos sont aussi soignés à mon avis.

Nègre n°8 : Depuis quand t’as un avis toi ?

Nègre n°7 : Mouais, j’suis pas d’accord.

Nègre n°1 : ça m’étonne pas… monsieur n°7 veut tout intellectualiser.

Nègre n°8 : J’aurais pas cru dire ça un jour, mais je suis d’accord avec n°2.

Nègre n°2 : Wah trop cooool héhé !

Nègre n°8 : Ça en est presque sadique tellement le suspense est insoutenable, étouffant, perso j’ai voulu accélérer pour en finir…

Nègre n°1 : Pourquoi tu l’as vu en streaming ?

Nègre n°8 : Bah quoi, l’autre là aussi il l’a vu illégalement !

Nègre n°1 : Ouh, tu balances la mauvaise personne. Tu seras le prochain à crever, toi.

Nègre n°8 : Ouais, ouais c’est ça… Sinon, Mr. Intellectuel, qu’est-ce t’as pas aimé toi ?

Nègre n°7 : Les flash-back. Je comprends qu’on les ait ajoutés (par rapport au livre) pour humaniser peut-être plus les personnages mais ça cassait un peu l’immersion… et je pense qu’il est de mon avis l’autre.

Nègre n°1 : Ah oui, j’oubliais qu’il s’agissait de son article.

Nègre n°9 : Ouais.

Nègre n°2 : J’ai rien compris à ce que vous dites. Par contre j’suis le seul à avoir aimé le générique ? Comment c’était beauuu… on aurait dit un vrai !

Nègre n°1 : Hé l’auteur, tu peux pas le tuer celui-là stp ?

Nègre n°6 : Les gars, vous avez remarqué que tout le monde nous lâche là ? n°8 a disparu lui aussi.

Nègre n°1 : J’vous l’avais dit.

Nègre n°2 : Qui a lâché quoi ? Si ça commence à péter je me casse moi !

Nègre n°6 : Hé non revie-… quel con !

Nègre n°1 : En fait il a raison, j’ai mangé des pois-chiches ‘tta l’heure.

Nègre n°6 : Ohhh putain dégage !

Nègre n°1 : Oulah je vois que monsieur n’aime pas les pets. Excusez-moi… Je m’en vais.

Nègre n°7 : Il fait son George R.R. Martin l’autre ou quoi ?

Nègre n°6 : C’est pas drôle. Déjà que j’ai trouvé la série un peu glauque… c’était plus noir que le roman.

Nègre n°7 : Tu déconnes ? C’est ça qu’est bien. Oscillant tout en lenteur entre polar et thriller, et puis cette tension de plus en plus pesante jusqu’à ce finale…

Nègre n°6 : Bon tu me fais peur, je vais voir où les autres se cachent…

Nègre n°7 : Hah. Ouais vas-y. De toute façon, je suis le seul à coller à l’avis de l’auteur de cet article à la con. Si on peut encore l’appeler article. Et puis m’en fous de penser comme lui ou d’être pertinent. J’ai kiffé ma race pis c’est tout. Cette série, s’il fallait la résumer en un seul mot, un seul, et je suis sûr que même cet autre con pourra pas trouver mieux, c’est que mê-

Nègre n°9 : Ouais.

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