Cinéma – Wello Magazine http://wellomag.com Le magazine qui te parle d'autre chose. Sat, 24 Dec 2016 20:59:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.3 Beat Generation #2 : De la route au cinéma https://wellomag.github.io/beatgeneration-2/ Mon, 01 Aug 2016 17:49:08 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1896 Dans la première partie du dossier concernant le mouvement beat , nous sommes remontés aux sources du courant hipster. Dans cette dernière partie, nous allons faire un rapprochement entre la Beat Generation/Hipster/Hippie et le cinéma. Nous essayerons, tous ensemble, main dans la main, à la queue leu-leu, d’interpréter le fond de quelques films choisis soigneusement et de […]

Cet article Beat Generation #2 : De la route au cinéma est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

Dans la première partie du dossier concernant le mouvement beat , nous sommes remontés aux sources du courant hipster. Dans cette dernière partie, nous allons faire un rapprochement entre la Beat Generation/Hipster/Hippie et le cinéma. Nous essayerons, tous ensemble, main dans la main, à la queue leu-leu, d’interpréter le fond de quelques films choisis soigneusement et de dévoiler l’esprit beat qu’ils dégagent.

Pour lire la première partie du dossier consacré à la Beat Generation, clique n’importe où sur cette phrase, ça va t’y emmener, tu verras c’est magique.

Il y a des milliers de films qui traitent de la Beat Generation. Il y a des mauvais, mais il y a surtout des bons, comme Le Festin nu de David Cronenberg, une adaptation du roman éponyme de William S. Burroughs, réputé inadaptable. Cronenberg nage depuis un bout de temps dans le body horror, et avec Le Festin nu il cumule un nombre colossal de WTF par plan : des insectes imm(onde)enses, des créatures qui ressemblent à l’intérieur d’un sphincter et de la drogue, bien évidemment, parce que ces atrocités sont le fruit d’un bad trip. Maintenant, mon enfant, tu sais à quoi ressemble un bad trip : à un anus qui parle. Alors pas touche à la gue-dro.

Le Festin nu peut être beat indépendamment du roman. Sa construction perturbante, déjantée et inclassable permet au film de se détacher de ce que faisait le cinéma rationnel pour offrir une nouvelle définition absurde ou plutôt abstraite du 7ème art. L’univers de Cronenberg est un art absurde à part entière et avec cette adaptation, il confirme la possible fusion entre l’irrationnel et le bon sens. Pour faire simple, le rêve est souvent difficile à raconter, un bad trip aussi, eh bien ce film défie la difficulté pour titiller l’impossible afin de pouvoir raconter ce « rêve ».

Le Festin nu est une adaptation d’un roman qu’on considérait comme beat. Je dis bien « considérait », parce que Burroughs refusait qu’on l’assimile à ce mouvement juste parce qu’il était ami avec Kerouac et Ginsberg. Et sinon, un film, peut-il être beat sans être une adaptation d’un livre issu de la Beat Generation ? Ce à quoi je réponds : « OUI ! » Bon, ne nous emballons pas et voyons voir ça.

Sur la route
Commençons par le road-movie. Un genre toujours en mouvement, qui explore l’infini et qui vient de nulle part en allant vers l’inconnu. En gros, dans le road-movie, le point A et le point B ne sont pas le point de départ et le point d’arrivée du héros, mais plutôt le point de fuite et le là-bas, le je-ne-sais-où, mais fuyant quand-même. Le road-movie devient un genre grâce à Easy Rider de Dennis Hopper, un film qui participe, en même temps, à la naissance du Nouvel Hollywood, mais ça c’est une autre question.

Dans ce film, les deux protagonistes décident de quitter Los Angeles en allant participer au carnaval de la Nouvelle-Orléans. Sur leurs choppers (motos), ils traversent l’Amérique profonde et font des rencontres inattendues qui pimenteront leur récit. On peut considérer ici la route comme étant un personnage à part entière. Elle participe à l’évolution du duo tout au long de la traversée. Le personnage de la route, qu’on appellera ici l’« Imaginaire » intervient et acte en usant des rencontres comme points d’attache ou fil conducteur pour faire avancer l’histoire. L’Imaginaire (qui est ? LA ROUTE ! Faut suivre, mon gars.) les pousse vers l’avant, à une quête de soi. Le personnage qu’incarne Peter Fonda, Wyatt a.k.a Captain America, dit à un moment donné du film, en affirmant n’avoir jamais voulu être quelqu’un d’autre que lui-même : « Well, I’am just getting my thing together », il veut se retrouver, cela montre en lui une envie de se libérer. Ce détachement de l’étroitesse entrera en jeu une fois sur la route. Dans cette dernière, il renouera des liens avec la nature en se renonçant à la civilisation.

Encore une fois, comme chez la Beat Generation, on retrouve dans Easy Rider un refus du capitalisme et du libéralisme américain. La rencontre des deux protagonistes avec George Hanson, interprété par Jack Nicholson, permet d’aborder cette question du libéralisme et de la liberté individuelle.

C’est très dur d’être libre lorsqu’on est acheté et vendu sur le marché. Bien sûr, ne leur dites jamais qu’ils ne sont pas libres, parce qu’alors ils vont se mettre à tuer et estropier pour prouver qu’ils le sont. Pour sûr, ils vont vous parler, et parler, et parler encore de droits individuels. Mais lorsqu’ils voient un individu libre, ça leur fout les jetons.

Cette réplique donne l’image mesquine sur laquelle l’Amérique s’est construite, que la Beat Generation et les hippies voulaient déconstruire.

Quant au refus du capitalisme, il se résume dans la réplique courte et précise de Wyatt : « We blew it ! » Il répond : « On a déconné ! » à Billy après que ce dernier lui ait dit : « On y est arrivé. On a de l’argent et on est libre. On est riche Wyatt. On peut passer notre retraite en Floride. » On comprend alors qu’ils ne se sont pas retrouvés, comme le voulait Wyatt. Leur quête de soi, leur point B, était un échec, puisque comme vous le savez tous, l’argent, eh ben il ne fait pas le bonheur !

Enfin, Easy Rider permet de mettre en images le rêve américain et l’Amérique profonde décrite par les beats dans leurs œuvres. Une Amérique conservatrice, raciste par moment, mais embellie par la classe populaire et contre-culturelle, mais surtout une Amérique mortifère.

Vas-y, fais tourner !

On a parlé dans la première partie du dossier, d’une Beat Generation plutôt angélique, un mouvement jovial, qui se tapait des road trip pour assoiffer l’envie de s’évader. Mais cette envie de s’évader ne s’étanchait pas que grâce aux road trip. La drogue occupait une place non négligeable chez les beats (ou beatniks, appelez-les comme vous voulez). Il y avait les acid test plus tard chez les hippies, des étranges expériences psychédéliques qui ne se finissaient pas souvent dans la joie et la bonne humeur. Mais avant les acid test, le LSD, la marijuana, ces drogues qui stimulent le chill et la lenteur, il y avait une amphétamine conçue au départ pour soigner les troubles respiratoires et qu’on appelait la Benzédrine. Cette drogue, qui booste l’énergie créative, était populaire dans les années 20 et 30 et a influencé un bon nombre d’artistes. Dans les années beat, malgré son lent déclin, les beatniks la consommaient régulièrement pour reproduire ses effets. D’ailleurs, la légende raconte que Sur la route a été écrit sous l’effet de Benzédrine et que Miles Davis, maître incontesté du bebop et du jazz modal, était un consommateur fervent de ce décongestionnant.

La drogue, donc, était une source d’inspiration, un sujet de production artistique. Certains ont réalisé des œuvres sous l’effet de celle-ci, d’autres pour l’effet de cette dernière. Allen Ginsberg en parle dans son magnifique soliloque Howl. William S. Burrough écrit Le Festin nu sous l’influence de celle-ci et s’il n’y avait pas de drogue, on ne connaîtrait jamais l’incroyable histoire d’un écrivain-poète-toxicomane-criminel raté nommé Herbert Huncke. Pionnier des droits homosexuels, ce mec avait tout pour lui, mais il n’a pas su comment en profiter. Herbert est considéré comme ayant inventé l’expression qui a finalement décrit toute une génération en utilisant le terme « beat » dans son Huncke’s Journal pour décrire une personne très pauvre, sans perspectives de vie et qui survit au jour le jour. Herbert Huncke est donc un personnage clé de la Beat Generation, un laissé-pour-compte qui a suscité la sympathie du trio beat, des jazzmen (il était ami avec B. Holliday, C. Parker et D. Gordon) et de Jerry Garcia, membre de The Grateful Dead, qui pour anecdote payait le loyer de Huncke alors qu’il ne l’a jamais rencontré.

Donc, pourquoi la drogue ? Je vous réponds : « Parce que Drugstore Cowboy. » Mais avant de parler de Drugstore Cowboy, jetant un coup d’œil sur son réalisateur. Gus Van Sant (ou GVS pour les intimes), est probablement le plus beat des réalisateurs. Sa filmographie déborde de clins d’œil à la Beat Generation. Son premier film, Mala Noche, un petit drame indépendant porté par des acteurs non-pro, était l’adaptation d’un récit autobiographique éponyme d’un certain Walt Curtis, un proche du mouvement beat. L’idée de Mala Noche lui venu à l’esprit sur le tournage de Proprety, un film qui met en scène des artistes de la Beat Generation, et GVS était ingénieur du son sur ce film. Quelques années plus tard, Gus Van Sant met en scène River Phoenix et Keanu (« Jesus ») Reeves dans My Own Private Idaho, un film qui suit les pérégrinations de deux tapins-toxicomanes qui traversent l’Amérique en se prostituant pour survivre. L’histoire est moche, mais le film est beau. Par son esthétique, il rend hommage à l’utopie beat par ses routes à perte de vue et par son approche de la sexualité. My Own Private Idaho est aussi beat grâce à ses personnages, on peut les considérer comme des archétypes miroir de ce qu’était les beatniks des années 50 : des homosexuels prêts à fracturer la bienséance, des junkies bourgeois qui fréquentaient le milieu populaire parce que c’était là qu’on trouvait l’adrénaline, des garçons en moto qui transpiraient la poussière dégagée par le ronflement des choppers (Easy Rider, toi-même tu sais, wesh !), etc.

Le road movie, Gus Van Sant le réitère une nouvelle fois dans Even Cowgirls Get the Blues. Plus comique, plus western et du côté lesbien de l’homosexualité cette fois-ci. Dans ce film, GVS permet à la Beat Generation et au road movie d’avoir son icône féminine. Il met en scène un personnage féminin, Sissy Hankshaw, joué par Uma Thurman, qui souffre d’une malformation des pouces. Et qu’est-ce qu’on fait quand on a une malformation des pouces ? Eh ben, on fait de l’autostop, la passion dont se consacre Sissy.

Le cinéma GVS est une fresque qui regorge de traces explicites de ce qu’était la Beat Generation : Harvey Milk hippie-beat par son contexte et par le militantisme de son personnage réel, qui défendait les droits des homosexuels et la liberté individuelle au passage ; Gerry aussi était beat à travers son esthétique, l’errance et le processus d’évolution de ses personnages au fil de l’histoire.

Puis, il y a Drugstore Cowboy, un film qui se frotte à la drogue avant Trainspotting et Requiem for a Dream. Drugstore Cowboy avant d’être un film c’était un livre, un livre écrit par un auteur assez intéressant : James Fogle. Et James Fogle avant d’être un auteur c’était un toxicomane et un criminel multirécidiviste, devenu écrivain de polars en découvrant la littérature en prison. Gus Van Sant se saisit de ce roman pour réaliser son deuxième film et plonge ainsi le spectateur dans une expérience étrange : leur faire aimer des toxicomanes qui n’hésiteraient pas à leur couper la gorge pour un soupçon de drogue. Parce que les personnages du film sont tout sauf des têtes d’anges, si on se réfère à la vraie histoire de James Fogle. Mais au lieu de dresser un portrait terrifiant des protagonistes, Gus Van Sant s’interroge sur les vraies raisons qui poussent l’humain vers l’inhumain.

On trouve aussi chez Gus Van Sant dans ce film un éloignement du pathos, à rendre le toxicomane vulnérable ou encore malveillant. Il ne cherche pas à condamner la toxicomanie ou à pousser les gens à la drogue, mais il encourage simplement le spectateur à assumer ses actes.

On a parlé un peu plus haut du point A et du point B, le point du départ et celui de l’arrivé. Wyatt, dans Easy Rider, son point d’arrivé était un échec. Et la drogue peut finir dans un point d’échec aussi, dans ce qu’on appelle l’overdose, mais cette histoire est souvent ressassée par des clichés qui montrent le toxico comme une espèce rebus qui finit souvent au fond du trou, et Drugstore Cowboy est là pour briser la règle. Il offre de l’espoir, où la drogue n’apparaît pas uniquement comme une fascination ou encore comme une souffrance, mais comme une conséquence d’une vie perturbée venant pour calmer les douleurs, jusqu’à sa fin certaine, overdose peut-être, mais rédemption surtout.

Enfin, on note le petit rôle de William S. Burroughs en vieux prêtre camé, qui ancre le film dans une réalité beaucoup plus cruelle en montrant que tout le monde peut y sombrer, notamment les plus religieux d’entre nous, ceux qui sont sensés montrer le bon chemin.

Le monde était fou, quand on songeait qu’une majorité pleine de préjugés trouvait normal et même nécessaire que ceux dont elle désapprouvait le comportement soient punis – une réprobation souvent due à un lavage de cerveau opéré par des requins qui voyaient la justice comme moyen d’augmenter leur fortune ou leur pouvoir. Mais il y avait pire : le petit fonctionnaire qui n’avait pas grand-chose à gagner. Celui-là pouvait condamner une multitude de gens à la détention dans des conditions déplorables sans que cela lui pose le moindre problème de conscience, simplement pour conserver son emploi de gratte-papier.[1]  

GVS, la Beat Generation te remercie.

L’Hollywood nouveau

Nous avons évoqué le Nouvel Hollywood un peu plus haut quand on s’est penché sur Easy Rider. Pour faire bref, le Nouvel Hollywood rassemble une poignée de cinéastes sous la bannière d’un mouvement cinématographique qui exerce entre les années 60 et 80. Le Nouvel Hollywood brise les règles établies par l’âge d’or hollywoodien et inscrit le cinéma dans la contre-culture.

Le Nouvel Hollywood donne le pouvoir de la création aux réalisateurs, contrairement au vieil Hollywood pris par les grands studios et les liasses des producteurs. Ce pouvoir de création permet aux réalisateurs de s’affranchir de la bien-pensance pour toucher des sujets tabous censurés par le cinéma classique, comme les magouilles politiques, la corruption, la violence, le droit à la parole aux autochtones des Amériques et surtout la sexualité. Et parmi les réalisateurs révélés par le Nouvel Hollywood on peut citer quelques uns comme Terrence Malick, Brian de Palma, Arthur Penn, Richard C. Sarafian, Georges Lucas, Stanley Kubrick ou encore Dennis Hopper (Easy Rider, toi-même tu sais, wesh !2) Ces réalisateurs s’inspirent beaucoup du cinéma européen et s’inscrivent dans la même lignée que la Nouvelle Vague et le néoréalisme italien.

En parlant du néoréalisme italien, il y a un réalisateur – qui n’a rien à voir avec le néoréalisme (j’en parle parce qu’il est italien) – qui a inspiré un bon nombre de cinéastes et qui inspire encore aujourd’hui. Si je vous dis La Nuit, Femmes entre elles, Le Cri, Blow-Up, vous me dites ? Une partouze… mais en fait pas du tout ! Je parle évidemment de Michelangelo Antonioni.

Michelangelo Antonioni, pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous recommande cette rétrospective de la carrière du bougre du cinéma italien réalisée par Blow Up, l’émission d’Arte. Je vous laisse 5 minutes et on reprend.

Ce qui nous intéresse ici chez Michelangelo Antonioni c’est son court parcours hollywoodien, qui se résume à un film, mais pas n’importe lequel. Déjà c’est une expérience qu’il faut ressentir tellement c’est beau et puis il correspond parfaitement au sujet que nous traitons ici (à savoir la Beat Generation, pour ceux qui se sont perdus), son influence sur le cinéma et la contre-culture. Ce film porte comme titre l’endroit où la majorité du film a été tourné : Zabriskie Point, le parc national de la vallée de la Mort, donc il s’intitule ? Zabriskie Point, bien.

Zabriskie Point est la rencontre de deux êtres fusionnels qui s’échappent de la civilisation pour revivre, en quelque sorte, le mythe du bon sauvage, du retour à la nature, une nature sèche et poussiéreuse en ce qui concerne le film d’Antonioni. Ce retour à l’état sauvage pour explorer ses chakras était un des points majeurs de l’utopie hippie, cultivée auparavant par le précurseur, la Beat Generation.

zabriskie-point-01-gMark Frechette et Daria Halprin dans Zabriskie Point

Le film s’ouvre sur une scène qui résume à elle seule ce qu’étaient les États-Unis des années 60 à savoir un « État fasciste » : une manifestation d’étudiants qui s’opposent à l’individualisme bourgeois, elle tourne au vinaigre : affrontements physiques, décès, omniprésence policière. Cette partie du film offre la parole aux étudiants pour exprimer leurs revendications. Le décès d’un étudiant noir, puis d’un policier pousse Mark, un des protagonistes du film interprété par Mark Frechette, à s’enfuir, persuadé que l’on croit que c’était lui le meurtrier.

On revient donc une nouvelle fois à nos points A et B : le départ de Mark commence à partir d’un point de fuite, d’abord par peur et ensuite par envie, et finit dans un point que je considère comme la représentation cinématographique de ce que peut produire un texte littéraire sur l’idée de l’errance et de la béatitude rêvé par les beatniks et par l’utopie hippie : euphorie.

La rencontre de Mark avec Daria dans le désert marque le début d’une histoire d’amour. Cette dernière, racontée d’une manière fantasmagorique, permettant au couple de sillonner l’idée de la nature sauvage et du retour aux origines telle qu’elle est rêvée par les beatniks et les hippies. Le rêve et le désert leur offrent un lieu de renaissance, Mark et Daria deviennent alors Adam et Eve et peuplent leur imagination d’autres couples explorant leurs corps sous des couvertures de sable. Mais le rêve s’arrête là quand Mark, libéré de ses regrets, apaisé, décide de retourner à la civilisation. Sa béatitude retrouvée sera arrachée par la suite par les gardiens de la paix ! Pouvons-nous donc dire que Zabriskie Point n’est pas un modèle d’optimisme ? Que l’utopie beat sera toujours arrachée par la civilisation des grandes enseignes ? Antonioni avait déclaré : « Zabriskie Point représentera pour moi un engagement moral et politique plus évident que celui de mes films précédents. Je crois que le moment est venu de dire ouvertement les choses. »[2]

Zabriskie Point nous apprend que la violence ne réalise pas forcément les résolutions. Il nous montre aussi que les échappées permettent de se ressourcer. Les exploits érotiques sublimés par les envolées planantes du fond sonore des Pink Floyd ne sont pas là que pour l’esthétique, cet amour reprend en image le « Make love, not War » des hippies et l’opéra explosif de la villa luxueuse rêvée par Daria est une réponse radicale au monde arrogant dans lequel on vit.

Enfin, reposons une nouvelle fois la question : Zabriskie Point, est-il un film optimiste ? Réponse : « Je ne laisserai pas le spectateur libre de tirer ses conclusions, mais que je chercherai à lui communiquer les miennes. »[3]

Finalement, tout film peut être beat à sa manière : par le sujet traité, par la manière dont il traite un sujet, par le message qu’il essaye de transmettre, etc. L’influence du mouvement se ressent dans l’approche qu’entreprend un réalisateur pour donner de l’âme à son film et la Beat Generation est un parfait manuel à suivre pour jaillir de la vivacité dans une œuvre cinématographique.

Mon approche personnelle dans l’interprétation de ces quelques films choisis montre aussi que le spectateur est important dans l’exégèse d’un movie. Il rajoute un sens personnel à une œuvre qui devient ainsi une œuvre participative. Donc un film peut être beat pour les yeux de quelqu’un et absolument pas aux yeux des autres. On peut aussi expliquer cela par la contextualisation : un film acquière une interprétation à partir du contexte dans lequel il a été diffusé. Exemple : El Topo d’Alejandro Jodorowsky, passé d’une œuvre fictionnelle indépendante à une œuvre fictionnelle indépendante-métaphysique-sensationnelle-abstraite-culte grâce à sa diffusion en tant que Midnight movie…


Sur ces belles paroles subjectives, nous marquons la fin du dossier Beat Generation. J’espère que vous avez bien kiffé, si c’est le cas faites-le nous savoir ! Et sinon, on vous encule embrasse.

Pour lire la première partie du dossier consacré à la Beat Generation, clique n’importe où sur cette phrase, ça va t’y emmener, tu verras c’est magique.

 


[1] FOGLE, James, Drugstore Cowboy, Editions 13e note, 2011, p. 84.

[2] Cinema Nuovo, N° 7-8, 1968.

[3] Ibid.

Cet article Beat Generation #2 : De la route au cinéma est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
Fenêtre sur Court #1: Takeaway Scenes https://wellomag.github.io/fenetre-sur-court-1-takeaway-scenes/ https://wellomag.github.io/fenetre-sur-court-1-takeaway-scenes/#respond Fri, 11 Mar 2016 15:06:20 +0000 https://wellomag.github.io/?p=822 Comme son nom l’indique, ce concept nous fera découvrir à chaque article un court-métrage (ou plus!) qu’on a kiffé, tout en références et analyses foireuses. “Créer sans demander, le faire sans faire crédit, guider sans interférer, ceci est la vertu originelle.” Ce sont les quatre règles qui définissent le mystérieux projet de courts-métrages, Takeaway Scenes. On […]

Cet article Fenêtre sur Court #1: Takeaway Scenes est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

Comme son nom l’indique, ce concept nous fera découvrir à chaque article un court-métrage (ou plus!) qu’on a kiffé, tout en références et analyses foireuses.

“Créer sans demander, le faire sans faire crédit, guider sans interférer, ceci est la vertu originelle.”

Ce sont les quatre règles qui définissent le mystérieux projet de courts-métrages, Takeaway Scenes. On n’a pas tout compris mais le résultat est extra… allons voir tout ça.

Le concept

Une « takeaway scene » est un court-métrage composé d’une seule scène filmée sans cut, sans générique, sans crédits de fin et dont les acteurs et techniciens sont anonymes. Chaque court-métrage ne doit contenir que 2 à 5 acteurs, être adapté d’une pièce de théâtre ou d’un scénario original, tourné à la lumière naturelle, sans aucune musique ou fond sonore et avec une dernière règle assez particulière : les acteurs doivent écrire eux-mêmes l’histoire de leur personnage.

Le concept est pour le moins original, pertinent et encourage la création (sans gros moyens techniques) et ajoute en revanche des contraintes pour créer un certain sentiment de défi à relever. Cependant, nous n’en savons pas plus et le projet reste tout de même très mystérieux. Presque aussi mystérieux qu’un petit pois dans un ascenseur. Non non je l’assume celle-là.

Le fait de réaliser la scène (longue de 7 à 13 minutes et donc pas facile à réaliser) en un seul plan séquence, met l’accent sur le processus de répétition (du jeu des acteurs), l’exploration de leur personnage et la création d’un environnement sûr consacré, surtout, aux acteurs. Peut-être là une évolution du concept du 4ème mur ? Non, je ne dis pas ça que pour vous renvoyer à mon article, non…

Je n’exagérerais pas en vous disant que chacun des sept Takeaway Scenes m’a laissé à la fin de ceux-là, circonspect. Oui, cir-cons-pet. Parfois avec humour et souvent avec émotion. Le projet est à mon sens du concentré de génie, pour l’effort, l’originalité et la qualité de ce qui en résulte.

Bouquet

Leur premier court-métrage, Bouquet, met en scène la désillusion d’une jeune femme ayant récupéré le bouquet de la mariée au retour du mariage de sa sœur, quand son petit-ami lui prépare une surprise pour le moins maladroite. La femme, troublée, et l’homme, hésitant et confus, nous offrent une magnifique scène de couple et huit minutes d’acting sublime mené par des dialogues excellemment bien écrits. Une scène « lâchement » interprétée de la pièce All Aboard the Marriage Hearse, ainsi décrite sur la description de la vidéo.

 

Jumpers

La cinquième takeaway scene réalisée, Jumpers (en cover de l’article), est plus sobre que les autres et très conceptuelle, et sans doute la plus intéressante et pertinente cinématographiquement parlant, mais surtout, la plus agréable à regarder.

Le court-métrage traite de deux sujets, aujourd’hui encore, sensibles et tabous (les dévoiler serait du spoil donc shuut.) et la réalisation ainsi que le travail sur la photographie, entre autre du fait qu’ils soient minimalistiquement sublimes, ne sont pas anodins. Nous découvrons les deux protagonistes (ou leurs ombres) d’abord en plan large. Assez large et les ombres assez noires pour nous rappeler qu’on ne sait rien d’eux et qu’on n’a encore aucune idée de pourquoi ils s’engueulent. Le tout avec des feux d’artifices en fond (sonore et lumière). Les couleurs des explosions contrastent avec les ombres et sont là pour peut-être accentuer la frustration du jeune quant au sujet tabou cité plus haut. Au fil et à mesure que l’on découvre les personnages, les plans deviennent plus serrés, les ombres moins obscures et les couleurs plus discrètes.

Autres Takeaway Scenes

Sur les sept takeaway scenes réalisées jusque-là, le jeu des acteurs est très juste voire même excellent parfois, on leur pardonnera certaines lignes maladroites mais ces courts-métrages étant des interprétations de scènes tirées de pièces de théâtre, on se dit que ses acteurs y sont peut-être habitués.

Les mouvements de caméra, particulièrement dans Bouquet et Motherfucker, sont très doux et maîtrisés et nous plongent en réelle immersion dans la scène. Celle dans Motherfucker, d’une intensité rare est peut-être la scène la mieux jouée tellement les acteurs sont justes, avec un ratio de fuck à la minute assez conséquent. Tony Montana en serait fier.

Dans Saints, très différent des trois autres court-métrages, on est (encore) bercé par la justesse des acteurs, des dialogues et surtout, par la sensibilité et la vulnérabilité des personnages. Des personnages toujours très travaillés et atypiques, et souvent, on retrouve cette vulnérabilité qui lie certains d’entre eux. Saint est de loin mon court-métrage préféré, minimaliste, lent et émotionnellement très intense. Juste beau.

Principles :
I . Honesty is king.
II . Perfection does not exist. There is only experimentation.
III . There are no schedules, regular events, or deadlines. There are only scenes, and the people crazy enough to make them.

 

Les autres courts-métrages sont à découvrir ici (vas-y clique-moi wesh !).

 

Cet article Fenêtre sur Court #1: Takeaway Scenes est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/fenetre-sur-court-1-takeaway-scenes/feed/ 0
The Hateful Eight : Quand Tarantino remplace les flingues par des mots https://wellomag.github.io/thehateful8/ https://wellomag.github.io/thehateful8/#respond Sun, 17 Jan 2016 19:51:11 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1562   Je n’écris pas les dialogues de mes personnages, je les fais parler entre eux.  — Quentin Tarantino, The Talk, 2013.   Qu’est-ce que c’est qu’un film de Tarantino ? Un Tarantino c’est des dialogues ciselés, un scénario percutant qui transpire le charisme quand il est joué par des comédiens qui eux-mêmes suintent la cool-attitude. Un […]

Cet article The Hateful Eight : Quand Tarantino remplace les flingues par des mots est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

 

Je n’écris pas les dialogues de mes personnages, je les fais parler entre eux. 
— Quentin Tarantino, The Talk, 2013.

 

Qu’est-ce que c’est qu’un film de Tarantino ? Un Tarantino c’est des dialogues ciselés, un scénario percutant qui transpire le charisme quand il est joué par des comédiens qui eux-mêmes suintent la cool-attitude. Un Tarantino c’est de la surenchère dans les coups qui rappellent les nanars des années 70. Un Tarantino c’est du sang, plein de sang, assez pour repeindre un studio de 20m² plafond compris. Un Tarantino c’est de la musique qu’on n’écoute pas mais qu’on ressent. Un Tarantino c’est de l’art, de l’exploitation qui donne la chair de poule, comme le grincement d’une craie ou d’un ongle sur un tableau noir (rassurez vous c’est un compliment). J’aurais pu dire comme la roulette du dentiste sur une prémolaire, ça restera un compliment, parce qu’un Tarantino ça donne vachement la chair de poule. Donc, imaginez tout ça en un seul film ! Et ce film, c’est The Hateful Eight, Les Huit Salopards en français (référence aux Douze Salopards de Robert Aldrich), son Huitième film, un huis-clos ou devrais-je dire Huit-clos (voilà, ça s’est fait, passons à autre chose.)

Bon, par où commencer ? Je vous annonce la couleur, The Hateful Eight est certes un western, mais ne vous attendez pas à voir un Django Unchained : Origins. Et puis, une critique, de ma part, d’un film de Tarantino, ne peut être que subjective et j’aimerais procéder d’une façon singulière pour parler d’un futur classique du cinéma. Comme chez Wello on aime faire les choses autrement, eh bien on va faire un faux-top huit des raisons qui font des Huit Salopards un film avec un grand f, comme ça ‘‘F’’. Fffffffilm.

welloghatefu8-1

La distribution des Huit Salopards est composé d’habitués. On ne va pas tous les citer : Samuel L. Jackson et Tim Roth qui incarnent à eux tous seuls les piliers fondamentaux de la bande Tarantino et sous leurs airs classes permettent aux spectateurs de se plonger dans l’univers de Quentin ; Kurt Russell, badass attachant, le mec qu’il ne faut absolument pas énerver. Il est, en quelque sorte, le déclencheur des ennuis, celui qui poussent le bouchon un peu trop loin, la grande gueule quoi ; Michael Madsen, le revenant. Moins foufou que dans Reservoir Dogs, plus mystérieux et moins bavards, etc. Et Tarantino, comme d’habitude, a rajouté quelques noms à sa clique ; pas Walton Goggins, puisqu’il a déjà joué un rôle assez salopard dans Django Unchained, passé inaperçu malheureusement, mais ici, dans The Hateful Eight, il brille ! Il joue le rôle du Shérif Chris Mannix écrit sur mesure pour lui : un personnage naïf qui bouscule au fur et à mesure des chapitres du côté sombre de la réalité.

WG

Mais ce n’est pas n’importe qui. Walton Goggins, pour le décrire en une seule phrase : C’est le mec qui ose. Les fan-baroudeurs de Sons Of Anarchy savent de quoi je parle. Qu’est-ce que vous voulez que je rajoute de plus ? Bon, ce n’est pas suffisant. Goggins, c’est The Shield et Justified, deux séries remarquables et plusieurs seconds rôles dans des films « sympas », en gros Walton Goggins a de la bouteille.

screenshot_317

La nouvelle de l’équipe tarantinesque est Jennifer Jason Leigh. Que dire de cette femme ? C’est le seul personnage du film qui dit peu, elle l’ouvre rarement (je parle de sa bouche, au cas où). Son sourire sournois, coquard à l’œil et sa gestuelle faciale remplacent amplement les mots. Et je me demande ce que les féministes en pensent vu tous les sales coups qu’elle reçoit tout au long du film. Ils lui en ont fait baver, « ils l’ont désenchantée, meskina ! »

Ceux-là, à savoir Goggins et Leigh, ne forment pas de duo, non, mais incarnent, chacun dans son rôle, la fraîcheur du film de genre. Quentin Tarantino a toujours eu le don de ressusciter des comédiens morts dans le game, mais cette fois-ci il a intégré des nouvelles têtes pour moderniser en quelque sorte son casting et mettre sous la lumière des projecteurs des comédiens inattendus, que seul lui sait comment les chopper.

JJ Leigh, on se voit aux Oscars.

welloghatefu8-2 - Copie

Un Tarantino c’est des répliques cultes par-ci et de l’humour noir par-là, The Hateful Eight est un concentré de tout ça. Ça jacasse à mort. J’imagine le nombre de pages du scénario final du film. Ça jacasse, mais ça ne dit pas n’importe quoi. Les dialogues sont percutants, et constituent la quintessence majeure du long-métrage, un peu comme dans un polar.

Capture d'écran 2016-01-15 15.29.30.png

Quelques longueurs par-ci, par-là, mais la mayonnaise finit toujours par prendre chez Tarantino. Le texte immense du film prend son temps pour construire chaque personnage, dont la psychologie se façonne à ce qu’on finit par adorer les détester. Et en tant qu’amoureux du 7ème art, Tarantino n’hésite pas à faire des clins d’œil aux classiques du cinéma et à ses propres films aussi. (Je ne vous les cite pas. Participez au paratexte du film !)

Mention spéciale au monologue de Samuel L. Jackson qui raconte ce qu’il a fait à quelqu’un sous les airs de Douce nuit, sainte nuit jouée au piano par Demián Bichir… Un monologue qui va vous clouer le bec.

welloghatefu8-3

Pour une poignée de dollars, La Bataille d’Alger, L’Oiseau au plumage de cristal, Il était une fois en Amérique… etc., ces films sans la musique d’Ennio Morricone ressembleront à des onomatopées dans le vent. Enfin, pas vraiment, mais quand même.

Quentin Tarantino a toujours utilisé les musiques d’Ennio dans ses films, mais cette fois-ci il a eu sa partition personnalisée, composée sans même qu’Ennio voit le film, pour se distinguer un peu de l’ambiance western dans laquelle il a nagé des années, puisqu’il a beaucoup donné à ce genre grâce à ses collaborations avec Sergio Leone notamment.

La partition du film, composée avec l’Orchestre symphonique national tchèque, se détache du style western et part dans des envolés magistrales et des ambiances angoissantes pour dépoussiérer un genre glorieux, et bon sang de bon Dieu que ça rajoute de l’effet au long-métrage. La partition accompagne la longue ouverture du film et annonce déjà la « badasserie » finale, puis enchante la suite dans un climat inquiétant.

welloghatefu8-4

The Hateful Eight est un concentré du savoir-faire tarantinesque, on voit à travers ses comédiens, son amour du 7ème art. Ce film est un hommage à ce dernier et un cadeau pour les cinéphiles avérés.

Les plans contemplatifs de l’ouverture, les gros plans, la direction des comédiens, les plans symétriques, la photographie, le travelling circulaire, la violence esthétique… etc., tout y est pour séduire les vrais fans du style tarantinesque. Tu vas te régaler mon salaud !

HATED

« La Mercerie de Minnie », là où se déroule l’action principale du film, devient un décor théâtral pour un huis-clos haletant, puisque cette mercerie invite les protagonistes à l’enfermement. Tout objet de ce chalet, cosy à sa manière, n’est pas là par hasard : la porte à un sens, le ragout aussi, le café surtout. Et puis, filmer cette mercerie où flotte les débris de flocons de neige, où la lumière d’un soleil timide pénètre pour éclairer les visages asséchés par le froid, le tout avec un vieux 70 mm Ultra Panavision, est un orgasme oculaire, alors là le voir ! Un film en 70 mm, c’est une expérience, ça change du numérique, complètement. Une image large, douce, chaleureuse et qui sautille légèrement (oui, c’est de la pellicule.) Les visages, la neige, les parois de la mercerie sont très détaillées, on voit même les flocons (et si on essayait de les toucher ?). La dernière fois qu’on a tourné en 70 mm remonte aux années 1960 quand même, avec le film Khartoum de Basil Dearden. J’imagine le plaisir qu’a pris le réalisateur au tournage quand on voit la précision des plans, le résultat de l’image sur le grand écran.

Voir Les Huit Salopards en 70 mm, c’est comme aller à l’Opéra !

Je risquerai même vous dire que c’est le plus beau Tarantino jusqu’à présent.

welloghatefu8-5

Qui est qui ? Qui a fait quoi ? L’intrigue laisse la pression monte et invite chaque personnage à montrer sa vraie personnalité. Les dialogues sont écrits pour faire durer le suspense, puis une voix-off intervient dans les 2 derniers chapitres, quand ta vessie crie : « URINOIR », pour briser le 4ème mur afin de remettre de l’ordre dans ce tas de questions.

SM L JACK

 

Agatha Christie n’a qu’à bien se tenir, parce que The Hateful Eight pourrait facilement faire passer un Hercule Poirot pour un détective minable. On retrouve d’ailleurs chez le personnage qu’incarne Tim Roth un air british à la façon d’Hercule Poirot : même physique, coiffés par un chapeau et moustache qui impose le respect et invite au rire… et à un tea-time au passage.

Je vous entends dire : « Oui, 3 heures, c’est quand même chiant, non ? » Eh bien non, pas du tout, parce que trois heures aux côtés de Samuel L. Jackson, de Kurt Russell ou encore de Channing Tatum, est un régal. Je le répète, les dialogues sont géniaux et t’invitent carrément à participer à l’enquête.

welloghatefu8-6

Un western… mais pas tout à fait, puisqu’on a l’habitude de voir des westerns poussiéreux qui se déroulent dans l’ouest américain, dans le Far West, et là Tarantino a troqué le décors chaud et rouge du désert pour l’enfer blanc du Colorado, le Monument Valley pour le Wyoming. Pas de duels-yeux-revolvers, par contre ça tire à mort sur les balgounettes (oui je dis blagounette et alors ?) et les monologues regard à l’horizon qui rappellent l’âge d’or du cinéma western des années 60 et 70.

The Hateful 8

Le côté sauvage de la partie sud-ouest du Colorado rajoute de la violence au film. Pour réaliser The Hateful Eight, Tarantino s’est inspiré des séries westerns des années 60 (Bonanza, Le Grand Chaparral, Le Virginien). A cette époque-là, plusieurs de ces séries racontent des prises d’otage dans des huis-clos et ça finit toujours en cacahuètes, donc t’inquiète, un western sans coups de feu c’est comme Magnum sans moustache, et The Hateful Eight remplit parfaitement son quota de violence, d’hémoglobine, de tirs, ainsi que d’autres joyeusetés. On est dans un film de Quentin Tarantino après tout, le mec s’est gavé de nanars de série B et de films d’exploitation avant de devenir réalisateur.

The Hateful Eight est un hommage au western. La réalisation est différente des westerns classiques à la Sergio Leone ou à la John Ford par son aspect thriller et polar. Le déroulement des événements rythmés par la musique d’Ennio nous met dans l’ambiance des films d’horreur des années 80, sans le jump scare tout de même. Cette ambiance thriller se fond dans l’enquête et la recherche des indices pour nous offrir à travers les dialogues un moment de films noirs à la Hitchcock.

La neige, l’enfermement, la musique d’Ennio encore une fois et Kurt Russell au passage, est incontestablement un clin d’œil à The Thing de John Carpenter, que le réalisateur cite comme référence principale. The Hateful Eight a aussi un peu d’un Reservoir Dogs. L’expérience huis-clos a déjà été exploité dans ce dernier, on retrouve d’ailleurs des têtes de la bande colorée : Mr Orange, Mr Blonde et Mr Brown en voix-off. Donc le western y est, mais sous une autre forme.

welloghatefu8-7

Cette deuxième raison concerne les derniers chapitres du film, mais pas que, et vous l’expliquer serait du spoil et je ne veux pas me faire lyncher en place publique (ou encore être viré). En gros, l’humour, pas souvent drôle, des huit salopards va vous faire réfléchir. Les propos abjectes ou racistes que tiennent certains, blancs qu’ils soient ou noirs, sont proclamés dans le but de témoigner de la haine que les hommes ont à cette époque-là, à savoir l’époque d’après-guerre de Sécession.

On est habitué chez Tarantino à de l’humour noir, mais dans ce film il va encore plus loin. Les blagues tranchantes qui précèdent les silences laissent le spectateur dans l’ambiguïté, puisque les répliques cinglantes et irritantes mettent au premier plan l’envie qu’a le réalisateur de dénoncer, à sa manière bien entendu, certains faits de la société contemporaine sans tomber dans le mélodrame abyssal.

The Hateful Eight est donc un film qui sous ses airs d’arme de distraction, produit de divertissement, vise à sensibiliser ses spectateurs intelligemment.

welloghatefu8-8_(2)

La raison uno c’est que c’est un Tarantino, et rater un Tarantino est un blasphème dans la religion cinématographique que les apôtres cinéphiles ne pardonnent pas.

Brûle dans l’Enfer Wiseau, blasphémateur !

Ce huitième film semble être la quintessence de l’univers de Quentin Tarantino. Dans The Hateful Eight, il a troqué le postmodernisme pour la linéarité… ou presque : moins déroutant, plus précis, longueurs, dialogues ficelés, et c’est cela qui divise en terme d’avis. Certains le considèrent comme le film le plus abouti du réalisateur, pendant que d’autres parlent de la vanité du style tarantinesque.

Quentin Tarantino et Robert Richardson sur le tournage des Huit Salopards. Caméra Ultra Panavision 70 mm.Quentin Tarantino et Robert Richardson sur le tournage
des Huit Salopards. Caméra Ultra Panavision 70 mm.

Si vous n’aimez pas, je comprendrai si c’est votre premier Tarantino, quoique je vous encourage à regarder ses classiques. Quant aux fans du Mr. Brown en peignoir rouge, ils vont y trouver leurs comptes.

Je finis par ces mots de Joann Sfar, qui dit :

La réalité, c’est qu’on ne peut pas prendre plaisir à The Hateful Eight, car c’est un film grave, fait pour blesser. Si cette blessure pouvait susciter une réflexion plutôt qu’une moue d’enfant qui n’a pas eu la sucrerie qu’il attendait, ça serait formidable […] Lorsqu’on réfléchit encore à un film près d’une semaine après l’avoir vu, c’est qu’il s’agit d’un grand film.[1]

[1] Cliquez ICI pour lire l’intégralité de la publication de Joann Sfar sur Facebook.

Cet article The Hateful Eight : Quand Tarantino remplace les flingues par des mots est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/thehateful8/feed/ 0
Au revoir, adjudant-chef. https://wellomag.github.io/galabru/ https://wellomag.github.io/galabru/#respond Wed, 06 Jan 2016 18:04:41 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1542 Michel Galabru est mort, il n’a quand même pas lâché prise, son rêve était de mourir sur scène, finalement c’est dans son lit qu’il rejoint une nouvelle fois la caserne de la gendarmerie de St-Tropez. D’ailleurs il est attendu par son fidèle second. « FOUGASSE, MERLOT, TRICARD, BERLICOT, ramenez-vous dans mon bureau illico presto, l’adjudant Gerber […]

Cet article Au revoir, adjudant-chef. est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

Michel Galabru est mort, il n’a quand même pas lâché prise, son rêve était de mourir sur scène, finalement c’est dans son lit qu’il rejoint une nouvelle fois la caserne de la gendarmerie de St-Tropez. D’ailleurs il est attendu par son fidèle second.

« FOUGASSE, MERLOT, TRICARD, BERLICOT, ramenez-vous dans mon bureau illico presto, l’adjudant Gerber va faire son entrée d’un moment à un autre, j’ai préparé… »

Et là, paf, « CRUCHOOOOOOOOOOOOOT, ALOOOOOOOOOOORS, que faites-vous dans mon bureaaaaaaaaaaaaaaau ?! » Il était là, avec sa tenue des grands jours. « Aaaaah, bien, je pense que vous avez assez joué au chef, j’espère que vous avez bien gardé les deux hurluberlus que je vous ai envoyés, l’un pour passage illégal d’amphétamine à la frontière et l’autre pour obscénité envers ma personne, il s‘apprêtait à faire n’importe quoi pour un flirt avec moi, non mais que va dire madame Gerber ? »

L’adjudant reprenait son souffle, depuis le temps qu’il attendait de rejoindre la caserne, il aura tenu des rôles parfois diamétralement opposés à sa bonhommie nanardesque, il aura quand même joué un génial tueur en série simple d’esprit dans « Le Juge et L’Assassin » de Bertrand Tavernier, qui lui vaudra un César du meilleur acteur. Et que dire de la multitude de nanars où il aura su montrer tous ses talents de cabotin compulsif ?

« J’en ai fait des merdes et des chefs-d’œuvre, je m’en suis finalement bien tiré alors, mais qu’est-ce que je m’emmerdais sec sans mon petit Cruchot, pour l’occasion, je vous ai ramené un petit cadeau, mes 5 meilleurs films :

  • Le Gendarme de St-Tropez : le classique qui aura un peu décollé ma carrière.
  • Le Juge et L’Assassin : mon premier véritable rôle de cinéma, ça m’a quand même valu un César, comme quoi, le crime paie finalement.
  • Le Viager : je voulais une petite maison dans le sud, faire confiance à un centenaire c’est comme confier sa vie à Hannibal Lecter, mais faites confiance, je m’en sortirais.
  • Papy fait de la Résistance : pour une fois que je coiffe au poteau de De Funès, tout ça parce qu’il n’était plus de ce monde…
  • Les Bidasses en Folie : au moins un nanar, ça n’a jamais tué personne. »

 

 

Michel Galabru
1922-2016

Cet article Au revoir, adjudant-chef. est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/galabru/feed/ 0
On a commencé Star Wars par l’épisode 7 : Voici ce qu’on en a pensé https://wellomag.github.io/starwars7/ https://wellomag.github.io/starwars7/#respond Thu, 31 Dec 2015 17:30:16 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1496 Ses affiches étaient partout, son nom aussi, tout le monde l’attendait.  Alors en passant devant une salle qui le projetait, je me suis dit tiens, et pourquoi pas le regarder ? Ok, je n’avais vu aucun des six premiers mais bon grâce aux médias, et à mon geek de copain, je connaissais bien la trame de […]

Cet article On a commencé Star Wars par l’épisode 7 : Voici ce qu’on en a pensé est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

crawl-wello3

Ses affiches étaient partout, son nom aussi, tout le monde l’attendait.  Alors en passant devant une salle qui le projetait, je me suis dit tiens, et pourquoi pas le regarder ? Ok, je n’avais vu aucun des six premiers mais bon grâce aux médias, et à mon geek de copain, je connaissais bien la trame de l’histoire – Maitre Yoda, Luke Skywalker, #jesuistonpère tout ça, tout ça.

Je suis entrée dans la salle obscure – comme la force – plutôt contente de découvrir ce dernier opus, prise par l’engouement international, presque malgré moi. On appelle ça « la dictature du On » (C’est Heidegger qui l’a dit). Alors je m’installe : petites lunettes 3D, posées sur le nez au-dessus de mes lunettes 2F (double foyer, n’est-ce pas). Ça commence  : le générique, avec l’écriture trop stylée qu’on utilisait tous sur les gros pc pour faire défiler des textes quand l’écran est en veille. C’était difficile de courir après les mots, en anglais et en français, mais le strabisme divergent aidant, j’ai tenu le coup. Vient le  premier paysage, une planète, un peu perdue, deux personnages, ils échangent quelques mots. Y a un robot qui se balade, mais c’est pas R2D2. Arrive aussi un personnage capé de noir, façon tchador de l’espace, mais c’est pas Dark Vador. Chewbacca, c’était bien Chewbacca. Ensuite les paysages se sont succédés et alors que je m’attendais à de la grosse machinerie, j’ai surtout trouvé du sable, des déserts, des vaisseaux un peu cassés, du sable encore… Je me suis dit que c’était quand même un peu cheap.

star-wars-7-force-awakens-kylo-ren-hi-res - Copie - Copie

Puis il y a eu le grand méchant (ce n’est pas un spoil les gars, tout doux, vous savez très bien qu’il y a des méchants dans l’histoire), en le voyant, on est tous bien d’accord pour dire qu’il ferait bien de retrouver quelques-uns de ses horcruxes pour reprendre des forces. Quoi ? Ah ce n’est pas la bonne saga ? Bon bah alors qu’il prenne un peu de Juvamine… Fait un peu pitié, le mec. Heureusement pour lui, il a un ami méchant, qui l’aide dans sa mission de méchant, mais on sent bien que cet allié n’a pas les épaules du grand Dark, bien qu’il en ait le casque.

Le début du film, l’élément déclencheur, était plutôt grossier, je me suis mise à la place de tous ceux qui ont attendu des années pour avoir une suite, et je ne comprends pas qu’il n’y ait pas eu de grève de la faim. Ils restaient tous là ; assis ; ils mangeaient leurs popcorns.

Sur ce chemin perpétuellement renouvelé vers les étoiles, on rencontre de nouveaux personnages, des humains, des pas humains, des robots, et ils sont assez savamment étudiés pour plaire aux nouveaux spectateurs – comme moi – et satisfaire les anciens – comme toi. Il y a pas mal de péripéties aussi, on court un peu partout, et grâce à la 3D on doit parfois éviter quelques missiles ou autres grosses pierres volantes et violentes non identifiées. On sursaute dans nos fauteuils.

rey-starwars8

On est capable de distinguer tous les éléments qui font la matière de la saga dans ce seul film : le manichéisme, la critique du totalitarisme, l’héroïsme, l’universalisme et plein d’autres choses en –isme.  J.J. Abrams a su mettre une bonne dose de tout pour faire revivre l’atmosphère et l’élargir afin de faire encore plus d’heureux (ou d’euros, ça rime, après, tout dépend s’il pense en dollars ou pas). La balade était agréable, je pourrais même lui dire « merci pour ce moment », seulement j’espérais voir THE épisode, celui qui resterait marqué dans les annales

Malgré tout, à la fin, j’en voulais encore : j’étais prise dans l’engrenage. Suivre des personnages pleins d’humanité dans leur combat contre les Forces d’un Mal qui semble incurable, ça me parle.  Je pensais, avant de le voir, que ce volet serait le septième et dernier, une suite et fin. Or, la suite ouvre le pas à une autre suite. En gros, Star Wars, c’est l’histoire sans fin : j’étais pas au courant.

De fait, alors que je pensais assister à la fin d’un monde, j’ai pu en voir un nouveau naître sous mes yeux, et renaître pour d’autres, et ça c’est chouette. Le numéro 8, je ne sais pas si j’irai le voir, mais je verrai surement les six premiers.

Commencer Star Wars par la fin, ce n’est pas compliqué, on n’est pas perdu, au contraire. Cette expérience permet de se rendre compte de l’emprise qu’ont les médias, la mondialisation culturelle, et tout simplement la pop-culture sur nos vies. Une emprise plus ou moins positive, mais toujours systématique. On pourrait en faire une thèse d’ailleurs, mais en faire un article est tellement plus funky.

Et puis, on ne pourrait pas y mettre ce genre de photos.

ZbQnfG8

Cet article On a commencé Star Wars par l’épisode 7 : Voici ce qu’on en a pensé est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/starwars7/feed/ 0
Kontre Jour #2 : Ce qu’on a vu https://wellomag.github.io/kontre-jour-2/ https://wellomag.github.io/kontre-jour-2/#respond Mon, 28 Dec 2015 10:45:21 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1430 2015 se termine et les Wellowers font le bilan de leur année. Comme tu peux le deviner, la grande majorité de la communauté Wello passe son temps derrière son écran à lire, jouer, écouter de la musique, draguer dans l’espoir de sortir un jour de leur célibat persistant, mais surtout ON REGARDE DES FILMS ! Voici donc […]

Cet article Kontre Jour #2 : Ce qu’on a vu est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

2015 se termine et les Wellowers font le bilan de leur année. Comme tu peux le deviner, la grande majorité de la communauté Wello passe son temps derrière son écran à lire, jouer, écouter de la musique, draguer dans l’espoir de sortir un jour de leur célibat persistant, mais surtout ON REGARDE DES FILMS !

Voici donc le meilleur de ce qu’a pu voir comme films au cours de cette année pourrie. Car oui 2015 n’a pas été une année glorieuse pour le cinéma (entre autres choses), loin de là, au point où Shaun le mouton est classé parmi nos meilleurs films…

C’est parti !

 


 

KontrJour2_arslan

Arslan Mouloudi, papa de Wello, a eu du mal à faire son choix. Feignasse comme il est, lui extirper un commentaire sur ses films préférés n’a pas été une mince affaire, et non aucun rapport avec son poids. Non, papa.

 

 

Whiplash | de Damien Chazelle (2015) | Drame | 1h45min | Etats-Unis
Avec Miles Teller, J.K. Simmons

 

 

 

Moonrise Kingdom | de Wes Anderson (2012) | Comédie, drame et romance | 1h34min | Etats-Unis
Avec Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray

 

 

 

 


KontrJour2_yanisYanis Kheloufi, « cinéphile inculte », nous a épargné ses goûts douteux de bobo cinéphile hipster. Mais pourquoi avoir choisi ces deux films récents au lieu de films underground ou des classiques intellectuels ? Ne nous prends-tu pas pour des cons ? N’as-tu pas pris un peu la grosse tête ? Hum…

It Follows | de David Robert Mitchell (2015) | Épouvante-horreur | 1h40min | Etats-Unis
Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi

Le pitch est simple – et assez drôle si on s’y attarde un peu. Mais ce presque-film-d’épouvante n’en reste pas moins extrêmement efficace. Très esthétique (photographie ou acteurs), c’est très joli à avoir, et loin des fims d’horreurs usant des « jump scares » (genre y a du silence… puis HAAAAA ça fait peur), It Follows est un film intense, au fond narratif maîtrisé et à l’ambiance extraordinaire, grâce notamment à la bande-son presque-électro, oppressante et bien exploitée.

Shame | de Steve McQueen (2011) | Drame | 1h41min | Etats-Unis
Avec Michael Fassbender, Carey Mulligan

Ce film est une claque. Non. Shame est une biffle. Oui. Rarement j’ai été frappé par une si sublime mise-en-scène. Ce film nous fait vivre tellement de choses, avec si peu de dialogues. Je crois que c’est grâce à des films comme ceux-là que j’aime tant le cinéma. Fassbender y est pour beaucoup, à lui seul, il donne une dimension complètement métaphysique au film.  Il le sublime de sa présence, de sa gestuelle, de ses traits, de son corps. Beaucoup de sexe, des zizis par-ci par-là, mais rien de « pornographique », ça reste réel, intense, beau.

 


KontrJour2_celia

Celia, petite chose qui pétille, pleine de vie, de bonne humeur et tout-à-fait hystérique, prend un malin plaisir à corriger nos articles en nous prenant de haut. C’est pour ça qu’on l’aime, Celia. Allez tiens, une phote d’orthograffe pour toi, c’est cadeau.

 

L’Oranais | de Lyes Salem (2015) | Drame et historique | 2h08min | Algérie
Avec Lyes Salem, Khaled Benaissa, Anne Zander

En regardant ce film, je me suis dit que je suis née à la mauvaise époque. Bon, même si ce n’était pas la joie pour tous les algériens à cette période-là. Mais les gens semblaient heureux et pleins d’espoir, ils semblaient avoir la certitude de pouvoir construire une belle Algérie, c’était triste et émouvant à la fois.

 

Gone Girl | de David Fincher (2014) | Drame et thriller | 2h29min | Etats-Unis
Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris

Il est sorti en 2014 je sais, mais franchement j’ai trouvé que c’était bien réfléchi et que le réalisateur est quelque part un génie.

 

 


KontrJour2_mourad

Aussi attendu que le messie, son nez a inspiré le logo des illuminatis, ses punchlines n’ont d’impacte que le son de tes larmes sur le mic, Mourad, l’Aouis des champs et des villes ne changera probablement jamais de lunettes, et bien que ça n’ait aucun rapport, c’est tant mieux. Ou pas. Mais tout comme Yanis, il aurait bien choisi Gone Girl…

 

Le Bouton de Nacre | de Patricio Guzmán (2015) | Documentaire | 1h22min | Chilie

La loi des vases communicants ; Un fléau fluctuant de sentiments diverses qui conversa durant 1h22m avec mes fluides corporels (bsahtek l’endurance). Ayant déjà joui dès les premiers plans à la vue des paysages *insérer adjectif élogieux*, je ne m’attendais pas 40 minutes et quelques émois plus tard, à ce que ce documentaire de Guzmán me trouble autant, me secoue jusqu’à m’extirper une chaude larme. Si si, des hommes pleurent, s’émeuvent et renaissent en étoile tandis que d’autres, des hommes dénués de toute humanité, abrègent ce voyage de la plus atroce des manières qui soit.

 

Barton Fink | de Joel Coen (1991) | Drame | 1h56min | Etats-Unis
Avec John Turturro, John Goodman, Judy Davis

J’ai (encore) envie de le revoir et John Turturro y tient le rôle de sa vie. Ce n’est pas suffisant ? J’pu peux pas vous dire plus.

 


 

KontrJour2_madjoudj2

Malek Majoudj, plus jeune général major du swagg de l’histoire, a réussi à voir 53 films cette année. Un record pour quelqu’un qui n’a pas aimé Taxi Driver. On lui souhaite d’atteindre la barre des 69 l’année prochaine. Courage, on est tous derrière toi.

Kingsman : The Secret Service | de Matthiew Vaughn (2015) | Action et thriller | 2h09min | Etats-Unis
Avec Colin Firth, Samuel L. Jackson, Taron Egerton

Un bon gros blockbuster d’action, sans prise de tête, très drôle avec des personnages super classe, des scènes d’action de malade.

Harakiri |de Masaki Kobayashi (1962) | Action, drame et historique | 2h13min | Japon
Avec Tatsuya Nakadai, Akira Ishihama, Shima Iwashita

Un film de samouraïs avec (quasiment) pas de combat de samouraïs ? Mais comment ça peut être bien ?
Ça l’est parce que Harakiri est un film qui est beau, avec des plans sublimes qui montrent l’organisation et l’ordre des japonais et des samouraïs. Mais ce film c’est surtout une grande critique de la cruauté des gens au pouvoir, mais aussi de l’attachement des peuples aux traditions aussi ridicules et cruelles soient-elles. C’est l’histoire d’un homme qui a tout perdu et qui cherche à en finir avec la vie. C’est un film anti-système et rebelle (comme Matoub), avec un message fort qui s’applique à toutes les sociétés du monde.

 


 

KontrJour2_babir

Babir, Babs, Babou… tant de surnoms qu’on a généreusement donné à celle qui dicte notre style vestimentaire depuis deux ans. On veut porter du léopard ! Arrête de brûler nos polos au col relevé ! (merci de t’être occupée de nous, biz !)

 

 

Imitation Game | de Morten Tyldum (2015) | Biopic, drame, thriller | 1h54min | Etats-Unis
Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode

 

 

Her | de Spike Jonze (2014) | Drame, romance et science fiction | 2h06min | Etats-Unis
Avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams

 

 

 

 

 

 


 

KontrJour2_meskia

Ya Karim ah ya Karim. Surprenant, toujours juste, il voit beaucoup de films, lit beaucoup de livres et n’arrive pas à écrire moins de 200 mots par paragraphe. On ne sait pas ce qu’il fait dans la vie pour trouver le temps de faire tout ça. On pense qu’il est pimp… On n’est pas sûr…

Sea-Fog : Les clandestins | de Sim Sung-Bo (2015) | Drame | 1h51min | Corée du sud
Avec Kim Yun-Seok, Han Ye-Ri, Mun Seong-Kun

Un film qui se déroule en pleine mer et qui explore les limites de la raison humaine. Une sorte de conte marin sur l’instinct de folie, qui suit la dégradation psychologique de ses personnages.

 

This Is Not a Love Story | d’Alfonso Gomez-Rejon (2015) | Drame | 1h44min | Etats-Unis
Avec Thomas Mann (II), Olivia Cooke, RJ Cyler

Certains le verraient comme un teen movie, mais This In Not a Love Story est bien plus que ça. Adapté d’un roman de la littérature jeunesse, ce film fait tout le contraire de Nos étoiles contraires pour ne pas faire dans le mélodrame abyssal, et sous une mise en scène cadré, il rend hommage à des grands classiques du 7ème art.

 

 

 


KontrJour2_lamya

Lamya, dernière Wellogirl en date à avoir rejoint notre troupe de foufous. Ahlala qu’est-ce qu’on se marre. Lamya est prof de littérature et de langue. Elle n’a pas encore remarqué qu’on est pire que les ados à qui elle enseigne. Mais ils sont gentils. Ne lui dis rien hein, on compte sur toi. Bisou.

 

Nous trois ou rien | de Kheiron (2015) | Comédie | 1h42min | France
Avec Kheiron, Leila Bekhti, Gérard Darmon

Un vrai feel-good movie avec de très belles chansons. Leila Bekhti et Kheiron vachement chouettes. C’est la vie en mieux.

 

 

Alice dans les villes | de Wim Wenders (1974) | Drame | 1h50min | Allemagne
Avec Rüdiger Vogler, Yella Rottlander, Lisa Kreuzer

L’énigmatique Alice nous entraîne dans un voyage littéralement déroutant. Une photographie magnifique qui nous livre la plus belle errance qui soit : pure, brute, poétique.

 

 

 


KontrJour2_boudj

Le Boudj, qu’on l’appelle. Contributeur intempestif, il a assez de Wello en lui pour démonter la gueule à un fan de Coelho au premier degré. Par contre, il aime bien Dorothée. Et les nounours. Et les boys band. Et s’habiller en peti- nah j’déconne.

 

007 Spectre | de Sam Mendes (2015) | Action, aventure, policier | 2h28min | Etats-Unis
Avec Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux

Le retour de James Bond est toujours une bénédiction, surtout quand on voit un fantôme du passé resurgir, encore une fois. Et revoir un méchant style Requin ça fait toujours autant sourire.

 

Fièvres | de Hicham Ayouch (2014) | Drame et famille | 1h30min | France
Avec Didier Michon, Slimane Dazi, Farida Amrouche

Le cinéma marocain est avancé sur bien des sujets de société, même si ça se passe en banlieue parisienne, l’histoire de cette relation père/fils plus que compliqué est vraiment bien contée. Spéciale cacedédi à Hicham Ayouch

 

 


KontrJour2_nabs

Nabila, ou Creepy Cat, qui a autant du creepy que du cat, nous a fait une Arslan. Trois jours pour une introduction, quoiqu’elle en vaille la peine. Ah, on vous a dit que notre point fort c’est la réactivité ? Ouais. Ré-ac-ti-vi-té.

Vers l’autre rive | de Kiyoshi Kurosawa (2015) | Drame, fantastique et romance | 2h07min | Japon
Avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi

Que dire du dernier bébé de Kurosawa ? Ce film envoûtant est difficile à décrire tant il est mystérieux, un road-trip d’une femme avec le fantôme de son mari disparu il y a des années de cela. Certes, les thématiques comme la mort, le deuil et l’amour sont vues et revues mais ici ils nous prennent par les tripes. Les va-et-vient entre présent et souvenirs nous transportent dans l’univers de ces personnages émouvants… Un plaisir donc émotionnel, mais aussi visuel, parce que… parce que le Japon.

Barry Lyndon | de Stanley Kubrick (1975) | Drame | 3h04min | Etats-Unis, Royaume-Uni
Avec Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee

BARRY LYNDON ! Ce nom qui raisonne dans toutes les bouches des cinéphiles, n’a pas était pour moi un coup de cœur au début, n’arrêtant pas de faire des pauses et de le relancer quelques jours plus tard (pour ma défense, ce film est un gros bébé de 3h) en me disant : Allez Nabila c’est un Kubrick, tu dois le finir. Et finalement… Quel film !!! Esthétiquement, c’est une splendeur. Les personnages, l’histoire, la mise en scène… Kubrick s’attache à la véracité du cadre historique en s’inspirant de tableaux du 18e siècle et en restituant l’atmosphère des intérieurs, éclairés aux bougies et filmés avec des objectifs commandés à la NASA. Chaque plan est minutieusement travaillé, on reconnait la démarche photographique de Kubrick qui utilise parfaitement la lumière naturelle à différents moments de la journée. Si je pouvais tomber amoureuse d’un film, je crois que je serais folle de Barry Lyndon !


KontrJour2_kems

Kamel Laribi, moins connu sous le nom de Rachid ou de Bruno, ayant toujours refusé le surnom Kems (qui est trop classe avouons-le), baroudeur des Instagram, chevalier du mont Nikon, n’a pas réussi à prendre des photos de la #TeamWellowers sans être NSFW. Pas grave, ça nous fera des souvenirs à voir en cachette.

Birdman: Or (The Unexpected Virtue of Ignorance) | de Alejandro González Inárritu (2015) | Comédie et drame | 1h59min | Etats-Unis
Avec Michael Keaton, Zach Galifianakis, Edward Norton

Ce film est un faux plan séquence de malade, c’est comme quand t’as 4 ans, tu t’endors le soir par terre mais tu te retrouves le lendemain matin dans ton lit tout chaud, par magie, c’est absolument ça. Apres t’as le ‘waaaah’ de Keaton.

Cowboy Bebop, le film | de Shinichirô Watanabe (2001) | Animation, action, policier | 1h55min | Japon

Cowboy Bebop, c’est la vie.

 

 


 

Bon, on a un peu triché en citant des films sortis en DVD en 2015. Et oui je sais y avait pas de Shaun le mouton, mais il mérite sa place autant que tous les films cités, il est rigolou Shaun.

On espère que t’as bien aimé lire nos conneries, que t’as trouvé de quoi télécharger illégalement cette semaine et que t’arrives à te retrouver dans les goûts d’un des rédacteurs, bien qu’ils soient assez douteux on te l’accorde.

Et toi alors, c’est quoi tes coups de cœur de l’année ?

 

 

Cet article Kontre Jour #2 : Ce qu’on a vu est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/kontre-jour-2/feed/ 0
Comment c’est loin : un feel-good movie à voir au lendemain de l’heure où je me couche https://wellomag.github.io/comment-cest-loin/ https://wellomag.github.io/comment-cest-loin/#respond Sat, 19 Dec 2015 13:17:02 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1366 *Essayer en un seul titre de résumer l’article, parler de procrastination tout en plaçant une référence à la bande son du film… c’est pas facile. *Article à lire avec la voix d’Orelsan. Un rappeur qui s’improvise réalisateur : mauvaise idée. Quand on y pense, on se dit que c’est perdu d’avance, mais comme ils disent : « il ne faut […]

Cet article Comment c’est loin : un feel-good movie à voir au lendemain de l’heure où je me couche est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
*Essayer en un seul titre de résumer l’article, parler de procrastination tout en plaçant une référence à la bande son du film… c’est pas facile.
*Article à lire avec la voix d’Orelsan.

Un rappeur qui s’improvise réalisateur : mauvaise idée. Quand on y pense, on se dit que c’est perdu d’avance, mais comme ils disent : « il ne faut pas juger sur les apparences. » Comment c’est loin se révèle être une très bonne ode à la pote-attitude, une comédie qui prend à la légère le côté looser de deux anti-héros pour exprimer violemment une réalité qui touche une jeunesse qui ne suit pas vraiment à la règle le file de la société.

Buddy movie x Comédie musicale x Bromance

Première réalisation d’Orelsan qui ne s’éloigne guère du schéma narratif qu’il entreprenait dans ses disques, seul ou avec son binôme Gringe. L’intrigue est basée sur un ultimatum, faire en 24 heures ce qu’ils n’ont pas pu faire en 5 ans : pondre un bon morceau de pera. Mais en tant qu’apôtres de la procrastination, accepter le challenge et se lancer dans la productivité ne sont pas les réponses premières à l’ultimatum, au lieu de ça ils restent bloqués comme deux connards dans un abribus à se raconter des histoires stupides ! Stupides ! Stupides.

comment-c-est-loin-Orelsan-et-Gringe-au-cinéma-00

Comme Oxmo, Orel’ et Gringe prennent la Slow Life, mais pas du bon côté. Entre cuite au beau matin, vie monotone, boulot sans avenir, mensonge et fainéantise, la slow life se transforme en cercle vicieux. Le genre de cercle qui donne envie de tout faire sauf de mourir vieux.

Dans une Odyssée provinciale, tels des Ulysse, ils vont se lancer dans une traversée de remise en question. L’ultimatum leur jette la réalité en face : deux adultes trentenaires qui laissent passer le temps, qui glandent et trompent l’ennui dans des alcools prémélangés. Le temps d’une journée, ils vont se détacher de cette réalité pour passer un examen de soi et coller les morceaux qui clochent de leurs existences. Cette déconnexion va leur permettre de gagner en maturité et d’écrire un rap qui « parle à tout le monde. »

Le scénario est rythmé par des dialogues profondément réalistes, des dialogues qui ne surenchérissent pas. Le texte prolonge parfaitement la musique du film, qu’il soit à capella ou sur les prods de Skread. On retrouve l’univers doux-amer des Casseurs Flowters, les punchlines et les jeux de mots pourris qui ont fait la réputation du groupe, mais on retrouve aussi leur côté touchant et poétique à travers des tirades personnelles telles que Quand ton père t’engueule ou Le mal est fait avant de s’achever en apothéose par Inachevés.

Franchement, honnêtement, sincèrement, comment c’est beau

Au-delà de la musicalité des dialogues, du jeu naturel des comédiens, qui ne sont d’autres que les copains des Casseurs Flowters ; Comment c’est loin est beau, un peu comme une suite de séquences spontanées qu’on tourne à l’arrache et qu’au final on se rende compte que ce n’est pas aussi mal. Où est-ce que je veux en venir ? Eh bien, Comment c’est loin est un film à petit budget dirigé par un rappeur qui a réussi à accoucher d’une toile animée dans laquelle jouent des personnages attachants.

Epaulé par le réalisateur Christophe Offenstein, Orelsan réussit à faire de la ville de Caen un parfait décor pour des plans de contemplation dans des terrains vagues où les personnages se sentent minuscules ; allégorie du manque, métaphore de la solitude. Par des mises-en-scènes simples et précises et des plans-séquences, Orelsan célèbre la glandouille et l’ennui à grand plan. Il saupoudre chaque scène par une authenticité personnelle : il fait intervenir sa propre grand-mère, il transforme un abribus en cadre théâtrale absurde, il s’amuse du nom d’un bar, L’Embuscade, pour exprimer la dépendance à l’alcool et à la party-attitude, etc.

Comment c'est loin Orelsan1

Comment c’est loin s’éloigne des clichés des comédies musicales pathétiques qui font dans la redondance des répliques et dans la mièvrerie des paroles, pour offrir au spectateur un film rafraîchissant qui explore ledit genre d’une façon atypique.

Un humour subtil et recherché, un scénario de qualité et des rôles sincères, une photographie et une réalisation cadrées, un enchaînement d’émotions post-vannes-trashs, des références pop-culture qui glissent dans le ventre des dialogues, etc. Comment c’est loin est une aventure originale d’une bande d’Ulysse rétro-futuriste, tourmentée dans une pluie de questions venue prendre possession du cinéma français, un cinéma loin d’être bloqué. Influencé par des films de même genre comme Clerks : Les Employés modèles de Kevin Smith ou encore Frances Ha de Noah Baumbach (qu’on recommande chaudement !), Orelsan a réussi un pari, celui de réaliser un buddy-movie sur la procrastination tout en gardant une vision lucide mais personnelle sur le remettre-au-lendemain-ce-que-l ‘on-peut-faire-le-jour-même. Et l’effet secondaire n’est pas forcément mauvais.

Cet article Comment c’est loin : un feel-good movie à voir au lendemain de l’heure où je me couche est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/comment-cest-loin/feed/ 0
L’extrême beauté de la recherche du silence https://wellomag.github.io/pursuit-of-silence/ https://wellomag.github.io/pursuit-of-silence/#respond Thu, 29 Oct 2015 17:41:59 +0000 https://wellomag.github.io/?p=437 Si toi aussi tu ne trouves, voire ne contemples le silence que très peu en ces temps de constantes cacophonies, tu vas aimer ce projet. Entièrement financé par les internautes, ce projet de crowdfunding (financement participatif) pour la réalisation-production d’un film-documentaire, appelé In Pursuit of Silence. Débuté en février 2013, le projet a depuis été […]

Cet article L’extrême beauté de la recherche du silence est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

Si toi aussi tu ne trouves, voire ne contemples le silence que très peu en ces temps de constantes cacophonies, tu vas aimer ce projet. Entièrement financé par les internautes, ce projet de crowdfunding (financement participatif) pour la réalisation-production d’un film-documentaire, appelé In Pursuit of Silence.

Débuté en février 2013, le projet a depuis été entièrement financé par les internautes et devrait s’achever ces prochains mois. Les adeptes de vidéos ASMR ou ceux qui, pour réviser, écoutent le son de la pluie ou de la mer pour mieux se concentrer (car oui ça existe), trouveront dans ce film une merveille de cinématographie contemplative et des eargasms à souhait.

Un film sur notre relation avec le son

In Pursuit of Silence se veut être un film méditatif sur le rôle du silence dans nos vies, sur notre relation avec les sons et les conséquences néfastes qu’ils peuvent avoir sur nous, dans un monde de plus en plus bruyant, dans un monde où notre course vers la modernité, au milieu de toute l’innovation technologique et la croissance rapide de nos villes, effaçant de plus en plus le silence de nos vies. « Le silence est en train de devenir une légende. » Et de fait, nous avons du mal à nous entendre penser, imaginer, et nous connecter avec autrui.

 

« Silence is a sound and I think it’s a sound with many qualities. It allows us to be much more balanced in the way we relate to the world, much more conscious. »

Le réalisateur et initiateur du projet, Patrick Shen (à qui l’on doit quelques excellents documentaires plus ou moins trouvables sur le net), a fait le tour du monde durant 3 ans, passant par plus d’une douzaine de villes (Tokyo, Londres, Shenzhen, etc.) sur les traces de ces personnes qui cherchent désespéramment à trouver le silence.

En faisant ce film, j’ai appris que le silence est plusieurs choses. Il est l’espace entre les mots que nous prononçons, l’apaisement de nos esprits, il est le son que les feuilles des arbres font dans le vent, l’absence de bruit ou même un état d’esprit.

 

Comment faire un film sur le silence

Des traditions monastiques des religions du monde à la pratique universelle de la «minute de silence» comme acte de deuil, l’humanité a eu une longue fascination pour le silence. Et ce film est là pour nous le rappeler. Usant de longues et lentes scènes contemplatives, de plans inspirant la réflexion, la méditation, dans le but de nous faire interagir avec le film, avec le silence, avec le son.

On entend souvent dire que le travail du silence dans une œuvre cinématographique peut aussi bien être grandiose que terriblement ennuyant. Et rien qu’en vivant –car chaque morceau de ce film est une réelle expérience- la bande annonce, on ressent ce quelque chose de magique, ce quelque chose qui nous emporte loin, loin de ce constant vacarme qui nous entoure, et ce, à travers des témoignages et des histoires intimes sur les gens, leur quête de silence, et leur relation avec le son, « lire l’essence intérieure d’un paysage » comme dirait Herzog.

CDD7EHcUMAAiRQL

“Un tableau vide est plein.” – Robert Rauschenberg, peintre.

 

“Comme il n’y a pas de véritable silence, le silence contient tous les sons, tous les mots, toutes les langues, toutes connaissances, tous souvenirs.” – Dejan Stojanović, poète.

 

“La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence.” – Miles Davis, trompettiste de jazz.

 

“La chose la plus difficile à faire est quelque chose qui tend à ne rien faire.” – Marina Abramović, artiste.

 

 

Cet article L’extrême beauté de la recherche du silence est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/pursuit-of-silence/feed/ 0
« Are you talkin’ to me? » Le cinéma défonce le 4ème mur https://wellomag.github.io/dossier-4e-mur/ https://wellomag.github.io/dossier-4e-mur/#comments Sat, 17 Oct 2015 17:38:33 +0000 https://wellomag.github.io/?p=479 Le quatrième mur a plus d’une définition et plus d’une fonction. Certains acteurs s’en servent, d’autres tentent de le péter, avec plus ou moins de réussite, les bougres. Dans cet article, nous comprendront ce qu’est et à quoi sert le (bris du) quatrième mur, au cinéma et dans la pop culture.   Commençons par une note […]

Cet article « Are you talkin’ to me? » Le cinéma défonce le 4ème mur est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

Le quatrième mur a plus d’une définition et plus d’une fonction. Certains acteurs s’en servent, d’autres tentent de le péter, avec plus ou moins de réussite, les bougres. Dans cet article, nous comprendront ce qu’est et à quoi sert le (bris du) quatrième mur, au cinéma et dans la pop culture.

 

Toi aussi, apprends les origines du 4ème mur

Commençons par une note d’histoire et éloignons-nous du cinéma un moment pour aller s’intéresser d’abord au théâtre, à la dramaturgie et à certains aspects techniques, histoire de pouvoir se la péter avec les potes en soirée. Si tu n’aimes pas ce qui est histoire ou que tu n’as pas d’amis pour les éclabousser de ton savoir, tu peux passer la partie chiante et descendre jusqu’à ce que tu voies un babouin en bonnet à motifs dansant le carioca.

Le terme de quatrième mur est né au théâtre. Au XVIIème siècle, on s’interroge sur les mutations du théâtre contemporain et notamment sur la manière dont la tragédie et la comédie peuvent emprunter l’un à l’autre. Pour susciter l’émotion du spectateur, il faudrait à la fois de cette distance imposée par la tragédie ancienne et de cette proximité privilégiée par la comédie. Pour favoriser le rapprochement entre le spectateur et la représentation, on commence à s’intéresser au réalisme, pour être au plus proche d’une représentation de la vie. C’est ainsi que naît la notion de quatrième mur, qui doit avoir pour effet de provoquer l’émotion du spectateur en le séparant, paradoxalement, de la scène. – Sarah Beaulieu, métafictions.fr

Le terme de « Quatrième mur » est inventé par Denis Diderot, grand philosophe, écrivain et critique d’art du XVIIIème siècle. Dix-huit, c’est le 18e siècle ça. Et c’est entre 1700 et 1799. Sait-on jamais. Il définit le quatrième mur ainsi : « Dans la représentation dramatique, il s’agit non plus du spectateur que s’il n’existait pas ». Oui c’est très hype. Il la retouche ensuite, de manière plus explicite, par ce conseil destiné à l’acteur :

« Imaginez, sur le bord du théâtre, un grand mur qui vous sépare du parterre ; jouez comme si la toile ne se levait pas. »

58947Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

 

Distance entre spectateur et représentation

Le quatrième mur est donc un concept pour créer une sorte de barrière virtuelle entre l’acteur et le spectateur, de telle sorte que les comédiens puissent jouer sans se soucier du public comme s’ils étaient seuls sur scène. Ce qui poussait parfois les acteurs à jouer dos au public, par exemple.

Par contre, tout le monde ne le voyait pas de ce point de vue là. D’autres dramaturges et metteurs-en-scène comme Bertolt Brecht (1898-1956), pensaient que le quatrième mur sert à « prendre ses distances par rapport à la réalité », interdisant à l’acteur l’identification à son personnage. Ceci a pour objectif de produire l’effet inverse sur le public. Ce dernier prendra ses distances, par rapport au personnage (à la fiction) et non aux acteurs, le renvoyant à sa condition de spectateur (ou de lecteur dans la littérature). Dans ses pièces de théâtre et ses mises en scène (à Brecht), l’acteur doit donc plus raconter qu’incarner, susciter la réflexion et le jugement plus que l’identification. Dans un certain sens, il y a ici un double quatrième mur. Le premier entre le spectateur et l’acteur, puisque le but est que ce dernier suscite chez le spectateur la réflexion et non l’identification. Sans me répéter hein. Le second entre l’acteur et le personnage qu’il incarne car il ne doit pas s’y identifier. C’est le principe de distanciation (avec l’accent espagnol c’est plus rigolo).

Mais initialement, le principe du quatrième mur est le fait d’aider l’acteur à entrer dans son personnage pour que le spectateur puisse mieux s’identifier à lui. Le concept de distanciation brise cette identification et brise donc, le quatrième mur. Tu la vois, la transition de folie ?

The Big Lebowski (Joel & Ethan Coen, 1998)

 

Viens, on va casser du 4ème mur

Bon, maintenant que vous avez assez d’informations pour blablater durant tout un dîner, passons aux diverses utilisations du pétage de quatrième mur.

J’aurais bien voulu vous faire une jolie intro écrite mais un jeune fan de My Little Poney sur le forum MyLittlePoneyFictions l’a fait, excellemment bien, d’ailleurs je vous conseille et vous invite à lire cette petite fiction qu’on peut télécharger ici, c’est très drôle et ça explique très bien comment « briser le quatrième mur » dans la littérature.

Ce concept de métafiction qu’est de « briser le quatrième mur » est le fait qu’une œuvre ou qu’un personnage sorte du contexte fictionnel (qu’il devienne conscient qu’il n’est que fiction) pour venir s’adresser au spectateur ou au lecteur ou alors lui rappeler de quelque manière qui soit qu’il est en train de regarder ou lire une œuvre fictionnelle.

Le bris (parce qu’on dit bris, oui) du quatrième mur a moult formes/facettes et utilisations. Le plus souvent il est mis-en-scène de manière humoristique pour ajouter de la légèreté à l’œuvre (Ferris Bueller, Top Secret). Mais beaucoup de réalisateurs en ont usé plus subtilement et très intelligemment pour servir le propos de leur film. Avec plus ou moins de succès.

Le Funny Games d’Haneke en est le parfait exemple. Beaucoup lui reprochent justement sa présence et le fait qu’il casse l’immersion du spectateur mais en fait, que nenni! Non seulement l’action de briser le mur sert l’histoire, mais elle permet d’impliquer directement le spectateur en le plongeant émotionnellement dans les moments les plus intenses du film (le rendant aussi complice ?) tout en lui faisant un joli doigt d’honneur à la fin de ceux-là. Haneke l’utilise tellement pertinemment qu’il en devient essentiel dans la construction du film. Il n’aurait pas fonctionné sans bris du quatrième mur et c’est ce qui en fait une de ses utilisations les plus pertinentes et « percutantes » du cinéma.

D’autres l’utilisent de manière franche et directe et un peu rentre-dedans, comme dans Annie Hall (1977) de Woody Allen où lui-même nous interpelle pour nous faire part de son agacement dans plusieurs situations. Il récidive avec Whatever Works (2009) où Larry David commente certaines actions du film et parle ouvertement du public dans la salle de cinéma. Parfois c’est à la place du narrateur que l’acteur principal prend la parole comme DiCaprio dans The Wolf of Wall-Street (2013).

Mais défoncer le quatrième mur, comme dit plus haut, est une sorte de distanciation, elle empêche au spectateur l’identification et parfois l’immersion dans le film voire même de ne plus ressentir d’empathie pour le personnage. Et bah en fait, ce n’est pas toujours le cas. Parfois, son utilisation renforce le sentiment d’empathie et/ou l’identification et/ou l’immersion. Oui m’dame, ou ‘msieu. Ou petit elfe de Birmanie équatorienne.

Et pour reprendre le dernier cité, plusieurs films, avant générique de début, défonce sa mère la chienne au quatrième mur pour « présenter » le film, histoire d’introduire le récit qui va suivre. Le trou (1960) de Jacques Becker en est un bon exemple, Jean Keraudy qui joue le rôle de Roland Darbant introduit le film disant que celui-ci racontera son histoire car lui-même était réellement impliqué dans une tentative d’évasion 15 ans plus tôt, tout cela donna comme résultat le film français préféré de Yanis Kheloufi si ce n’est le meilleur du cinéma français. Même chose dans Bronson (2008) de Nicolas Winding Refn, Tom Hardy qui joue Charles Bronson. Une des utilisations les plus intéressantes dans ce cas-là est celle de l’un des meilleurs films de Tim Burton, Ed Wood (1994) dont on vous parlait ici. Au début du film, le personnage de Criswell joue son rôle de présentateur -ce que le « vrai » Criswell était effectivement- et présente la fiction dans laquelle il sera lui-même personnage (Jeffrey Jones).

Une mise en abyme à la fois esthétique et narrative, qui a le mérite de présenter l’univers d’Ed Wood (et de Tim Burton…) en une minute, tout en introduisant le récit comme un conte. Nous reconnaissons les codes du conte de fées (« il était une fois… »), mais également ceux de la présentation de programmes auxquels la télévision nous a rapidement habitués. – Sarah Beaulieu, métafictions.fr

 

Ils le défoncent n’importe comment meskin, mais c’est cool.

Outre les personnages qui s’adressent directement à nous, certains quatrièmes murs sont brisés de manière plus subtile, plus habile, je dirais même plus rusée. En effet, on peut parfois le briser sans que le spectateur s’en rende compte. Tout est dans les petits détails… Cela peut être une référence, comme dans Die Hard 2 (1990) quand Bruce Willis pense tout haut « I can’t fucking beleive this. How can the same shit happen to the same guy twice?! », ou une phrase prononcée dans laquelle on parle soit d’un acteur qui a un rôle dans ce même film ou alors parler du créateur/réalisateur, comme dans les Simpsons, qui brisent ce putain de quatrième mur magistralement. Une beauté.

simpsons

Toujours dans le subtil et dans le détail, Fight Club (1999) est surtout connu pour la scène où Edward Norton s’adresse au spectateur pour lui expliquer ce que fait Tyler Durden, mais on y voit surtout ce même Tyler montrer du doigt à l’écran la marque destinée au projectionniste du cinéma. Scène non moins connue, mais en soi (et sans l’intervention de Norton), est un bris du quatrième mur et un très joli, de surcroît.

Mais souvent, les personnages ne parlent pas directement à la caméra, ils ne font que la regarder et parfois il y résulte de très jolis 4th wall breaking. Et les regards-caméra, il y en a beaucoup (à l’exception de l’effet de la caméra subjective dans les dialogues). On peut citer Into The Wild (2008) où Emile Hirsch fait une grimace à la caméra alors qu’il mangeait sa pomme, ou le regard glaçant au tout début de Orange Mécanique (1984) et j’en passe et des meilleurs. Mais mon préféré reste celui dans Death Proof (2008) quand Stuntman Mike, avant d’offrir à la fille un lift dans sa voiture, prend une pause et bam! Il nous lance ce regard vicieux. Un regard qui nous rendrait presque coupable, car il nous fait dire « Merde, il va la tuer et il sait que je le sais. » et c’est magnifiquement bien fait !

Parfois moins subtil mais toujours sans s’adresser à la caméra. Dans Le Retour des tomates tueuses (1988) avec George Clooney, à un moment la scène s’arrête et la caméra se retourne pour nous montrer le réalisateur qui stoppe le tournage car il n’y plus d’argent dans les caisses. L’acteur principal, Clooney, propose de faire du placement de produit. Dans la scène suivante, on le voit faire la publicité d’une marque de soda. Pour ne pas dire Pepsi.

Toujours dans le bris du mur et là, au sens propre du terme. Dans Le shérif est en prison (Blazing Saddles) (1974), lors d’une bataille entre des hors-la-loi et des habitants de Rock Ridge, ces derniers quittent le studio de Warner Bros et font irruption dans un plateau de tournage d’une comédie-musicale, cassant au passage le mur du décor (joli!), ils passent par la cafétéria et en profitent pour faire une bataille de gâteaux avant de finir leur bagarre dans la rue. Culte.

D’autres utilisent ce procédé pour en faire tout un film, comme Spaceballs (1987) dont les personnages visionnent une cassette du film dans lequel ils jouent pour savoir ce qu’il se passe dans le film, une mise en abyme intéressante. Last Action Hero (1993) avec Schwarzie est aussi une mise en abyme et raconte l’histoire d’un enfant qui grâce à un ticket de cinéma magique arrive à entrer dans le film qu’il regarde, dans ce cas c’est Jack Slater IV (un film dans un film) dont il est fan et dont l’acteur principal est Arnold Schwarzenegger. Oui, même ana telfetli. Ce film est en plus bourré de références, les fans de films d’action et policiers seront gâtés.

On retrouve sur le net moult compilations et montages des plus beaux bris de quatrième mur au cinéma, voici celles de Leigh Singer dont la première partie est ci-dessous et la seconde sur viméo en cliquant ici.

 

Quand la pop-culture fait son cinéma

Dans beaucoup d’autres domaines, le quatrième mur est brisé. Contrairement au théâtre, ce mur est physique quand il s’agit de cinéma, de jeux-vidéos, de bande-dessinée ou de littérature (c’est l’écran ou la page). Il y en a moult, mais certains sont très intéressants.

Deadpool406621

Outre le sublime bris des Simpsons cité plus haut, le superhéros Deadpool de l’univers Marvel est un des meilleurs exemples de 4th wall breaking et de plus, un des plus particuliers et des plus pertinents.

Untitled 2Deadpool sans son masque troll Ryan Reynolds qui joue son rôle dans l’adaptation ciné

En effet, l’originalité de Deadpool réside dans le fait qu’il est conscient du fait que c’est un superhéros et que de ce fait, c’est un personnage de fiction. Il discute régulièrement avec les bulles de narration, s’entretient tour à tour avec le dessinateur ou le lecteur, commente l’endroit de l’intrigue où il se trouve. L’endroit, au sens physique du terme, soit le numéro de la case, de la page, ou n’importe quelle référence au contenu direct du support : la bande-dessinée. A la question, « Où sommes-nous ? » il répondra « Bah, page 18 case 4 ! »

Bien qu’il fallait obligatoirement que je cite Deadpool dans mon article, Sarah Beaulieu du webzine métafictions.fr l’a déjà fait et a tout dit. Je n’ai rien à ajouter à part vous inviter à lire son analyse, assez complète.

Mais le pouvoir de Deadpool, cette conscience qu’il a de son statut et son apparente liberté, sont évidemment créés de toutes pièces. Il ne s’agit que d’un procédé narratif qui définit également une partie de la caractérisation du personnage. Et c’est en cela que le pouvoir de Deadpool est troublant et tend à rendre le personnage sympathique, malgré ses accès de violence ou de misogynie. En effet, en réduisant la distance entre le lecteur et Deadpool, le procédé abaisse la barrière entre fiction et réalité et nous laisserait presque croire à une apparition réelle du super-héros au coin de la rue. (…) Deadpool souffre de ses blessures physiques, mais également de sa mentalité instable, dont il est tout à fait conscient, et ses adresses constantes au lecteur, souvent ironiques, lui confèrent presque l’image d’un « bon copain ». Ce personnage psychotique en devient curieusement attachant. La popularité de Deadpool n’a cessé de grimper ces dernières années et c’est cette relation particulière avec le lecteur, produite par l’abolition du quatrième mur, qui semble en être la raison principale. – Sarah Beaulieu, métafictions.fr

Dans Dragon Ball aussi, on en a défoncé pas mal, de cases et e quatrième mur. En voici deux jolis exemples :

Gokubreaksmangapanel

dbzz

Quand on parle de quatrième mur, on pense rarement aux jeux-vidéos. Le joueur, manette ou souris en main, est, dès le tutoriel de début du jeu par exemple, confronté à un bris de quatrième mur de manière indirecte. Le jeu lui demandant d’appuyer sur telle ou telle touche ne cessera point de le lui rappeler. Logiquement, c’est cela. Mais, car il y en a un « mais ». Vous ne l’attendiez pas celui-là, hein ? Bon, d’accord, j’arrête mes cocasseries.

Mais certains jeux-vidéos à l’image de Metal Gear Solid le font à merveille, d’ailleurs, c’est à ce jeu qu’on doit les meilleurs 4th wall breaking vidéo-ludiques. Dans le premier épisode (1998), juste avant d’affronter un méchant méchant, Psycho Mantis, celui-ci nous déclare qu’il a le pouvoir de lire dans nos pensées, en réalité il arrive à lire les jeux présents dans notre carte-mémoire. Il aurait donc dit à certains « Rak tel3ab Castelvania ya wahed e’tehan ! », dit-on dans des forums de gamers aux pratiques pas très Charlie. Celui-ci vous demandera ensuite de poser votre manette au sol, pour ensuite la déplacer, en la faisant vibrer. Pour vaincre Psycho Mantis, il faudra que le joueur change le port de sa manette et la rebranche dans el port n°2. Classe. Dans ce même jeu, on nous demande d’aller à la recherche d’une fréquence, qu’on trouverait dans une « boite ». Premier réflexe : vérifier l’inventaire, ratisser les alentours, etc. mais le jeu faisait en fait référence au boitier du jeu, sur lequel la fréquence est affichée au dos de celle-ci. Et voici la raison pour laquelle aucun joueur algérien n’a pu finir ce jeu…

Konami récidive dans le deuxième (2001), troisième (2004) et quatrième épisode (2008), dans lesquels, respectivement, le Colonel Campbell ordonne au joueur d’éteindre la console prétextant qu’il joue depuis trop longtemps, ou alors le fait de pouvoir battre un boss en avançant l’horloge interne d’une semaine, ou quand Otacon demande à Old Snake de changer le disque du jeu. Dans le dernier MGS, Ground Zeroes (2014), lors de l’intro, Big Boss regarde la caméra et dit « Je me suis fait attendre pas vrai ? » référence aux 6 ans d’attente avant la sortie de ce nouvel MGS.

Et non, je n’ai pas oublié les séries-tv mais étant très proches des utilisations cinématographiques, je n’ai pas pensé nécessaire d’en faire toute une analyse. Cependant, certaines méritent d’être citées. Malcom ou House of Cards, qu’on ne présente plus, que ça soit la version américaine avec Kevin Spacey ou l’originale, britannique, avec Ian Richardson, cette série arrive à nous rendre complice des manipulations du personnage principal et ce, avec une telle finesse, qu’on regretterait même de ressentir de l’empathie envers les personnages quand ils sont en état de faiblesse ou de se laisser emporter par cet attachement que l’on ressent envers eux lors de leurs plus belles conspirations.

Dans un registre plus comique, même très comique, voire excentrique, dans la série britannique A Bit Of Fry & Laurie, Hugh Laurie et Stephen Fry dont ils sont les créateurs, utilisent le continuellement le bris du quatrième mur dans leurs sketches, très intelligemment et souvent de manière aussi inopinée que calculée. Ils quittent souvent leur personnage, interrompant donc le sketch, pour aller discuter avec le public ou alors, ils montrent le studio ou l’équipe technique de tournage. Une série, légère, absurde et à l’humour british qui sent bon le thé de 16h30, que je ne saurais que recommander.

Bien sûr, ce ne sont pas les seuls et il y a beaucoup d’autres séries, généralement comédies, qui le font plus ou moins souvent dans quelques épisodes. La très bonne série 30 Rock l’a fait, et de bien des manières. On peut en retrouver quelques uns sur cette playist YouTube regroupant de très courtes vidéos où Tina Fey ou encore Alec Baldwin brisent le quatrième mur : petits regards caméra malicieux, monologue humoristique, parler de faux raccord et changer de tenue au plan suivant ou encore référence et critique des placements de produit à la télé. Pertinent et très drôle.

Pour conclure, voilà une compilation des quelques meilleurs 4th wall breaking sur petit écran :

Et c’est sur cette jolie photo mais non moins cocasse de Fry et Laurie, que je vous dis ce qu’InThePanda a comme devise, ciao et « que le cinéma vous guide ! »

 

Cet article « Are you talkin’ to me? » Le cinéma défonce le 4ème mur est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/dossier-4e-mur/feed/ 2
Tokyo fiancée : l’esprit nippon à « fleur de peau » https://wellomag.github.io/tokyo-fiancee/ https://wellomag.github.io/tokyo-fiancee/#respond Mon, 21 Sep 2015 19:10:56 +0000 https://wellomag.github.io/?p=1015 Tokyo fiancée a tous les clichés d’un film à l’eau de rose : une histoire anodine d’un amour maladroit, qui vacille entre hauts et bas, mais Stephan Liberski n’en est pas resté là. Il a modelé Ni d’Eve ni d’Adam d’Amélie Nothomb à sa guise pour construire au final une ébauche de poésie parsemée dans […]

Cet article Tokyo fiancée : l’esprit nippon à « fleur de peau » est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>

Tokyo fiancée a tous les clichés d’un film à l’eau de rose : une histoire anodine d’un amour maladroit, qui vacille entre hauts et bas, mais Stephan Liberski n’en est pas resté là. Il a modelé Ni d’Eve ni d’Adam d’Amélie Nothomb à sa guise pour construire au final une ébauche de poésie parsemée dans une grâce belge qui ne pourrait que séduire le spectateur.

Avant de regarder Tokyo fiancée il faut s’imprégner de la sobriété du samouraï et de la légèreté de la geisha. L’aborder avec délicatesse et se laisser bercer dans son innocence. Faites confiance à un cinéma qui ne vous veut que du bien, et croyez-moi, l’amateur des films d’exploitation à la Tarantino et des thrillers sanglants sud-coréens, que l’eau de rose tu ne le sentiras point (ou bien quelques fois.)

2_264

Tokyo fiancée est une succession de gestes bien maîtrisés. Des plans qui aspirent l’âme à travers les yeux globuleux d’Amélie, interprétée par Pauline Étienne, et un Lost in Translation complètement voulu dans le français approximatif de Rinri, joué par Taichi Inoue, mais on ne peut pas lui en vouloir puisqu’il est l’élève. La rencontre des deux protagonistes anticipe un présage d’un amour benêt, niais, mais sans compter sur la dextérité du cinéaste qui profite de cette fragilité pour faire du « maladroit » un prétexte aux comportements infantiles d’Amélie et à l’absurdité des propos de Rinri, qui forment d’ailleurs le pulpe de ce film.

Amélie est une vivante qui vit dans la vivacité des variations de la jovialité. Fragile, romantique, artistique, poétique, sa présence met de bonne humeur. Elle est le sakura du film : elle illumine chaque plan, chaque séquence. Son sourire invite le spectateur à aimer, sa tristesse est une bonne chose, elle reflète la réalité d’une situation qu’on ne nommera pas ici « exil » mais plutôt « dépaysement voulu ». Quant à Rinri, il dégage un mystère qui reste flotter tout au long du film. Élève, puis amant d’Amélie, il nous fait découvrir un Japon urbain, rurale, moderne mais qui reste tout de même dans une tradition pudique comportementale.

Un amour naît autour de la langue de Molière et enveloppe les deux tourtereaux dans un voile de regards coquins qui finit par les entraîner à passer à l’acte : l’amour physico-spirituel. Tout devient joyeux dans les yeux d’Amélie, la voix-off enchaîne des métaphores sur la vie, l’amour, la littérature et le dépaysement. Un dépaysement qui pousse la geisha des temps modernes à aller plus loin que les rêves, jusqu’à se perdre dans le froid brouillardeux des montagnes japonaises. Elle s’est égarée telle une brebis, cherchant le point essentiel d’une vérité qui la démange, un soupçon de vision sur le monde qui l’entoure, un point de départ vers l’absolu, une inspiration impossible qui pourrait la rendre l’écrivaine qu’elle aimerait être : un vieil auteur japonais… comme si l’absurdité de la réflexion ne suffisait pas.

Tokyo-fiancee

Amélie finit par retrouver le chemin de la raison, aidée par les créatures miyazakiennes du mont Fuji, mais un nouvel obstacle pointe le bout de son nez, celui du choc culturel. La relation d’Amélie et de Rinri transcende leurs différences ethniques, mais affaiblit leur amour plus qu’elle le fortifie. Deux cultures différentes, une communication approximative, deux personnalités opposées, tout ce qui excitait leur relation auparavant finit par bâtir un mur de silence entre eux. La voix-off perd, ici, son contrôle, dérape, n’arrive plus à gérer ses sentiments et finit par regarder les choses en face : ceci est une histoire d’amour, une histoire d’amour impossible. Le Japon échappe à Amélie, elle sent que le pays la rejette. Devenir un « vieil auteur japonais » est de l’histoire ancienne, ce qu’elle veut c’est planter ses racines dans le pays qui l’a mis au monde. Finalement, il ne sera jamais pour elle qu’un fantasme existentiel, une réalité insaisissable.

Stephen Liberski choisi la lucidité et la transparence dans sa réalisation. La lumière, les plans, la couleur, les déplacements de la caméra traduisent à travers l’image la chaleur du pays du Soleil-Levant et l’alchimie entre le futurisme et le traditionnel de la culture nippone. Il laisse en retrait la vie trépidante de la capitale nippone pour capter, à travers l’œil bien aiguisé de Hicham Alaouie (son directeur de photographie), l’arrière plan d’une ville qui se résumait auparavant au quartier de Shibuya. Il a trouvé le parfait équilibre entre l’élégance et l’exubérance du paysage japonais pour mettre au premier plan deux personnalités burlesques et les diriger ensuite pour capter l’essence de la romance dramatique. Et pour ne pas se détacher de cet équilibre, le réalisateur n’a pas hésité à théâtraliser son décor pour rendre hommage au , un théâtre japonais traditionnel religieux et aristocratique, on retiendra d’ailleurs ses scènes pour leurs esthétiques lyriques.

tokyo_fiancee_bruk_dette-1-web_1

Comme la perfection n’existe pas, quelques imperfections tachent sans salir la beauté de Tokyo fiancée. Le réalisateur ne réussit pas complètement à immerger le spectateur dans la culture japonaise, mais l’entraîne quand même, à partir des bribes séquentielles, vers ce qui pourrait être son Japon personnel. La personnalité faussement bobo-kawaï d’Amélie et l’apparition soudaine de personnages flous plongent quelques fois le film dans la mignardise, et l’épilogue, un peu bâclé, laisse le spectateur sur sa faim. Mais le film reste toutefois digne et assume ce côté nunuche.

Je conclue en détournant Hannibal à ma guise pour vous dire que Tokyo fiancée est un film qui se déguste avec des noix salées et un excellent Sprite. Il se veut Nouvelle Vague donc ne vous attendez pas à une grosse production, mais à un minimalisme sobre (et belge) et simple à apprécier tel une pierre précieuse sous une loupe.

Cet article Tokyo fiancée : l’esprit nippon à « fleur de peau » est apparu en premier sur Wello Magazine.

]]>
https://wellomag.github.io/tokyo-fiancee/feed/ 0